Flexibilité, rendement, frais, gestion ou encore fiscalité : l’assurance vie et le Plan d’épargne retraite ont quelques points communs et beaucoup de différences. Lequel est le plus adapté pour vos vieux jours ?

Plus que leurs aînés, les salariés doivent aujourd’hui se préparer à voir leur niveau de vie baisser à la retraite. C’est ce qu’anticipe le Conseil d’orientation des retraites dans un rapport rendu le 26 novembre. De quoi inciter à se constituer un pécule supplémentaire pour ses vieux jours.

Dans cette perspective, il existe plusieurs produits permettant d’accueillir une épargne de long terme. Parmi eux, il y a notamment l’assurance vie, best-seller avec ses 1 750 milliards d’euros d’encours, et le nouveau Plan d’épargne retraite, dont la commercialisation démarre plutôt bien. 8 mois après la création du PER en octobre 2019, 210 000 contrats, hébergeant 2,7 milliards d’euros, ont été ouverts, selon la Fédération française de l’assurance. A l’inverse, depuis le début de l’année, l’encours de l’assurance vie s’est replié de 35 milliards d’euros. Est-ce la preuve que le Plan d’épargne retraite est devenu le nouveau produit adéquat pour préparer sa retraite ? Pas assurément. Cela dépend de sa capacité d’épargne, de son taux d’imposition ou encore de son degré d’autonomie s’agissant des questions patrimoniales. Mode d’emploi pour faire un choix entre PER et assurance vie.

1 - Liquidité : l’assurance vie demeure la reine

S’il est conseillé de commencer à penser à la retraite le plus tôt possible, à 30 ou 40 ans, ce n'est pas toujours simple. D’autres projets, comme l’achat d’une résidence principale ou la venue d’un enfant, génèrent des dépenses nouvelles qui peuvent nécessiter de piocher dans son épargne. Pour ce type de ménages, il est important de choisir un produit d’épargne en tenant compte de sa liquidité. C’est-à-dire de la possibilité, ou non, de récupérer à tout moment son argent. Or, de ce point de vue-là, l’assurance vie est bien plus flexible qu’un PER.

En effet, « que vous versiez 1 000, 10 000 ou 50 000 euros sur une assurance vie, vous pouvez retirer ce cash quand vous le voulez, avec certes une perte potentielle de gains fiscaux, mais c'est possible. Avec un PER, sauf cas exceptionnels, vous n'avez accès qu'à la retraite à votre argent », illustre Nicolas Delorme, co-fondateur de la plateforme de conseillers financiers Neofa. Le PER est ce qu’on appelle un produit d’épargne tunnel dont on ne sort, au plus tôt, qu’au départ à la retraite, soit à 62 ans actuellement, mais probablement plus tard dans les années à venir. Seuls quelques événements, le plus souvent des accidents de vie, autorisent à débloquer précocement un PER : expiration des droits au chômage, décès du conjoint, acquisition de la résidence principale, ou encore surendettement.

Néanmoins, dans l’optique de préparer sa retraite, la souplesse de l’assurance vie peut devenir un cadeau empoisonné. « L’épargnant moins discipliné peut plus facilement oublier l’objectif retraite qu’il s’était fixé en ouvrant son assurance vie », nuance ainsi Eric Girault, fondateur du courtier mes-placements.fr, qui propose du PER et de l’assurance vie.

2 - Impôts : avantage au PER pour les personnes aisées

La fiscalité différente de ces deux enveloppes est aussi un paramètre important à prendre en compte. L’un des atouts majeurs du PER est sa puissante incitation fiscale. « L'idée en se constituant une épargne pour la retraite est de renoncer aujourd'hui à un pouvoir d'achat immédiat pour le différer à la retraite. Le PER, au travers de la déductibilité des versements à l'entrée, incite à avoir ce comportement », explique à MoneyVox Laure Delahousse, directrice générale adjointe de l’Association française de la gestion financière (AFG).

