Le bilan de la guerre

La Bourse continue d'être malmenée, au gré des déclarations contradictoires de Trump et des menaces des parties américaines et iraniennes. Lors de son allocution d'hier soir, Trump a comme à son habitude soufflé le chaud et le froid. D'un côté, il promet de mettre fin à la guerre « d'ici deux à trois semaines ». De l'autre, il menace de ramener « les Iraniens à l'âge de pierre, auquel ils appartiennent ». En représailles, Téhéran promet des « attaques écrasantes » contre les États-Unis.

Faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ? Comme ces dernières semaines, les investisseurs ont hésité. Ce sera finalement à moitié vide pour cette séance, avec une baisse de 0,24% du CAC 40 à 7 962 points et de 0,3% du S&P 500. Depuis le début du conflit, l'indice français cède désormais un peu plus de 7% et signe malgré tout sa première semaine de hausse (+3,4%). Wall Street limite la casse à -4,5% depuis le 28 février (-11% à Tokyo).

En tout cas, les derniers échanges éloignent l'espoir des derniers jours, celui d'un cessez-le-feu rapide et entretiennent l'incertitude sur l'issue du conflit. Face à ce flou, le pétrole s'envole une nouvelle fois : +6,8% ce soir sur le Brent, à 107$ le baril (+45% depuis le début de la guerre). Une information est toutefois tombée ces dernières minutes, limitant les pertes des grands indices : Oman et l'Iran travailleraient (on emploi le conditionnel faute de confirmation officielle à ce stade) à un protocole visant à superviser le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz.

En Bourse, cette situation profite aux entreprises du secteur pétrolier, qui montent avec la hausse des prix du brut : Total signe l'une des plus fortes hausses du CAC ce jeudi (+2,4% à 79,42 ?) et revient à proximité de son record historique. Clairement, les marchés financiers redeviennent plus nerveux avant le week-end prolongé de Pâques : l'indice de volatilité grimpe fortement, tandis que le dollar et les taux d'intérêt repartent à la hausse, des signes classiques de recherche de sécurité.

C'est désormais devenu une habitude lors de nouveaux pics de tension, les bancaires et les compagnies aériennes chutent lourdement. Société Générale perd 2,6% ce soir, et Air-France KLM -3,8% (voir lexique). Les valeurs technologiques et les semi-conducteurs sont également en baisse, affectés par la remontée des taux d'intérêt, qui rend leur financement plus coûteux.

Demain et lundi, le CAC 40 sera fermé en raison de Pâques. Wall Street ne le sera que ce vendredi. Nous vous retrouverons donc mardi soir pour notre prochaine édition. Pour la Communauté Bourse Privée, nous animerons toutefois vos services habituels demain. Bonne lecture !

Les valeurs

Le groupe hôtelier Accor résiste plutôt bien en Bourse ce jeudi et gagne 1,38% à 42,50 ?, alors que le CAC 40 cède un peu de terrain, au terme d'une séance volatile. Accor profite de l'annonce, attendue de longue date, de la vente du solde de sa participation de 30,56% dans Essendi, le propriétaire des murs d'une partie de ses hôtels. Cette opération doit lui rapporter immédiatement 675 millions d'euros, avec un complément potentiel pouvant porter le total à 975 millions. Le marché apprécie surtout le fait qu'Accor tourne presque définitivement la page de son ancien modèle immobilier et annonce dans le même temps un nouveau programme de rachats d'actions d'environ 500 millions d'euros.

Cette cession tombe à point nommé pour un titre fragilisé. Depuis le début du conflit en Iran, l'action perd environ 15%, pénalisée par son exposition plus forte que ses concurrents au Moyen-Orient, mais aussi par les accusations récentes d'un vendeur à découvert sur un potentiel trafic humain dans certains hôtels sous franchise ou gestion. Accor conteste fermement ces accusations et a lancé des vérifications. Dans ce contexte, la vente d'Essendi rassure un peu les investisseurs, car elle clarifie la stratégie du groupe, renforce son profil plus léger en actifs et soutient le retour de trésorerie aux actionnaires. Reste que la structure de l'opération, avec une partie du prix différée, laisse encore une part d'incertitude.

Le numéro un du luxe LVMH clôture à l'équilibre après avoir passé une partie de la séance dans le vert, à 471,05 euros, mais le mal est profond. Le titre a chuté de 28% sur le premier trimestre, sa pire entame d'année depuis au moins la fin des années 1980. Le groupe a d'abord été sanctionné après des résultats jugés décevants, notamment dans la mode et la maroquinerie, son principal moteur. Puis la guerre en Iran a aggravé la pression sur tout le secteur du luxe. Les investisseurs redoutent en effet un coup de frein sur les achats des clients du Golfe, une baisse des voyages et, plus largement, un recul des dépenses de plaisir dans un climat devenu beaucoup plus anxiogène ?

Sur le fond, le marché doute à court terme, mais plusieurs bureaux d'études restent confiants pour la suite. Ils estiment que le premier trimestre pourrait marquer le point bas, avant un redressement progressif dans les prochains mois. LVMH conserve de solides atouts, avec des marques puissantes, des relais créatifs attendus chez Dior et une valorisation redevenue plus raisonnable après la chute du titre. Le groupe reste toutefois exposé à plusieurs risques, entre tensions géopolitiques, ralentissement de la demande et interrogations récurrentes sur la succession de Bernard Arnault. Affaire à suivre.

