Aux origines du débat, une proposition de la Commission européenne visant à mettre de l'ordre dans la finance dite durable, un pan de la gestion d'actifs devant respecter des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), mais parfois accusé de greenwashing.
Pour mettre fin à la « confusion » découlant des lacunes d'une première législation datant de 2021, Bruxelles veut largement exclure les hydrocarbures des fonds d'investissement se revendiquant « durables » auprès des épargnants.
Actuellement, tout fonds peut être classé ESG, tant qu'il publie certaines informations sur la façon dont il compte parvenir à des objectifs... qu'il s'est lui-même fixé, selon sa propre définition de ce qui est « durable ». Rien ne s'oppose donc, à investir dans les hydrocarbures.
L'enjeu est de taille, car cela représente une manne de plus de 6 000 milliards d'euros, et plus de la moitié des fonds commercialisés dans l'Union européenne, selon le fournisseur de données spécialisé Morningstar.
« Faire le ménage »
Le projet est d'instaurer trois classes de fonds, soumises à des conditions en partie basées sur la classification verte européenne, du moins-disant (« ESG de base »), au plus exigeant (« durable »), en passant par un entre-deux, la catégorie « transition ». Il serait interdit, pour un fonds labellisé « durable » ou de « transition », d'investir dans des entreprises qui développent de nouveaux projets liés aux énergies fossiles. Une exclusion de facto pour tout le secteur des hydrocarbures.
La proposition a été saluée par les ONG environnementales. « Elle a le mérite d'offrir des garanties claires aux investisseurs, et de vraiment faire le ménage », explique à l'AFP Paul Schreiber, analyste chez Reclaim Finance.
Problème : le conseil de l'Union européenne, qui réunit les Etats membres, a appelé en juin à inclure dans la catégorie « transition » les entreprises du secteur « qui affectent 20% de leurs dépenses d'investissement » à des énergies non fossiles. Une position reprise début septembre par le Parlement européen, qui y a ajouté des obligations en matière d'investissements verts. Un dialogue entre les trois institutions débutera à la fin de l'année, pour aboutir à une position commune d'ici le premier semestre 2027.
Cette volonté d'édulcorer le texte est liée au retournement des rapports de force dans l'UE, en faveur « de groupes politiques un peu plus proches de l'industrie », analyse Elisabeth Ottawa, lobbyiste à Bruxelles pour le gérant Schroders. « Quand la première législation a été élaborée, en 2018, on était sur un moment de dynamique sur le climat, mais les choses ont changé, l'exigence de compétitivité, la géopolitique, la hausse des prix du carburant, tout cela a un peu éclipsé le sujet », ajoute-t-elle.
Débat dans la profession
« Si une entreprise dépense 80% d'investissements dans les fossiles, et 20% dans les énergies propres, son bilan climatique reste désastreux, ce critère ne tient pas la route », déplore Paul Schreiber.
Le débat met à jour des clivages fondateurs de la finance « durable ». Certains estiment qu'il faut exclure les secteurs les plus problématiques, quand d'autres revendiquent de les faire évoluer de l'intérieur en y investissant, ou en choisissant les mieux-disants - ou les moins pires.
« Il est un peu absurde de ne pas inclure les fossiles. Sans ce secteur, je ne vois pas l'utilité d'une catégorie dédiée à la transition », tranche Thibaut Mihelich, responsable ESG chez Lazard Frères Gestion, interrogé par l'AFP.
Chez Amundi, premier gestionnaire d'actifs en Europe, on assume aussi cette approche. « Nous avons mené l'an dernier un dialogue sur le climat avec plus de 1 700 entreprises et, après trois ans, 40% de nos propositions sont mises en uvre », fait valoir à l'AFP Elodie Laugel, en charge de ses questions pour le groupe. Parmi elles, on trouve par exemple « l'indexation d'une partie de la rémunération des dirigeants sur des objectifs climatiques », ou la « fixation d'objectifs de décarbonation » de l'activité.
« Le dialogue avec les sociétés hydrocarbures, il existe depuis des années. A-t-on vu de vraies améliorations tangibles ? C'est un secteur qui semble vraiment imperméable au changement », regrette au contraire Alix Roy, du gestionnaire d'actifs Ecofi.















