Les marchés : une semaine critique
La Bourse résiste plutôt bien au nouveau pic de tension. Le week-end a en effet été marqué par l'échec des négociations de paix entre les États-Unis et l'Iran, tenues au Pakistan. Les deux pays s'étaient presque mis d'accord, mais ont achoppé sur la question du nucléaire iranien. Dans la foulée, Trump a annoncé que la marine américaine allait bloquer le détroit d'Ormuz pour isoler les ports iraniens, tout en laissant circuler librement les navires à destination d'autres pays.
Ces tensions ont immédiatement fait grimper le prix du pétrole au-dessus des 100 dollars le baril, une hausse de plus de 5%. Si cette flambée profite à des actions comme Total (+1,3%), elle pénalise en revanche des secteurs très consommateurs de carburant, comme l'aérien : Air France-KLM chute ainsi de 4,1%. Globalement, c'est un scénario que l'on connaît désormais bien, depuis le début de cette guerre. Et surtout, les indices boursiers limitent le choc : -0,29% pour le CAC 40 à 8 236 points, -0,10% pour le S&P 500 et -0,74% pour le Nikkei.
Malgré l'inquiétude générale, les experts restent relativement sereins pour l'instant. Ils estiment que Trump n'a pas intérêt à laisser la situation s'emballer davantage, car une escalade du conflit aggraverait l'inflation aux États-Unis et nourrirait l'opposition politique intérieure. Mais on le sait, les décisions du président américain peuvent être très erratiques ? Cette semaine promet donc d'être cruciale pour l'issue du conflit.
Les valeurs : Safran en baisse, Kering marque le pas
Safran. L'équipementier aéronautique continue d'investir pour produire davantage et sécuriser ses fabrications. Le groupe va consacrer 150 millions d'euros à son site de Gennevilliers pour installer un nouvel équipement industriel de très grande capacité, destiné à fabriquer des pièces essentielles pour ses moteurs d'avions civils et militaires.
Cette annonce ne fait pas décoller le titre, qui cède 1,02% à 310,10 euros dans un marché surtout focalisé sur les tensions géopolitiques. Mais elle éclaire la stratégie de Safran qui investit pour répondre à la forte hausse de la demande, en particulier autour du moteur Leap, déjà très présent chez Airbus et Boeing, tout en préparant les prochaines générations de moteurs.
Cet investissement va bien au-delà d'un simple agrandissement d'usine. Depuis la crise sanitaire, toute l'industrie aéronautique souffre de retards et de difficultés d'approvisionnement sur certaines pièces clés. Safran veut donc moins dépendre de fournisseurs extérieurs et mieux maîtriser sa production. C'est un enjeu majeur dans un secteur où le moindre retard peut coûter cher. Le groupe cherche ainsi à sécuriser sa croissance dans la durée, dans un environnement devenu plus instable. Depuis le début de l'année, le titre progresse de 4,5%.
Kering. Le grand concurrent de LVMH et Hermès marque le pas. Son action recule de 1,59% à 272,05 euros après un avis plus prudent de Morgan Stanley sur le titre. Ce n'est pas un désaveu sur le fond, la banque américaine reconnaît que Luca de Meo a redonné de l'élan au dossier depuis son arrivée.
Mais pour le marché, une grande partie de ce scénario de redressement semble déjà intégrée dans le cours. Et c'est bien là le sujet. Après un rebond de 55% depuis l'arrivée du nouveau patron, il devient beaucoup plus difficile de créer une nouvelle bonne surprise, surtout à la veille d'une publication de résultats trimestriels très attendue.
Le marché ne doute pas vraiment de la direction prise. Réorganisation, arbitrages stratégiques, recentrage, signaux un peu meilleurs chez Gucci, le chantier avance. Mais le redressement demeure encore largement une promesse. Morgan Stanley estime que le potentiel de reprise à moyen terme est réel, mais que le titre a déjà beaucoup intégré ce scénario. Autrement dit, le marché a acheté l'espoir, et il attend désormais des preuves.
Toute la question est là : le réveil de Gucci va-t-il enfin se traduire dans les ventes, et pas seulement dans les discours ? Tant que le marché n'aura pas de réponse claire, le titre pourrait rester sous pression, malgré une trajectoire redevenue plus crédible. Verdict demain soir ! En attendant, l'action recule désormais de 9% depuis le début de l'année.
Le coin des smalls : Exail Technologies à contre-courant
Avec la guerre au Moyen-Orient, Exail Technologies avance à contre-courant. Le spécialiste des drones marins progresse de 3,89% ce soir à 128,10 euros et affiche désormais +57,5% depuis le début de l'année. Le marché mise sur le savoir-faire du spécialiste français du déminage sous-marin (ex-Groupe Gorgé), alors que le risque autour du détroit d'Ormuz reste très élevé.
Le groupe apparaît en effet comme un acteur idéal si la situation se détériore, et s'il fallait déminer le précieux couloir maritime ? Son action éligible au PEA-PME profite aussi d'une tendance de fond, avec des armées qui se tournent de plus en plus vers des robots capables d'intervenir à distance. Le potentiel boursier est réel, mais il reste étroitement lié à l'évolution des tensions géopolitiques.
