Malgré la crise, les Français ont mis 75 milliards d’euros de côté de mi-mars à début juillet. Qui sont ces épargnants forcés : économisent-ils par crainte du chômage ou faute de pouvoir de consommer ? Où cet argent est-il allé ? Comment les banques l’ont-elles utilisé ? Que pouvez-vous en faire maintenant ? Réponses chiffrées.

1. Combien les Français ont-ils épargné avec la crise ?

C’est l’un des paradoxes de la crise actuelle. Alors que l’Unédic, l’organisme qui gère l’assurance-chômage, anticipe 900 000 destructions d'emplois en 2020, les Français ont globalement accumulé de la richesse durant les 8 semaines de confinement. Faute de pouvoir consommer et grâce aux mesures de soutien (comme l’extension du chômage partiel), les ménages ont épargné 55 milliards d’euros durant les 8 semaines de confinement, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Depuis le déconfinement le 11 mai dernier, cette épargne, qualifiée de « forcée » par l’OFCE, se serait accrue de 20 milliards supplémentaires, pour atteindre 75 milliards d’euros début juillet.

Derrière ces chiffres, la réalité est évidemment bien différente d’un foyer à un autre. Ainsi, comme le souligne cet institut de recherche, 15% de cette épargne est détenue par les 10% des ménages les plus aisés. Et, avec 4 060 euros épargnés entre le 17 mars et le 5 juillet, les 10% les plus riches ont économisé entre 2 et 3 fois plus que la moitié des Français.

2. Où est allé cet argent ?

Ces liquidités supplémentaires sont restées au repos. Laissées essentiellement sur les comptes courants, ces sommes ont gonflé ce que la Banque de France appelle les « numéraires et dépôts à vue ». Ces dépôts ont ainsi progressé de 37,3 milliards d’euros entre le 1er avril et le 30 juin, d’après les chiffres provisoires publiés le 14 août dernier par la Banque de France. De mémoire de banquier central – les données accessibles en ligne remontant à 2012 – jamais les sommes déposées sur les comptes courants n’avaient été aussi élevées.

Ce matelas financier s’observe également dans les résultats financiers des banques de détail. Au 2e trimestre 2020, les dépôts à vue sont en hausse de 18,3% par rapport au 2e trimestre 2019, constate la Société Générale dans son rapport trimestriel. BNP Paribas rapporte également une augmentation de 16,7% de ces dépôts entre début avril et fin juin. Du côté du Crédit Agricole, les clients des caisses régionales ont augmenté de plus de 25% leurs dépôts à vue en seulement 3 mois.

Outre les comptes chèque, les particuliers ont également massivement alimenté leurs livrets d’épargne. D’après la Banque de France, les dépôts sur les Livrets A, LDDS et autres livrets bancaires fiscalisés ont bondi de 25,7 milliards d’euros au 2e trimestre 2020. Cette collecte trimestrielle est 3 fois plus importante que ce qu’avait l’habitude d’observer la Banque de France avant la crise du coronavirus ! Dans le détail, avec 12,3 milliards d’euros de plus, le Livret A a capté à lui seul près de la moitié de ces 25,7 milliards. Là encore, les données des banques confirment cet intérêt pour les livrets et comptes sur livret : le Crédit Agricole a ainsi vu les dépôts sur ses livrets progresser de près de 9% au 2e trimestre 2020.

L’assurance vie boudée par les Français

Craignant pour leur avenir, les particuliers plébiscitent les supports financiers liquides et sûrs, comme le Livret A, au détriment de l’assurance vie. Depuis mars, les épargnants retirent plus d’argent de leurs contrats qu’ils n’en versent. Résultat, l’encours sur les assurances vie diminue : -2 milliards d’euros en mars et en avril, -2,2 milliards en mai et encore -0,7 milliard d’euros en juin, d’après le dernier bilan établi par la Fédération française de l’assurance (FFA).

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La crise actuelle s’est aussi traduite par l’effondrement des cours en bourse (près de -40% pour le CAC 40 entre la mi-février et la mi-mars). Anticipant un rebond des marchés, les investisseurs ont en revanche été nombreux à ouvrir des supports boursiers : compte-titres ou Plan d’épargne en actions (PEA). Résultat, d’après l’Autorité des marchés financiers, au printemps, 580 000 Français ont acheté des actions des 120 plus grosses entreprises cotées en France, pour un total de 3,5 milliards d’euros. Parmi eux, 150 000 découvraient (ou redécouvraient) la bourse.