En effet, les sommes mises volontairement sur un Plan d’épargne retraite sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de 32 419 euros pour 2020. En clair, si par exemple vos revenus imposables annuels s’élèvent à 50 000 euros (vous faites donc partie de la tranche d’imposition à 30%) et que vous versez 5 000 euros sur votre PER, vous êtes imposé sur seulement 45 000 euros de revenus et vous économisez 1 500 euros d’impôts. « Plus on est imposé, plus la carotte fiscale est importante », souligne Eric Girault. Car, effectivement, ces 1 500 euros économisés se transforment en 2 050 euros pour un foyer imposé à 41% et en 2 250 euros s’il fait partie de la tranche à 45%. A l’inverse, pour la moitié des Français qui ne paient pas d’impôts sur le revenu, la déductibilité des versements volontaires ne présente pas d’intérêt.

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Mais pour tirer pleinement profit de cet avantage fiscal, propre au PER, il est conseillé de réinvestir l’économie d’impôts afin d’enclencher un effet de levier. Illustration avec notre épargnant type au taux marginal d’imposition de 30%. En plaçant ses 1 500 euros d’impôts économisés, c’est comme s’il avait épargné 6 500 euros pour un effort d'épargne de seulement 5 000 euros. Epargner une partie de l’économie d’impôts est d’autant plus souhaitable que l’avantage fiscal n’est que temporaire. Plus précisément, les versements que l’investisseur a décidé de déduire de son revenu n’échappent pas de manière définitive à l’impôt sur le revenu. Un rattrapage s’effectue au moment de liquider le PER, soit à la retraite.

Ce décalage d’imposition présente le plus souvent un double avantage. D’une part, l’économie d’impôts peut générer des revenus supplémentaires via l’effet de levier précédemment décrit. D’autre part, les revenus baissant généralement à la retraite, la tranche d’imposition est plus basse que durant la vie active. Résultat : si notre épargnant type passe d’un TMI de 30% à 11% à la retraite, l’administration fiscale retiendra non pas 1 500 euros d’impôts, mais 550 euros seulement, soit une économie nette de fiscalité de 950 euros.

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Bilan : « Au-delà de 30% de TMI, le PER est incontournable pour la retraite. Pour les personnes situées dans une tranche inférieure ou égale à 11%, l’assurance vie est à privilégier d’un point de vue fiscal », résume Eric Girault de Mes-placements.fr. Un avis partagé par Nicolas Delorme : « si votre taux d'imposition marginal est inférieur à 30%, l'assurance vie reste plus intéressante fiscalement. Mais, quoi qu'il en soit, il reste recommandé de discuter avec un conseiller financier de l'option la plus adaptée à votre situation personnelle », explique à MoneyVox le porte-parole de Neofa.

Le PER d’entreprise pour les personnes non imposables

« Pour les personnes non imposables, le PER présente essentiellement de l'intérêt dans le cadre de l'entreprise avec l'abondement de l'employeur », précise Laure Delahousse. S’agissant des Plans d’épargne retraite collectifs, l’entreprise peut en effet mettre en place un système de versement complémentaire avantageux destiné à inciter les salariés à verser de l’argent sur le PER d’entreprise. Cet abondement de l’employeur peut représenter jusqu’à 3 fois le montant que le salarié a lui-même versé, dans la limite de 6 581,76 euros en 2020. Les PERCO bénéficient aussi de la déductibilité des versements volontaires. C’est pourquoi « si vous disposez d'un Plan d'épargne retraite entreprise, il ne faut pas louper cette opportunité. Car, en plus de la déductibilité de vos propres versements, vous bénéficiez de l'abondement de l'entreprise », recommande la directrice générale adjointe de l’AFG.

