Séance calme à Paris où le CAC 40 clôture en légère baisse (-0,14% à 8 263 points). Depuis lundi matin, l'indice français évolue à l'équilibre (après +3,7% la semaine dernière). Surtout, le S&P 500 (+0,3%) et le Nasdaq (+0,4%) inscrivent de nouveaux records historiques à Wall Street, effaçant leurs pertes liées à la guerre en Iran. Le S&P se paie même le luxe de revenir au-dessus du seuil symbolique des 7 000 points. Le message envoyé par les marchés est clair : les investisseurs recommencent à privilégier les actifs risqués, en particulier technologiques, convaincus que le dossier iranien va s'orienter vers une issue diplomatique plutôt que militaire.
Cet optimisme repose notamment sur la perspective de nouveaux pourparlers entre les États-Unis et l'Iran, mais aussi sur l'ouverture annoncée de discussions entre Israël et le Liban. L'idée d'un cessez-le-feu sur ce front serait un signal important, car elle lèverait un obstacle majeur à un accord plus large dans la région. Bien sûr, la prudence reste de mise : sur le terrain, les affrontements ne sont pas totalement éteints, et le détroit d'Ormuz reste un sujet hautement sensible. Mais pour l'instant, les marchés choisissent de se concentrer sur les avancées diplomatiques plutôt que sur les dernières tensions militaires. Le verre à moitié plein, plutôt qu'à moitié vide.
Par ailleurs, la saison des résultats trimestriels commence bien aux États-Unis, notamment du côté des banques, dont les publications soulignent une consommation encore solide outre-Atlantique. En parallèle, certains indicateurs économiques rassurent, comme le PIB britannique meilleur que prévu en février ou encore la croissance chinoise, ressortie à 5% sur un an au premier trimestre, légèrement au-dessus des attentes. En toile de fond, le marché veut croire que le pire a peut-être été évité. Reste maintenant à savoir si la diplomatie suivra réellement le scénario que les investisseurs ont déjà commencé à intégrer.
Les valeurs du jour
Kering. Nouvelle baisse du géant du luxe ? Le propriétaire de Gucci traverse une période difficile. Son nouveau directeur général, Luca de Meo (connu pour avoir redressé Renault) a présenté ce jeudi un plan ambitieux baptisé « ReconKering » pour relancer le groupe d'ici 2030. Le problème central est simple : Gucci, qui représente à elle seule la moitié des profits du groupe, a vu ses ventes chuter de près de 40% en quatre ans. La rentabilité de Kering a suivi la même trajectoire. Pour inverser la tendance, Luca de Meo veut doubler la marge bénéficiaire du groupe à moyen terme, en passant par trois étapes : une remise à plat en 2026, une reconstruction jusqu'en 2028, puis une reconquête du leadership d'ici 2030.
Pour Gucci, le plan mise sur un retour aux fondamentaux : moins de produits, mais plus beaux et plus exclusifs, notamment des sacs à main iconiques haut de gamme dont la part dans les ventes devra doubler. Le réseau de boutiques sera également réduit et largement rénové. À l'international, Kering mise sur la Chine avec des budgets marketing en hausse, et sur six marchés émergents (dont l'Inde, le Brésil et l'Arabie saoudite) représentant un potentiel de 34 milliards d'euros. Malgré ces annonces, la Bourse reste sceptique. L'action cède 3,07% ce jeudi, à 246,20 ?, après une chute de 9,3% hier. Les investisseurs jugent le plan trop vague, sans objectifs chiffrés précis ni calendrier clair pour Gucci. En Bourse, Kering creuse ses pertes annuelles à 18%.
Pernod Ricard. Le spécialiste français des vins et spiritueux a publié des résultats un peu meilleurs que prévu mais pas assez convaincants aux yeux du marché. Au troisième trimestre de son exercice décalé, ses ventes sont restées quasi stables grâce à une bonne dynamique en Inde et au Nouvel An chinois. En Europe, Pernod Ricard a retrouvé un peu de croissance, tandis qu'aux États-Unis les ventes restent en recul. En Chine, la situation reste globalement difficile, malgré le Nouvel An, à cause d'une économie moins dynamique et d'un moral des consommateurs encore fragile. Malgré cette légère amélioration, la direction reste prudente dans les perspectives des prochains mois.
Elle prévoit désormais une baisse de 3% à 4% des ventes sur l'ensemble de l'année, en raison du conflit au Moyen-Orient et du contexte économique mondial incertain. L'entreprise veut protéger au maximum sa rentabilité en réduisant ses coûts et en poursuivant ses efforts d'efficacité. Par ailleurs, les investisseurs surveillent de près un autre sujet : un possible rapprochement avec Brown-Forman, le propriétaire de Jack Daniel's. Une offre de rachat d'environ 15 milliards de dollars aurait été formulée par un concurrent, le groupe Sazerac. Le marché s'interroge : est-ce une vraie offre, ou une man ?uvre pour faire monter les prix ? Le risque pour Pernod serait de payer trop cher pour cette acquisition, ce qui pourrait peser sur son cours de Bourse à court terme ? Ce soir, l'action clôture en baisse de 0,54% à 66,64). Elle cède désormais près de 9% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls
Planisware. Après plusieurs semaines sous pression, Planisware retrouve un peu d'air en Bourse. L'éditeur français de logiciels gagne 7,72% à 17,02 ? après une publication trimestrielle légèrement meilleure qu'attendu. Le groupe affiche une croissance solide, portée par ses abonnements et la signature de nouveaux clients. Les investisseurs sont surtout rassurés par un point clé : malgré les inquiétudes liées à l'intelligence artificielle, l'activité tient bon et les objectifs pour 2026 sont confirmés.
