Le quadragénaire francilien a aussi expérimenté, comme serveur, les journées interminables, avec une longue pause imposée : « Les horaires avec des coupures, c'est horrible, vous errez dans Paris, vous ne pouvez rien faire », décrit-il, content d'avoir désormais un emploi du temps plus classique dans une boutique de chocolats.

A 33 ans, Aurélie va elle commencer une mission de ménage dans une salle de sport, entre 6h et 8h. Pour un précédent contrat, elle travaillait entre 4h et 10h. Elle tient le coup en faisant la sieste en même temps que ses deux jeunes enfants. « On essaye de s'entraider avec les collègues pour que tout le monde puisse profiter de sa famille, en faisant un roulement », explique celle qui travaille aussi régulièrement samedi et dimanche.

Travailler le week-end, plus de 8 heures par jour et/ou de 40 heures par semaine ou en horaires décalés, entre 5h et 8h et entre 19h et minuit, concerne, à divers degrés, 55% à 75% des actifs en emploi en France, selon un avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) publié ce mercredi. Comme pour le travail de nuit, déjà étudié en 2016, l'agence recommande de limiter le recours aux horaires atypiques, néfastes sur la santé et la vie sociale.

« Zones grises »

Ses auteurs font remonter aux années 1980 le développement des horaires atypiques, avec un double mouvement de réduction du temps de travail et de flexibilisation des horaires. Le respect du repos dominical s'est notamment érodé au fil des réformes, dont la loi dite « Macron » de 2015 assouplissant les possibilités de travail le dimanche et en soirée pour les commerces non-alimentaires.

L'Anses note que les personnes les plus diplômées sont plus exposées aux horaires longs et les moins diplômés aux horaires décalés et au travail le week-end. Selon l'Insee, en 2019, les femmes étaient proportionnellement plus nombreuses à travailler régulièrement le week-end et en horaires fractionnés, « organisation temporelle la plus contraignante ». Être né à l'étranger fait également augmenter la probabilité de travailler en horaires atypiques.

Pour la sociologue à l'Institut national d'études démographiques Anne Lambert, si le travail de nuit au sens strict tend à stagner ou diminuer légèrement en France, parce qu'il coûte cher aux employeurs et que certaines tâches sont automatisées, « les zones grises des horaires atypiques », le travail du soir ou tôt le matin, le travail fractionné, se développent.

La chercheuse souligne également « une croissance des inégalités », les horaires atypiques augmentant particulièrement pour les employés non qualifiés.

« Le sommeil prime sur tout »

Ebtissem, 45 ans, a trouvé son compte à travailler le dimanche matin pendant des années dans un magasin de surgelés à Paris, car elle avait besoin de cette majoration de salaire pour élever ses enfants, dit-elle.

Un gain financier également relevé par Antoine, 24 ans. Mais cet infirmier dans un hôpital bordelais, qui cumule tous les types d'horaires atypiques (douze heures d'affilée, en alternant périodes de jour et de nuit, et un à deux week-ends par mois), souligne aussi les difficultés.

« Quand je suis de nuit, je n'ai aucune vie sociale, je suis tellement fatigué que je n'arrive pas à faire autre chose, à part du sport et quelques courses. (...) Les trois dernières nuits (d'un mois de travail de nuit), je commence à avoir des nausées », raconte-t-il, expliquant avoir besoin d'au moins cinq jours et de mélatonine pour reprendre un rythme de jour.

Hôtesse de l'air chez Air France pendant 30 ans, Sophie Lainault vient, elle, d'obtenir la reconnaissance de l'origine professionnelle de son cancer du sein, notamment en raison des longues heures de travail de nuit effectuées. Avec le rythme des vols long courrier, « certaines hôtesses grossissent énormément, d'autres maigrissent énormément, on mange à des horaires pas possibles et avec un lance-pierres parce qu'on veut vite aller se reposer, parce que le sommeil prime sur tout », rapporte-t-elle.