Pourquoi les réserves sont au centre des inquiétudes ?
Depuis la crise énergétique qui a suivi l'invasion russe de l'Ukraine, l'Union européenne impose à ses Etats membres de remplir leurs réserves de gaz à au moins 80% avant le 1er novembre afin de limiter les risques de pénurie pendant les mois les plus froids.
A moins de deux mois de l'échéance, le remplissage actuel est d'environ 67%, encore loin de l'objectif et bien plus bas que les 79% à la même date l'an dernier, laissant présager une forte demande.
En outre, pour attirer les cargaisons de gaz pas encore sous contrat, l'Europe doit notamment rivaliser avec l'Asie, un continent qui était encore plus dépendant des livraisons du Golfe, dont l'offre est réduite à cause des perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz.
Cette compétition pourrait faire monter davantage le prix du gaz européen, qui a déjà plus que doublé depuis le début de la guerre, s'affiche autour de 75 euros le mégawattheure.
Jusqu'où les prix peuvent-ils monter ?
Les inquiétudes portent principalement sur le Qatar, l'un des plus grands fournisseurs mondiaux de GNL, dont les exportations dépendent du trafic maritime. « Si les perturbations dans le détroit d'Ormuz perdurent durant l'hiver, une fourchette de 100 à 150 euros le mégawattheure est crédible », explique à l'AFP Julien Mathonniere, économiste chez Energy Intelligence. Une autre variable pourrait être celle du climat, ajoute Jonathan Schroer, stratégiste chez UniCredit.
« Cet été, El Niño a clairement rendu les températures plus élevées dans une grande partie du monde », ce qui « a entraîné une demande accrue d'électricité pour les systèmes de refroidissement, surtout en Asie », où se trouvent de grands importateurs de GNL comme le Japon, la Chine et l'Inde, explique l'analyste à l'AFP.
Cependant, le retour aux sommets de 2022, lorsque le TTF européen avait brièvement dépassé les 300 euros le mégawattheure, reste peu probable selon les analystes.
En quoi cette crise est-elle différente de 2022 ?
Le choc de 2022 a fait suite au choix politique européen de réduire la dépendance au gaz russe après l'invasion de l'Ukraine. A ce moment-là, « l'Europe s'approvisionnait à hauteur de 45% en gaz via des gazoducs en provenance de Russie », précise M. Schroer.
La disparition brutale, mais volontaire, de ces volumes avait forcé le continent à réorganiser en urgence ses approvisionnements et à construire de nouveaux terminaux de GNL. Aujourd'hui, le problème n'est pas lié à un fournisseur unique, mais à une offre mondiale plus rare de GNL, pour laquelle il faut affronter une concurrence internationale accrue.
Pourquoi l'électricité paraît-elle moins vulnérable ?
Les pays européens consomment moins de gaz qu'en 2022 et dépendent moins des centrales à gaz pour produire leur électricité.
Selon la Commission européenne, les énergies renouvelables ont représenté près de la moitié de la production électrique de l'Union en 2025. Dans le même temps, la consommation européenne de gaz reste nettement inférieure aux niveaux observés avant la guerre en Ukraine.
Pour les analystes, cette évolution réduit le risque de voir une flambée du gaz se transmettre aussi violemment aux factures d'électricité qu'en 2022, même si elles devraient tout de même augmenter.



















