Les marchés : le doute s'installe
Le CAC 40 cède un petit 0,05% ce jeudi soir, à 8 378 points, pénalisé par un nouveau mouvement de défiance envers les valeurs liées à l'intelligence artificielle. La baisse touche particulièrement les fabricants de semi-conducteurs comme STMicroelectronics et Soitec, on en reparle dans la suite de cette édition. Ce repli intervient pourtant malgré les solides résultats du taïwanais TSMC, qui a dégagé un bénéfice record de 19,2 milliards d'euros au deuxième trimestre. Les investisseurs s'interrogent surtout sur le rythme réel d'adoption de l'intelligence artificielle suite à la forte hausse des valeurs technologiques depuis le début de l'année, même si les investissements dans les centres de données, l'énergie et les puces restent massifs.
À Paris, Publicis progresse de 3,1%, à la première place du CAC, après avoir relevé ses perspectives de croissance, tandis que JCDecaux gagne 4,5%, en tête du SBF. À l'inverse, TP (ex-Teleperformance) recule de 1,6% après une recommandation défavorable de JPMorgan et Catana perd 5,4% en raison d'une forte baisse de son activité. Wall Street suit la même tendance, avec un léger recul du S&P 500 (-0,1%) et du Nasdaq (-0,7%), toujours sous la pression des semi-conducteurs. Après une progression de plus de 10% depuis le début de l'année et de récents records, le S&P apparaît désormais plus sensible à la moindre déception. Les prochaines séances seront cruciales, d'autant que les tensions restent très fortes entre Américains et Iraniens.
Les valeurs
STMicroelectronics et Soitec
Les deux spécialistes des puces électroniques subissent un nouvel accès de défiance envers les valeurs liées aux semi-conducteurs. À la clôture, STMicroelectronics recule de 4,91% à 55,99 euros, et Soitec de 7,64%, à 90,18 euros, respectivement lanternes rouges du CAC 40 et du SBF 120. Le mouvement n'est pas lié à une mauvaise nouvelle propre aux deux groupes. Il reflète surtout des prises de bénéfices après la forte progression récente du secteur et le retour des interrogations sur la valorisation et la rentabilité à court terme des investissements dans l'intelligence artificielle. La chute de 6,4% de la Bourse de Séoul a accentué la contagion cette nuit.
Le paradoxe est que le marché des puces reste dynamique : le géant taïwanais TSMC vient d'annoncer un bond de 77% de son bénéfice trimestriel. Mais en Bourse, de bons résultats ne suffisent plus lorsque les attentes sont déjà très élevées. Soitec, plus petite et plus volatile, amplifie généralement les mouvements du secteur. Cette baisse traduit donc davantage un refroidissement de l'enthousiasme autour de l'IA qu'un retournement confirmé des perspectives industrielles. Les prochains résultats trimestriels du secteur seront déterminants ! Malgré la baisse de ce jour, STMicroelectronics et Soitec affichent toujours des gains annuels exceptionnels : +149% et +285%.
Publicis
Publicis confirme sa nette avance sur ses concurrents malgré les tensions au Moyen-Orient et les difficultés persistantes de sa filiale Sapient. Au deuxième trimestre, sa croissance a atteint 4,8%, légèrement au-dessus des attentes du marché, portée par l'Amérique du Nord, en hausse de 5,4%, l'Europe, à +5%, et les services marketing, à +6,5%. À l'inverse, les activités de conseil technologique de Sapient ont reculé d'environ 5%, tandis que la zone Moyen-Orient et Afrique a chuté de 8,3%. Sur les dix-huit derniers mois, Publicis a remporté des contrats représentant 9,3 milliards de dollars de facturation, contre seulement 300 millions pour son concurrent le plus proche.
Au premier semestre, le groupe a enregistré une croissance de 4,7%, une marge opérationnelle de 17,5% et généré 950 millions d'euros de trésorerie, contre 828 millions un an plus tôt. Fort de ces résultats, Publicis vise désormais une croissance comprise entre 4,5% et 5% en 2026, contre une précédente fourchette de 4% à 5%, tout en maintenant son objectif de 2,2 milliards d'euros de trésorerie. Le groupe prévoit d'accélérer au second semestre, sans compter sur un rebond de Sapient. Cette publication solide a été saluée en Bourse, avec une hausse de près de 3,07% de l'action ce jeudi, à 91,38 euros (+2,5% cette année).
