Sur lépargne salariale, estimez-vous que le projet de loi Pacte est dans la continuité de la loi Macron ?
Jean-Christophe Benzo : « Oui et il va même plus loin dans la logique de partage de la valeur. Cest un principe sur lequel le président de la République a insisté : quand les entreprises vont mal, elles doivent pouvoir sadapter, mais quand elles vont bien, elles sont incitées à partager la valeur créée ! »
Quelle est la mesure relative à lépargne salariale que vous retenez ?
J-C.B. : « La suppression du forfait social [contribution à la charge des employeurs, NDLR] sur lintéressement pour les entreprises de moins de 250 salariés, et la suppression globale du forfait social pour les entreprises de moins de 50 salariés. Le taux déquipement en épargne salariale est inférieur à 20% dans ces petites entreprises, ce qui est très faible. Or, vu la taille de ces entreprises, chaque salarié peut mesurer aisément sa part dans la réussite de lentreprise. La présence dun dispositif dépargne salariale qui fait converger les intérêts des salariés et de lentreprise y est donc particulièrement pertinent. »
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Développer lépargne salariale dans les petites entreprises était déjà au cur de la loi Macron
J-C.B. : « Moi je suis convaincu que cest possible et quen supprimant ainsi le forfait social, vous pouvez créer un basculement. Ce sera utile pour convaincre les chefs dentreprise : ils ont besoin daccompagnement, de temps et de confiance vis-à-vis de ces dispositifs. »
Le projet de loi Pacte crée un Plan dépargne retraite, avec des déclinaisons individuelle et collective. Est-ce une bonne mesure selon vous ?
« Personne na la même lecture du projet de loi concernant le Plan d'épargne retraite »
J-C.B. : « Autant je suis ravi de lapproche sur le forfait social, autant je suis plus réservé sur le Plan dépargne retraite (PER) Il y avait à lorigine une forte volonté de lisibilité, et là je pense que lon ny est pas encore. Dailleurs, il faut reconnaître que, pour avoir échangé avec de nombreux spécialistes sur le sujet, personne na la même lecture du projet de loi concernant le PER [Le projet de loi renvoie à une loi de finances pour la fiscalité de lépargne-retraite, et à des ordonnances pour la simplification, ce qui explique les différences dinterprétation. La loi de financement de la Sécurité sociale et les décrets d'application auront aussi une incidence, NDLR]. Pour moi, nous aurons un seul et même produit, un PER global, avec trois compartiments : un premier compartiment individuel, prenant la place des actuels Perp et contrats Madelin ; un compartiment collectif alimenté par la participation, lintéressement, etc. ; et un troisième compartiment qui correspondra à lactuel article 83 [ou PERE, NDLR]. Je pense que le gouvernement sest heurté aux différentes conditions de sortie de ces produits et cest la raison pour laquelle il conserve trois compartiments. De mon point de vue, en voulant bien faire, on ny gagne pas forcément en simplicité, et les épargnants-salariés pourraient y perdre au change : par exemple, le compartiment qui prend la place du Perco pourrait ainsi désormais être fiscalisé en cas de sortie en capital pour lacquisition de la résidence principale. »
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Certains y voient la création dune enveloppe globale, dhabillage, en conservant les produits existants
J-C.B. : « Je ne pense pas que ce soit simplement un artifice marketing. Les investissements, notamment en matière de systèmes dinformation, ne sont pas à sous-estimer. Et il y a en effet des points à préciser sur ce projet de Plan dépargne retraite. »
Bercy a évoqué la transférabilité dun produit vers un autre, par exemple du Perp vers le Perco et vice-versa. Quels seront les produits gagnants ?
