« On ne redresse pas durablement les comptes d'un pays en cassant son moteur économique », avait cherché à rassurer le Premier ministre Sébastien Lecornu le 9 septembre, dans une lettre aux entrepreneurs, promettant notamment un allègement de la surtaxe sur les grandes entreprises, créée en 2025.
Elle va passer de 7,3 à 5 milliards d'euros, confirme le projet de loi de finances dévoilé jeudi.
Mais le Premier ministre prévenait aussi que certaines aides ou avantages « pourraient être interrogés ».
En effet. Le Medef chiffre dans un communiqué à « près de 20 milliards d'euros » ce qui a finalement été annoncé.
La principale organisation patronale souligne « le gel » des allègements de cotisations patronales sur les salaires prévu en 2027 (le montant des allègements n'augmentera pas malgré la hausse du Smic) et « l'élargissement de leur assiette » aux compléments de salaire (participation, intéressement et prime de partage de la valeur) pour 6,6 milliards d'euros au total (5,7 selon Matignon, en comptant les moindres recettes d'impôt sur les sociétés que cela engendrerait) : « une menace directe sur l'emploi », assure-t-il.
Le réseau d'entrepreneurs de croissance CroissancePlus regrette surtout l'inclusion des compléments de salaires dans le calcul des allègements (3,7 milliards) : « l'entreprise qui verse de l'intéressement paiera plus de charges que celle qui n'en verse pas », remarque sa présidente Virginie Calmels.
Le Medef dénonce aussi « la multiplication des taxes sectorielles », sur les autoroutes, les produits transformés sucrés, le transport maritime, les conventions d'assurance automobile ou les complémentaires santé.
« Nouveau coup »
Le budget présente « un niveau de pression fiscale qui affecte la capacité à produire et à innover », assure aussi à l'AFP une source proche des grandes entreprises.
Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), confirme que « la mise à contribution des entreprises est un peu plus élevée que ce qu'on pouvait attendre ».
Il est surpris par le montant tiré des allègements de cotisations, tout en remarquant que « la question de ces allègements se pose, car ils sont un peu en perte de contrôle » à quelque 80 milliards d'euros par an, contre une vingtaine il y a dix ans.
« L'appauvrissement général ne peut pas être un projet », déplore pour sa part l'UDES (employeurs de l'Economie sociale et solidaire - ESS).
Elle s'inquiète de la baisse des crédits pour l'emploi et l'insertion, de l'effort supplémentaire demandé aux collectivités territoriales, important employeur de l'ESS, et des prélèvements supplémentaires sur les complémentaires santé.
Le Syndicat des indépendants (SDI) fustige une augmentation du coût du travail qui représente « un nouveau coup porté aux petites entreprises ».
« Compromis »
Les chambres de commerce et d'industrie (CCI) s'alarment pour leur part d'une baisse de 125 millions d'euros de leur budget (25%) redoutant d'avoir à en fermer la moitié « avec des conséquences directes sur la capacité à accompagner les entreprises ».
L'U2P en revanche (entreprises de proximité) constate que les textes budgétaires « prennent les moyens d'engager la réduction des déficits, de soutenir l'apprentissage, d'accentuer la lutte contre la fraude et de commencer à rééquilibrer l'effort de financement de notre modèle social au profit des actifs du pays ».
Son président Michel Picon appelle les parlementaires à s'en saisir « avec la volonté d'aboutir à un compromis plutôt que d'en faire (...) la scène de combats électoraux inappropriés ».
Pour l'économiste de l'institut d'inspiration libérale Rexecode, Anthony Morlet-Lavidalie, « ce budget n'est évidemment pas bon pour les entreprises. (...) Il représente un mauvais calcul de moyen terme ».
Mais dans le même temps, « avec le niveau de stress qu'il y a sur les marchés » de la dette, « si on n'a pas de budget, si on n'est pas capable de limiter la dérive du déficit public, on va vivre des choses extrêmement désagréables », prévient-il.
Jeudi matin, le taux d'emprunt français à dix ans est monté jusqu'à 4,96%, un plus haut depuis 2002, avant de redescendre un peu après la présentation du budget.

