Sur le fond, cette publication arrive au bon moment. Depuis le début de l'année, le titre éligible au PEA-PME reste en effet sous pression et recule encore d'environ 28%, pénalisé par les craintes d'un impact délétère de l'IA sur le modèle des éditeurs de logiciels. Planisware montre pourtant que la demande pour ses solutions tient bon, notamment pour ses outils de gestion de projets. Mais le doute n'est pas totalement levé. Les objectifs des prochains mois restent prudents et le marché attend désormais des signes d'accélération plus marqués pour se rassurer durablement.
Le top / flop des valeurs
Semaine marquée par une forte dynamique sectorielle en France, avec le secteur des semi-conducteurs en vedette dans le sillage des publications de TSMC et ASML. En France, le CAC 40 termine stable (+0,1%) mais les mid & small surperforment nettement (+2,6%). Aux US, le S&P 500 rebondit de +3,2% porté par l'espoir d'une désescalade géopolitique au Moyen-Orient.
Le monde d'après : la bulle de l'IA
Wall Street a encore offert un parfait condensé de la folie spéculative autour de l'intelligence artificielle. Allbirds, ancien fabricant de sneakers écoresponsables devenu coquille presque vide après la récente cession de sa marque, a vu son action s'envoler de 900% hier, avant de terminer sur un gain proche de 600%. Le groupe a simplement annoncé sa reconversion dans les services de calcul pour l'IA. Rebaptisée NewBird AI, l'entreprise veut désormais utiliser une levée de 50 millions de dollars sous forme d'obligations convertibles (voir lexique) pour acheter des processeurs graphiques et se positionner sur le marché du cloud lié à l'intelligence artificielle.
Sur le papier, le récit a de quoi séduire un marché toujours avide de nouvelles histoires autour de l'IA. Dans les faits, le projet paraît beaucoup plus fragile. Les montants annoncés restent très modestes face aux milliards investis par les grands acteurs du secteur, et l'entreprise part de très loin. Cette flambée boursière semble davantage refléter l'appétit spéculatif du marché que la crédibilité industrielle du dossier. Le titre rechute d'ailleurs ce jeudi de près de 20%, signe que l'enthousiasme initial était loin d'être solidement ancré.
Le point le plus révélateur se situe peut-être dans la structure même du financement. L'opération apparaît particulièrement favorable à l'investisseur qui apporte les fonds, grâce à des obligations convertibles assorties d'un taux élevé et de conditions de conversion protectrices. En clair, cette annonce dit moins la naissance d'un nouveau champion de l'IA qu'elle ne révèle l'extrême nervosité d'un marché prêt à s'emballer pour tout dossier qui se revendique, de près ou de loin, lié à cette thématique. Une illustration presque caricaturale d'une Bourse qui, par moments, semble encore suspendre son incrédulité face aux mots magiques « intelligence artificielle ».
Demain à la une : Netflix, Iran et niveaux records
La séance de demain s'ouvrira dans le sillage des résultats de Netflix, publiés ce soir, après la clôture. Ils interviendront après ceux de TSMC, dévoilés aujourd'hui. Le géant taïwanais des semi-conducteurs a affiché un bénéfice net en hausse de 58% à 18,15 milliards de dollars au premier trimestre, porté par la demande en puces IA, et a relevé ses prévisions annuelles. Morgan Stanley a de son côté battu les attentes grâce à des revenus de trading records et une activité de sa banque d'investissement en hausse de 36%. Ces bonnes publications soutiennent le rebond actuel des marchés.
Le cessez-le-feu États-Unis-Iran, conclu début avril pour 15 jours, reste toutefois fragile : le blocus américain des ports iraniens fait monter la pression, et Téhéran n'exclut pas de nouvelles représailles. Washington dit discuter d'une deuxième session de négociations et se montre optimiste. Le pétrole, qui gravite autour de 96$ le baril, réagira au moindre signal. En toile de fond, le CAC 40 aborde cette nouvelle séance avec un gain mensuel d'environ 6,5%. Mais contrairement au S&P 500 et au Nasdaq qui évoluent sur des niveaux records, l'indice français reste 3,5% sous son pic historique atteint fin février, juste avant le déclenchement de la guerre.
Le lexique : obligation convertible
Une obligation convertible est un titre de dette émis par une entreprise qui fonctionne, dans un premier temps, comme une obligation classique : l'investisseur prête de l'argent à la société et reçoit en échange des intérêts réguliers, appelés « coupons ». La particularité de ce produit est qu'il offre à son détenteur la possibilité, à une date ou dans une période définie, de convertir son obligation en actions de la société émettrice, selon un rapport d'échange fixé à l'avance.
L'investisseur peut ainsi choisir de rester créancier ou de devenir actionnaire, selon l'évolution du cours de l'action. Ce mécanisme présente un double avantage : il offre une sécurité relative grâce aux coupons et au remboursement du capital si la conversion n'est pas exercée, tout en donnant accès à une potentielle plus-value si l'action de l'entreprise s'apprécie. C'est pourquoi on parle souvent de produit « hybride », à mi-chemin entre la dette et les actions.