La pépite de la semaine
Fondée en 2000 par son actuel PDG Jacques Mottard, Sword Group est une ESN à suivre de près. Depuis près de 25 ans, elle s'est faite une place de choix dans le domaine du conseil technologique, avec une stratégie claire : se concentrer sur des missions à forte valeur ajoutée pour des clients exigeants, souvent dans des secteurs sensibles ou fortement régulés.
Le monde d'après : les valeurs pour traverser la tempête
Royal Bank of Canada a mis à jour sa liste d'actions favorites pour 2026. La banque canadienne met en avant plusieurs dossiers capables de mieux traverser la phase actuelle d'incertitude, avec trois noms français qui ressortent particulièrement : AXA, Safran et Schneider Electric. Le message est clair. Dans un environnement plus nerveux, les investisseurs reviennent vers des groupes offrant à la fois de la visibilité, des moteurs de croissance identifiés et, dans certains cas, une valorisation encore attractive.
Côté français, AXA séduit par la transformation progressive de son modèle vers des activités plus rentables et moins consommatrices de capital. Safran reste un favori de long terme grâce à sa position dominante dans les moteurs d'avions monocouloirs et à la solidité de ses activités de maintenance. Quant à Schneider Electric, le groupe continue de profiter de la montée en puissance des data centers, devenus l'un des grands moteurs du cycle d'investissement lié à l'intelligence artificielle.
Au-delà de ces trois valeurs françaises, la sélection de Royal Bank of Canada comprend aussi plusieurs grandes capitalisations internationales dans la tech, la santé, l'énergie ou encore la consommation.
L'agenda du lundi : Iran, inflation et résultats
Cette nouvelle semaine s'annonce particulièrement animée, dans un contexte dominé par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Le blocus américain des ports iraniens, entré en vigueur cet après-midi, maintient une forte pression haussière sur les cours du pétrole et alimente la volatilité générale. Sur le plan macroéconomique, l'attention se portera sur de nouveaux indicateurs d'inflation qui alimenteront les anticipations sur la trajectoire des taux des banques centrales.
Le Livre Beige de la Fed (mercredi soir) et le compte-rendu de la BCE (jeudi) viendront compléter ce tableau monétaire, tandis que plusieurs membres de la Fed et Christine Lagarde prendront la parole à plusieurs reprises au fil de la semaine. L'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie (jeudi), attendu en net repli, ainsi que les inscriptions hebdomadaires au chômage, seront également suivis de près.
La semaine marque par ailleurs le coup d'envoi de la saison des résultats du premier trimestre 2026, avec des publications très attendues des deux côtés de l'Atlantique. En Europe, LVMH, Hermès, ASML et Kering livreront l'évolution de leur activité, tandis qu'aux États-Unis, les grandes banques (JPMorgan, Goldman Sachs, Bank of America, Morgan Stanley) ouvriront le bal, suivies par Netflix et PepsiCo en fin de semaine. Ces résultats constitueront les premiers baromètres de la santé des entreprises dans un environnement économique et géopolitique sous haute tension.
Demain à la une : les niveaux à surveiller
La séance de demain s'annonce dans la continuité de ce lundi, marqué par le repli des marchés européens. Une publication concentrera l'essentiel de l'attention : l'indice des prix à la production américain (IPP de mars, voir lexique), attendu en hausse à +0,5% sur un mois. Cet indicateur d'inflation sera déterminant pour calibrer les anticipations sur les prochaines décisions de la Fed. Du côté des résultats d'entreprises, JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Wells Fargo et Citigroup ouvrent la saison bancaire américaine, après la clôture, tandis qu'en France Kering et Publicis publieront l'évolution de leur activité.
Sur le plan technique, le CAC 40 se trouve dans une configuration fragile. Le premier niveau de support à surveiller se situe autour des 8 215 points. En cas de rupture de ce seuil, les zones des 8 165 puis des 8 100 points constitueront les prochains paliers de soutien significatif. À la hausse, une résistance immédiate se dessine autour des 8 265 points, niveau que l'indice devra franchir pour espérer renouer avec une dynamique positive et revenir sur son récent plus haut à 8 315. Malgré ce début d'année pour le moins chahuté, l'indice français progresse désormais de 1% depuis le 1er janvier (hors dividendes).
Le lexique : L'IPP
L'indice des prix à la production (IPP) mesure l'évolution des prix de vente pratiqués par les entreprises pour leurs produits et services, avant qu'ils n'atteignent le consommateur final. Contrairement à l'indice des prix à la consommation qui reflète ce que paient les ménages dans les magasins, l'IPP capte les variations de prix en amont de la chaîne économique, au niveau des usines, des grossistes et des producteurs.
Cet indicateur est particulièrement surveillé par les banques centrales car il permet d'anticiper les pressions inflationnistes futures : lorsque les coûts de production augmentent pour les entreprises, celles-ci ont tendance à répercuter ces hausses sur les prix de vente aux consommateurs dans les mois suivants. L'IPP constitue donc un signal avancé de l'inflation, offrant un aperçu précieux de la dynamique des prix dans l'économie.