La Société de la Tour Eiffel bondit de 108,92% à 7,96 euros après l'annonce d'un projet de retrait de la cote. Son actionnaire majoritaire, SMABTP, souhaite racheter les actions qu'il ne détient pas encore au prix de 8,20 ?. Cette offre représente une forte prime par rapport au dernier cours de Bourse, ce qui soutient logiquement le titre. Le marché réagit positivement, même si l'action reste encore loin du prix proposé, en attendant plus de détails sur le calendrier de l'opération.

Cette sortie de Bourse apparaît comme une issue logique pour la foncière, confrontée à des difficultés persistantes. Le groupe souffre notamment d'un taux élevé de bureaux vacants et d'un marché immobilier peu dynamique en périphérie. Résultat, ses performances se sont dégradées ces dernières années, entraînant une chute marquée du cours de Bourse (-55% sur trois ans). Dans ce contexte, rester coté avait perdu de son intérêt. L'offre permet donc aux actionnaires minoritaires de sortir à un prix difficilement atteignable sur le marché, même si elle intervient après une longue période de baisse du titre : -95% depuis le pic historique atteint en mars 2007.

Capter le potentiel de la défense

Le déclenchement de la guerre en Ukraine, et celle au Moyen-Orient, a brutalement rappelé que la défense n'est plus un simple poste budgétaire, mais un enjeu stratégique majeur. Le réarmement s'accélère : l'OTAN fait état d'une hausse de 20% des dépenses de défense des alliés européens et du Canada par rapport à 2024, tandis que l'Union européenne veut mobiliser jusqu'à 800 milliards d'euros avec son plan Readiness 2030.

En Bourse, ce contexte redonne un fort intérêt au secteur de la défense, car il bénéficie de tendances de long terme, de commandes publiques massives et d'une visibilité renforcée sur l'activité. Les chiffres confirment d'ailleurs cette dynamique : les importations d'armes des États européens ont bondi de 210% sur 2021-2025 par rapport à 2016-2020, et celles des membres européens de l'OTAN de 143%.

Pour s'exposer simplement à cette thématique, une solution pertinente est l'ETF WisdomTree Europe Defence, qui réplique un indice d'entreprises européennes du secteur de la défense. Son code ISIN est : IE0002Y8CX98. Sur un an, il progresse de plus de 24%, à la clôture du 31 mars.

Ce réarmement accéléré, ouvre une nouvelle ère pour l'Europe et les marchés financiers, avec des investissements massifs à la clé et de nombreuses opportunités pour les investisseurs particuliers.

Le monde d'après : Bezos défie Musk dans l'espace

La bataille de l'internet par satellite prend une nouvelle dimension. Selon le Financial Times, Amazon négocie le rachat de l'américain Globalstar afin de renforcer son offensive face à Starlink, la constellation d'Elon Musk. L'opération permettrait au groupe de Jeff Bezos d'accélérer son développement dans l'orbite basse, un marché stratégique où SpaceX dispose aujourd'hui d'une nette avance avec plus de 10 000 satellites actifs et une base d'utilisateurs déjà massive. Amazon, de son côté, n'a encore lancé qu'un peu plus de 200 satellites, même si son ambition affichée dépasse les 7 700 unités.

Globalstar représente une cible de choix. Le groupe compte près de 800 000 abonnés, affiche une activité rentable et bénéficie déjà d'un partenariat structurant avec Apple, qui détient 20% de son capital et utilise l'essentiel de sa capacité réseau pour ses services de communication par satellite. C'est précisément ce lien avec Apple qui complique le dossier, puisqu'Amazon ne peut pas avancer seul sans tenir compte des intérêts du géant californien. Mais pour Amazon, l'enjeu est clair : gagner du temps dans une course où la capacité de lancement et le déploiement industriel sont devenus décisifs.

Le marché a immédiatement compris la portée stratégique du dossier. L'action Globalstar bondit aujourd'hui de plus de 8% à Wall Street après ces révélations, prolongeant une envolée déjà spectaculaire de 270% sur un an. Au-delà du simple effet spéculatif, cette opération potentielle confirme surtout une chose : la guerre des constellations satellitaires est désormais pleinement ouverte. Et face à Musk, Bezos semble décidé à passer à l'offensive.

Demain à la une : Quel Trump ?

La situation est un peu paradoxale. Alors que le conflit au Moyen-Orient restera sans surprise LE grand sujet, le très attendu rapport mensuel sur l'emploi américain sera publié demain. Pourtant, les marchés seront fermés, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe. L'impact du rapport ne pourra donc se faire sentir que lundi à Wall Street, puis mardi sur le Vieux Continent. Un point attire toutefois l'attention : Trump surveille de près les marchés. Il se montre généralement plus conciliant en semaine et plus offensif le week-end. Et celui à venir sera allongé par les festivités de Pâques. Reste à savoir à quel Trump nous aurons affaire dans les prochains jours ?

Pourquoi les actions des banques et des compagnies aériennes chutent fortement lors de nouveaux pics de tension au Moyen-Orient ? Car les investisseurs deviennent plus prudents et se détournent des secteurs jugés risqués. Les banques sont pénalisées par la crainte d'un ralentissement économique et d'une hausse des défauts de paiement, qui pourraient réduire leurs profits. Les compagnies aériennes, elles, subissent directement la hausse du prix du pétrole (et donc du kérosène), l'augmentation de leurs coûts et une baisse possible du trafic.