1% net pour le Livret A ; 1,02% brut en moyenne pour les livrets fiscalisés ; 2,20% avant fiscalité annoncés en 2013 pour lassurance-vie en euros : les supports traditionnels de lépargne des Français souffrent actuellement de rendements particulièrement faibles.
Dans ce paysage, un produit détonne : le Plan épargne logement (PEL), rémunéré 2,50% (2,11% après prélèvements sociaux) tout en offrant une garantie du capital. Malgré certaines contraintes (versements minimum obligatoires, retraits partiels impossibles), il réussit du coup une excellente collecte 2014 : 11,6 milliards deuros à fin septembre, contre 8,4 milliards sur lensemble de lannée 2013 et 1,2 milliard en 2012. Leffet daubaine marche à plein régime.
Les conséquences de la réforme Lagarde
Le fonctionnement du Plan épargne logement, produit réglementé, a été revu en 2011, à linitiative de la ministre de lEconomie de lépoque, Christine Lagarde. Sa fiscalité, notamment, a été légèrement durcie. Sur les PEL ouverts depuis le 1er mars 2011, les contributions sociales sont ainsi prélevées chaque année, alors que ce prélèvement nintervenait auparavant quau 10e anniversaire du compte. La durée de vie de ces nouveaux PEL est également limitée à 15 ans maximum : au-delà, ils sont automatiquement transformés en livrets classiques, donc fiscalisés et rémunérés à lappréciation de la banque. Il nest plus possible de conserver un même PEL toute une vie.
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« En 2011, 2012 et 2013, le Plan épargne logement a connu des années difficiles », note léconomiste Philippe Crevel. Cest pourtant la « réforme Lagarde » qui lui permet de revenir en grâce : cest elle, en effet, qui a institué un taux plancher de 2,50%, dont profitent actuellement sans modération les épargnants.
Un effet daubaine pour les épargnants, pas pour les banques
Le Plan épargne logement, à lorigine, est un produit taillé sur mesure pour permettre aux Français de se constituer un capital en vue dun achat immobilier. La détention du produit permet de bénéficier, sous certaines conditions, dune prime versée par lEtat et de droits à prêt. Problème : ce prêt épargne logement affiche un taux de 4,20% sur une durée jusqu'à 15 ans, très peu attractif actuellement.
Logiquement, les épargnants tendent de plus en plus à détourner le PEL de son objectif initial pour lutiliser comme un support classique dépargne, sans projet immobilier. « Ce détournement existe de longue date », commente Philippe Crevel. « La réforme Lagarde visait dailleurs à éviter que le PEL ne se transforme en pur produit dépargne. Mais les épargnants se sont adaptés et le volume des prêts épargne logement accordés reste en recul très net : -21,5% en 2013. »
Dans le même temps, lanomalie PEL commence à peser sur les résultats des banques, obligées de servir un taux de 2,50% dans un contexte de marché très dégradé, tout en garantissant le capital placé. Plusieurs enseignes, à loccasion de leurs récents résultats trimestriels, ont dailleurs chiffré cet « effet PEL » : le Crédit Agricole a par exemple annoncé avoir provisionné 23 millions deuros pour le PEL au 3e trimestre 2014.
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Un coup de rabot possible ?
Détournement dusage, impact sur le résultat des banques : ne serait-ce pas le moment de revoir les règles de fonctionnement du PEL ? « On pourrait effectivement décider de fiscaliser les intérêts des épargnants qui nutilisent pas leurs droits à prêt », indique Philippe Crevel. « Cela pourrait se justifier dun point de vue philosophique, mais ce ne serait pas très populaire ».
Le PEL, en effet, représente une part substantielle des économies des Français : plus de 207 milliards deuros à la fin septembre 2014, répartis sur près de 13 millions de comptes, selon Philippe Crevel. Rogner sur les avantages du PEL, par exemple en supprimant le plancher actuel, cest donc être assuré de déclencher un tollé. « Le gouvernement est bloqué » estime Philippe Crevel, qui rappelle quen début dannée, il avait envisagé de supprimer la prime dEtat, avant de rapidement reculer.
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A court-terme, une réforme du PEL est donc plus quimprobable. Dans le doute, il existe toutefois une solution, à destination des épargnants disposant d'un compte ouvert après la réforme mais depuis plus de deux ans (1) : le clôturer pour en réouvrir un nouveau dans la foulée, et repartir ainsi pour douze années dépargne exonérée dimpôt sur le revenu, avec un taux garanti à 2,5% (2) pendant 15 ans.
(1) La rémunération d'un PEL clos avant son deuxième anniversaire est ramenée au niveau du CEL, soit 0,75% avant cotisations sociales.
(2) Contrairement au Livret A, par exemple, dont le rendement fluctue, le taux du PEL à louverture est à lheure actuelle garanti pour toute la durée de vie du produit.