Tout n’est fiscalement pas perdu pour les ménages qui s’orientent vers l’assurance vie, qui bénéficie de sa propre niche fiscale. Celle-ci ne s’applique pas sur le capital versé, comme c’est le cas avec le PER, mais sur les plus-values. A condition d’avoir conservé le contrat 8 ans, les gains retirés, jusqu’à 4 600 euros par an (9 200 euros pour un couple), ne sont pas imposés. S’agissant du PER, la flat tax de 30% s’applique aux plus-values dès le 1er euro en cas de sortie en capital. Si l’épargnant décide de sortir en rente – option peu conseillée par les personnes sollicitées – le régime fiscal de la rente viagère s’applique, avec des modalités qui diffèrent en fonction de l’âge au moment de recevoir le premier versement.

3 - Gestion de l’épargne : le PER, le choix de la facilité

« La fiscalité doit accompagner une décision d'épargne, mais elle ne doit pas être le seul élément déclencheur. L'épargne sert à préparer des projets, en l'occurrence, la retraite. Avant la fiscalité, il faut s'intéresser au produit qui offre l'allocation d'actifs la plus adaptée à cet objectif. Et le PER, avec son option par défaut de gestion pilotée avec horizon retraite, est cohérent », souligne également Laure Delahousse. En effet, si PER et assurance vie sont des enveloppes qui permettent toutes les deux d’investir sur des fonds monétaires, des OPCVM actions ou encore des ETF ou des fonds euros, la façon dont est réparti l’argent entre ces différents supports est plus encadrée avec un PER.

Par défaut, les sommes investies sont placées selon un profil dit « équilibré horizon retraite ». L’idée est, au démarrage, de flécher l’épargne vers des fonds actions risqués, mais potentiellement plus rémunérateurs. Puis, à mesure que l’âge de la retraite approche, l’argent est rapatrié sur des supports peu risqués. En pratique, de 20% investis sur des fonds à faible risque dix ans avant la retraite (noté au maximum 3 sur l’échelle de risque), cette proportion grimpe progressivement à 70% à moins de deux ans de l’échéance. L’épargnant n’a rien à faire. « Les arbitrages sont automatiques en fonction de l’âge. Cela présente tout de même l’inconvénient que, si les marchés ne sont pas bien orientés, l’arbitrage se fera tout de même », souligne Eric Girault.

Comme dans le cadre de l’assurance vie, il est aussi possible de gérer librement son PER ou avec un mandat de gestion différent. Mais, là ce sera à l’épargnant de prendre la décision de sécuriser, ou non, son capital à l’approche de la retraite.

4 - Frais et performance : ex aequo, à condition d’être vigilant

Etant investis sur des fonds identiques, il ne devrait pas y avoir d’écart de performance intrinsèque entre le PER et l’assurance vie. Il en va de même pour les frais prélevés. C'est le cas notamment des frais de versement qui rognent progressivement la rentabilité du contrat. Des excès existent tant pour l'assurance vie comme le révélait récemment une étude de MoneyVox, mais aussi pour le PER d'après 60 millions de consommateurs. « En 2020, vous pouvez verser jusqu'à quelque 32 000 euros déductibles sur un PER. Quand je vois que certains assureurs prennent 4,5% de frais sur versement, c'est inacceptable », lâche Nicolas Delorme. De son côté, Laure Delahousse nous explique « attendre avec impatience la montée en puissance des PER comptes-titres qui, notamment, auront une couche de frais en moins ».

Match PER ou assurance vie pour la retraite
Assurance viePlan d'épargne retraite
LiquiditéRetrait possible à tout momentEpargne bloquée jusqu'à la retraite
FiscalitéAbattement de 4 600 € par an sur les plus-valuesVersements déductibles des revenus imposables jusqu'à 32 419 € en 2020
GestionLibre ou pilotée selon les contratsLibre ou pilotée avec obligatoirement un profil adapté à l'horizon retraite
Frais et performance des fondsPas de différence a prioriPas de différence a priori
BilanEnveloppe généraliste pour préparer plusieurs projets simultanémentEnveloppe dédiée à l'épargne retraite
Convient fiscalement aux ménages peu ou pas imposablesConvient fiscalement aux ménages imposés durant leur vie active

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