500 000 particuliers ont misé sur la privatisation de la FDJ à l'automne 2019. Mais était-ce une bonne affaire ? Faut-il conserver les actions FDJ ou s'en séparer ? Eléments de réponse.

Ce lundi 21 novembre, l'action FDJ souffle sa 3ème bougie. Pour les 500 000 actionnaires individuels qui ont profité de la privatisation à l'automne 2019, le succès est-il toujours au rendez-vous ?

Pour le savoir, il faut revenir aux conditions de l'introduction en bourse des 52% du capital de l'entreprise. A priori, elles étaient favorables avec d'abord une décote de 2% sur le prix d'achat théorique de 19,50 euros contre 19,90 euros pour les investisseurs institutionnels. Mais aussi la possibilité de toucher une action gratuite pour 10 actions achetées à condition de conserver ces dernières pendant 18 mois. Une incitation à garder sa mise de départ qui a entraîné un phénomène de rareté relative du titre FDJ, ce qui a permis de soutenir sa progression.

Une action qui décolle

En effet, au bout d'un an, elle a grimpé de 80% surperformant le CAC 40 qui de son côté baissait de 16%. Des débuts fulgurants qui s'expliquent aussi grâce aux bons résultats de l'entreprise malgré la crise sanitaire.

Le parcours en bourse de la FDJ s'est accéléré encore un peu plus après le versement de 2 777 526 actions gratuites fin mai 2021 pour les actionnaires qui avaient participé à la privatisation. Le mois suivant, l'action avait même dépassé les 50 euros frisant la barre des 52 euros. Depuis, le titre a progressivement reculé pour se tenir sur un plateau autour de 35 euros. « Certains investisseurs se sont probablement dit que même si l'action est solide, elle ne valait peut-être pas le prix qu'elle avait atteint », analyse Aldo Sicurani, le délégué général de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs d'investissements (F2iC). En effet, selon les derniers chiffres de la FDJ divulgués à MoneyVox, le nombre d'actionnaires individuels est de 380 000 contre 500 000 lors de l'introduction en bourse.

Cours FDJ - Française des jeux depuis le 21 novembre 2019. Source Euronext
Cours FDJ - Française des jeux depuis le 21/11/19. Source Euronext

Ce vendredi à la clôture, l'action FDJ valait ainsi 35,79 euros. En 3 ans, l'action FDJ a donc presque doublé par rapport au prix d'achat initial de 19,5 euros. Un beau parcours auquel il faut ajouter les dividendes. La FDJ promet de reverser 80% de son résultat net. En 2020, le dividende avait été amputé d'un tiers à 0,45 euro, suite à la demande du gouvernement aux entreprises de réduire la voilure en matière de rémunération des actionnaires en pleine crise sanitaire. Mais en 2021, le dividende a doublé à 0,90 euro par action. Et pour 2022, il a atteint 1,24 euro par action.

« C'est un excellent investissement »

Dans ce contexte, miser sur la FDJ a été un pari gagnant comme le souligne ce lecteur qui a réalisé son premier investissement en bourse à 23 ans avec le titre FDJ. « J'ai investi 1 000 euros au moment de l'introduction du titre en 2019. Je l'ai fait un peu par opportunisme, mais je ne le regrette pas. Par rapport au cours de cotation à la clôture de ce jour [jeudi 17 novembre, NDLR], la plus-value latente [ses gains s'ils revend aujourd'hui] est de 987 euros. L'action FDJ propose également un rendement de dividende intéressant même si ce n'est pas mon principal objectif », explique Somebody qui a répondu à notre appel à témoignages sur le forum de MoneyVox. Même son de cloche pour Pipou à la tête de 128 actions FDJ : « la plus-value est de 98%, c'est donc un excellent investissement ».

Pour l'instant, ces deux investisseurs préfèrent garder leur mise plutôt que de s'en séparer ou d'en racheter. « La question qui se pose aujourd'hui, c'est faut-il conserver ou vendre l'action FDJ ?», s'interroge l'économiste Philippe Crevel. A chaque investisseur de se faire une opinion, mais à ses yeux, « les fondamentaux de l'entreprise sont bons ». « La FDJ demeure une excellente valeur de fond de portefeuille, renchérit Aldo Sicurani. Le risque est faible. Les Français aiment jouer donc il ne faut pas être inquiet pour ses perspectives ».

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Des perspectives de croissance solides

A ce titre, la FDJ a annoncé le mois dernier une hausse de 12% de son chiffre d'affaires au troisième trimestre à 592 millions d'euros et anticipe une progression de 8% sur l'année 2022 contre 5% jusqu'ici. Le groupe s'attend en effet à bénéficier de la Coupe du monde de football qui démarre dimanche au Qatar.

« Notre très bonne performance 2022, supérieure à nos attentes grâce à la poursuite de la dynamique du digital et au rebond de l'activité en point de vente, nous permet de réaffirmer nos objectifs de croissance et de profitabilité moyen terme, en dépit d'un contexte macro-économique plus incertain », a d'ailleurs indiqué ce jeudi Stéphane Pallez, la présidente directrice générale du groupe FDJ, à l'occasion de la journée investisseurs du groupe. Elle vise désormais une croissance annuelle moyenne 2022-2025 du chiffre d'affaires dans le haut d'une fourchette comprise entre +4% et +5% et un taux de marge d'EBITDA, un des indicateurs de rentabilité, supérieur à 25% en 2025 contre 24% en 2022. Elle table aussi sur un taux de distribution du résultat net du groupe FDJ compris entre 80% et 90%.

Une enquête de la Commission européenne

Une ombre cependant plane au-dessus de la FDJ. La Commission européenne a lancé une enquête sur les conditions d'octroi des droits exclusifs pour exploiter des loteries et paris sportifs pendant 25 ans, moyennant le versement de 380 millions d'euros à l'Etat. A la fin de l'année, la Commission a envoyé une lettre à la France dans laquelle elle estimait que « la rémunération de la FDJ pour l'octroi des droits exclusifs conférés semble substantiellement inférieure, à un prix qui pourrait être considéré comme un prix de marché. Aussi, un avantage au profit de la FDJ semble être présent à ce stade. »

La face cachée de la privatisation de la Française des Jeux

Dans une note révélée en juillet 2022 par le média financier L'Agefi, les analystes de la banque Citi estimaient que la FDJ pourrait être amené à payer un complément de prix de 1,06 milliard d'euros. Mais l'entreprise rappelait dans la foulée que « l'enquête de la Commission n'emporte aucune décision à ce stade de la procédure » et qu'elle apporterait « aux côtés de l'Etat, aux autorités européennes tous les éléments nécessaires démontrant que les droits européen et national ont été respectés ». Par ailleurs, la FDJ avait déjà expliqué au moment de l'annonce de l'ouverture de l'enquête par la Commission à l'été 2021 que son document d'enregistrement du 17 octobre 2019, préalable à son introduction en Bourse, soulignait « les risques de recours contre les textes ayant permis sa privatisation ».

A l'heure actuelle, le consensus des différents analystes qui suivent le titre FDJ, relayé par Boursorama, est de conserver l'action. Ils estiment que le cours de bourse pourrait d'ailleurs atteindre 38 euros dans les 3 mois.

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