Le coin des smalls
Catana
Le spécialiste des catamarans subit un net ralentissement. Ses ventes de bateaux neufs ont en effet reculé de 21% au dernier trimestre, à 35,2 millions d'euros, dans un contexte de demande faible et d'incertitudes économiques persistantes. Les salons nautiques de la rentrée seront déterminants pour confirmer une éventuelle amélioration. Nous vous en parlions en début de mois, l'incendie du 2 juillet sur le site de Canet-en-Roussillon a détruit deux bâtiments, six bateaux représentant plus de 9 millions d'euros et des lignes importantes d'assemblage pour Catana.
Les assurances devraient couvrir les dégâts et les pertes d'exploitation mais la direction du groupe estime que les conséquences pour 2026-2027 restent encore incertaines. Le principal enjeu sera bien sûr de relancer rapidement la production pour éviter une interruption prolongée sur les modèles concernés, ce site représente environ la moitié de l'activité de Catana. Ce soir, l'action éligible au PEA-PME cède 5,39% à 1,93 euro (-34% en 2026).
Le monde d'après
Rattrapé par la gravité
SpaceX a perdu 40% depuis son sommet atteint le 16 juin, effaçant près de 1 200 milliards de dollars de capitalisation ! L'action, qui avait bondi de 67% après son introduction à 135$, a clôturé mercredi à 135,27$, après être brièvement tombée à 132,15$. Cette forte volatilité s'explique d'abord par un nombre très limité d'actions disponibles en Bourse, inférieur à 5%, mais aussi par des interrogations croissantes sur la solidité financière du groupe et sur les promesses d'Elon Musk sur l'intelligence artificielle.
Malgré sa chute, SpaceX reste valorisée 95 fois ses revenus annuels, contre 24 fois pour Nvidia, alors que l'entreprise a enregistré une perte opérationnelle de 2,6 milliards de dollars en 2025. Quelques jours après avoir levé 86 milliards de dollars lors de son introduction à Wall Street, elle a également emprunté 25 milliards de dollars, alimentant les craintes d'une bulle et de futurs besoins de financement. Les ambitions autour de la fusée Starship, des satellites Starlink et de centres de données dans l'espace restent considérables, mais elles dépendront de progrès techniques encore incertains et ne devraient pas générer de trésorerie positive avant 2029 !
La pression pourrait encore s'accentuer à partir d'août, lorsque certaines clauses interdisant temporairement aux actionnaires de vendre expireront : jusqu'à 1,6 milliard d'actions supplémentaires pourraient alors arriver sur le marché.
L'agenda
Les marchés sous tension
La séance de demain devrait rester nerveuse, entre une nouvelle salve d'indicateurs économiques et les tensions persistantes au Moyen-Orient. En zone euro, l'inflation définitive de juin devrait confirmer une hausse des prix de 2,8% sur un an, encore nettement supérieure à l'objectif de 2% de la Banque centrale européenne. Ce chiffre sera particulièrement suivi à quelques jours de sa prochaine réunion, alors que la remontée du pétrole ravive les craintes inflationnistes et la possibilité de nouvelles hausses de taux.
Aux États-Unis, les mises en chantier, la production industrielle et la confiance des ménages permettront de jauger à la fois la solidité de l'économie et l'évolution des pressions sur les prix. Des données trop robustes ou une remontée des anticipations d'inflation pourraient relancer les inquiétudes sur les taux américains. Wall Street réagira également aux résultats de Netflix, publiés ce jeudi soir après la clôture, tandis que le pétrole restera sous surveillance après une hausse d'environ 12% depuis le début de la semaine, sur fond d'escalade entre Washington et Téhéran.
Le lexique
Ratio de solvabilité
Le ratio de solvabilité mesure la capacité d'un assureur à tenir ses engagements envers ses clients, même en cas de difficultés financières : hausse des sinistres, baisse des marchés financiers ou autre choc défavorable. Il compare les fonds propres dont dispose l'assureur au capital minimum nécessaire pour couvrir ses risques. Par exemple, un ratio de 200% signifie que l'assureur possède deux fois plus de ressources que le minimum réglementaire exigé.