« Le transfert dun type de produit vers un autre nest pas détaillé »
J-C.B. : « Là encore, je ne fais pas la même analyse du projet de loi. Cette mesure avait été évoquée mais, dans le projet de loi, je vois uniquement de façon claire la possibilité de transférer des avoirs dune compagnie gestionnaire à une autre, au sein dun même compartiment, pour favoriser la concurrence. Le transfert dun compartiment vers un autre nest pas détaillé. Je pense que le gouvernement sest là encore heurté aux différences sur les conditions de sortie. De plus, en épargne salariale, les sommes issues de lintéressement, de la participation, de labondement, ainsi que leurs conditions de placement réceptacles (PERCO, PEE) sont le fruit dune négociation avec les salariés. Cest un élément important du dialogue social en entreprise. Il est donc important que les versements issus dun dispositif collectifs dentreprise ne soient transférables que si le salarié a quitté lentreprise, comme cela est déjà prévu pour le compartiment remplaçant larticle 83. »
Justement, sur les conditions de sortie, vous êtes défavorable à la fiscalisation de la sortie du Perco pour financement de la résidence principale. Pourquoi ?
Fiscaliser la sortie pour acheter sa résidence principale : « une régression »
J-C.B. : « Car ce serait une régression : aujourdhui, il est possible de sortir sans impôt pour acquisition de la résidence principale ! Cela poserait question notamment vis-à-vis des Perco existants. Il est important que les actuels détenteurs de Perco puissent sortir dans les conditions passées, sinon ce serait une rupture de confiance pour les épargnants ! Il faudrait donc à minima distinguer les contrats passés et les contrats futurs. Par ailleurs, cela risquerait de freiner la souscription de Perco, car nous avons beaucoup de jeunes actifs qui ouvrent un Perco pour verser participation ou intéressement, ou pour y placer leurs droits compte épargne temps (CET). Ils le font notamment en sachant quils pourront utiliser ce pécule pour leur résidence principale. Si ces sommes étaient à lavenir soumises à limpôt sur le revenu en cas de déblocage, le fait de placer sur un Perco apparaitrait peu avantageux par rapport à un encaissement direct de son intéressement ou sa participation. Le dispositif actuel est important car il crée une habitude dépargne retraite chez les jeunes générations. Enfin, cette mesure créerait un déséquilibre avec le Plan épargne entreprise (PEE), qui a lui un horizon de 5 ans et pour lequel la sortie pour acquisition de la résidence principale nest pas fiscalisée. Ce serait pour moi une fausse bonne idée, qui ne serait finalement pas de nature à encourager les salariés à épargner en vue de la retraite. »
Aujourdhui il est nécessaire de donner accès à un PEE pour mettre en place un Perco dans une entreprise. Le projet de loi Pacte supprime cette condition
« Les épargnants y perdraient avec un choix binaire pour leur intéressement ou leur participation »
J-C.B. : « Encore une fois, cest une fausse bonne idée. Les épargnants y perdraient car ils risqueraient de se retrouver avec un choix binaire vis-à-vis de leur intéressement ou participation : soit placer ces montants dans le Perco, avec pour horizon la retraite, soit percevoir immédiatement ces sommes, mais en étant fiscalisés. Cela risque au final de détourner certains salariés de lépargne salariale, faute dalternative. »
Comptez-vous porter ces critiques lors du débat parlementaire ?
J-C.B. : « Une commission parlementaire se tiendra au cours de lété pour étudier les aménagements à ce texte. Nous porterons bien évidemment des propositions, certaines via des associations professionnelles mais aussi en notre nom propre en échangeant avec les parlementaires. »
A votre avis, une entrée en vigueur des mesures épargne de la loi Pacte en janvier 2019 est-elle possible ?
J-C.B. : « Cest souhaitable ! Pour le forfait social, par exemple, nous allons même demander une dérogation spécifique, afin que les entreprises qui mettent en place un accord dintéressement au second semestre 2018 puissent quand même profiter de la suppression du forfait social en janvier 2019. Pour le reste, la loi Pacte est multiple et abondante. Les délais seront donc serrés, à coup sûr. »
