3. A quoi ont servi ces économies ?

Les Français n’ont que peu pioché dans l’épargne du confinement, ce que déplore le ministre de l’Economie. « Ce n'est pas d'épargne dont nous avons besoin aujourd'hui pour notre économie, mais d'investissement », soulignait déjà en avril Bruno Le Maire lors de la présentation du projet de loi de finances rectificative.

Les banques accueillent en revanche positivement cet afflux de liquidités, qui facilite l’octroi de crédits. « C'est une sorte de vase communicant, explique ainsi aux Echos, Laurent Quignon, responsable économie bancaire chez BNP Paribas. D'un côté, la contraction de la consommation a été extrêmement préjudiciable à certaines entreprises. De l'autre, la hausse exceptionnelle des dépôts qui en a découlé a permis aux banques de financer le prêt garanti par l'Etat (PGE) et de soutenir la trésorerie de ces entreprises », poursuit l’économiste.

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D’après le ministère de l’Economie et des Finances, sur une enveloppe totale de 300 milliards d’euros, les banques ont, à fin juillet, accordé pour 116 milliards d’euros de PGE, à 560 000 entreprises. Dans le détail, BNP Paribas revendique avoir octroyé 57 000 PGE pour un total de 15 milliards d’euros à fin juin. Le Crédit Mutuel aurait débloqué 17,3 milliards d’euros dans ce but, pour 108 000 entreprises. La Société Générale recense à fin juin 86 100 demandes pour un total de 19 milliards d’euros.

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4. Epargne ponctuelle ou épargne de précaution ?

Les Français qui ont fait des économies durant le confinement vont-ils finir par dépenser cet argent ? D’après Alain Tourdjman et Eric Buffandeau, respectivement directeur et directeur adjoint des études économiques de BPCE (Banque Populaire-Caisse d’Epargne), la réponse est oui, mais en partie seulement. « Cette épargne forcée se dégonflerait logiquement (...) avec le “déconfinement” graduel et un rebond des dépenses des particuliers, tout en restant encore élevée du fait de la montée du chômage, du maintien du sentiment d’incertitude sanitaire, d’un comportement induit d’attentisme, voire d’une prise de recul face à la manière de consommer », expliquaient-ils le 15 juillet dernier.

Illustration chiffrée. D’après ces deux économistes, les comptes courants des Français vont, à fin décembre 2020, abriter 55 milliards d’euros de plus qu’à fin 2019. Pour 2021, ce surplus devrait retomber à 36 milliards d’euros, soit le même niveau de collecte que sur l’année 2019. Et le taux d’épargne des ménages devrait passer de 22,2% en 2020 à 17,4% en 2021. Il resterait donc au-dessus du taux d’épargne habituel, autour de 15% d’après l’Insee.

5. Que faire de cet argent dans les mois à venir ?

Si vous faites partie des ménages ayant conservé une partie des économies provoquées par le confinement, l’utilisation de cette épargne dépend de votre situation financière et professionnelle. Si vous vous attendez à des fins de mois difficiles à la rentrée ou que vous ne disposez pas d’une épargne de précaution suffisante – il est recommandé d’avoir 2 à 4 mois de salaire d’avance -, c’est le moment de conserver précieusement ces quelques centaines ou milliers d’euros amassés. Mais plutôt que de les laisser sur votre compte en banque, vous pouvez les mettre sur un livret d’épargne réglementée (Livret A, LDDS, LEP ou Livret Jeune), sur un livret bancaire voire sur le fonds euros d’une assurance vie. En effet, a contrario de l’idée reçue, l’épargne sur une assurance vie n’est pas bloquée 8 ans. Un bémol : il faut souvent attendre plusieurs jours avant de récupérer de l’argent de son assurance vie, alors qu’un virement d’un livret vers un compte bancaire est quasiment instantané.

Inversement, si vous avez déjà de quoi faire face à un coup dur et que votre emploi n’est pas menacé, vous pouvez investir « sur des placements à plus long terme et potentiellement plus rémunérateurs, comme l’assurance vie [hors fonds euros, NDLR], un PEA, de l’épargne retraite… », expliquait à MoneyVox au sortir du confinement Marc Tempelman, fondateur de l’application d’aide à l’épargne Cashbee. Ce serait le plus rationnel, pour espérer tirer profit de la faiblesse des cours des actions, « même si l’on peut comprendre que certains choix soient guidés par l’émotion actuellement », nuance-t-il.

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