Bercy a publié ce jeudi ce document annuel fixant les « plafonds de dépenses du projet de loi de finances pour 2027 », le « tiré à part » en jargon budgétaire. En juin, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait écrit aux ministres pour leur demander de revoir à la baisse leurs demandes initiales.

Résultat, hormis la hausse des dépenses de Défense (+6,4 milliards d'euros), le gouvernement affiche l'ambition de limiter l'an prochain la progression des dépenses ministérielles à 0,4%, « soit quatre fois moins que l'inflation attendue en 2027 ».

Ainsi, hors Défense, les crédits des ministères n'augmenteront que de 1,5 milliard d'euros au total, à raison de 1,5 milliard d'euros pour l'écologie, notamment après les épisodes de canicule, 0,8 pour l'enseignement scolaire, 0,6 pour la recherche et l'enseignement supérieur, 0,6 pour « les sécurités » ou 0,4 pour la justice.

« Livre ouvert »

En revanche, la mission « travail » perdrait 2,8 milliards, l'aide publique au développement, 0,3, les missions « agriculture » et « santé », 0,1 milliard chacune. Au total, les dépenses de l'administration centrale sont fixées à 708,4 milliards d'euros pour l'an prochain.

Mais celles de la Sécurité sociale « croîtront plus vite que l'inflation », remarque le document, pour progresser de 17 milliards d'euros, à 838,3 milliards.

Le gouvernement demandera également aux collectivités territoriales, dont il ne maîtrise pas les budgets, de ne pas augmenter leurs dépenses de fonctionnement au-delà de l'inflation en 2027, tandis que leurs dépenses d'investissement devraient reculer légèrement, en année post-municipales. « Un budget de sauvegarde républicaine, a dit le ministre, protège l'avenir sans confisquer les choix démocratiques », avec des mesures « réversibles ».

Le « tiré à part », a souligné le ministre, n'est pas « un point d'arrivée mais un point de départ, et constitue la base d'un dialogue que nous voulons conduire jusqu'à la rentrée ».

Il a confirmé que le gouvernement avait l'intention de déposer le projet de budget le mercredi 30 septembre, revenant à « la pratique habituelle », alors que les deux budgets post-dissolution avaient débordé sur octobre pour leur présentation, et sur l'année suivante pour leur adoption.

« On nous parle de budget de sauvegarde républicaine, mais on ne parle pas d'anticipation, encore une fois, on est sur des mesures d'économies », a réagi auprès de l'AFP Nathalie Bazire, secrétaire confédérale de la CGT. « Cela ne peut que ne pas nous convenir, nous ne comprenons pas pourquoi les arbitrages vont dans ce sens-là », a réagi, de son côté, Patricia Drevon, secrétaire confédérale de FO, dénonçant « encore un mauvais coup ».

« Science fiction »

Cette année, Bercy a procédé de manière « inédite », en confiant à quatre économistes reconnus le soin d'examiner les comptes publics « à livre ouvert » depuis fin mai, a rappelé M. Amiel.

Leur rapport rendu public mercredi signale que le déficit public, prévu à 5% du PIB cette année - et donc bien supérieur aux 3% exigés par Bruxelles - pourrait déraper jusqu'à 6,8% en 2030, à « politique économique inchangée ». Ils préconisent un effort de 126 milliards d'euros d'ici à la fin du prochain quinquennat à entamer impérativement dès 2027, sans exclure qu'il faille recourir aussi à des hausses d'impôts pour réduire le déficit.

Un point qu'a soulevé le président de la Commission des Finances Eric Coquerel (LFI), regrettant que le gouvernement ne semble pas disposé à toucher aux recettes, « et notamment aux cadeaux fiscaux faits aux ultra-riches ». Eric Coquerel a remarqué aussi qu'en tenant compte de l'inflation, les crédits hors défense prévus pour 2027 seraient en baisse de 6 milliards d'euros, et non en hausse de 0,4%.

Il a considéré également que la promesse du gouvernement de revenir à 3% du PIB de déficit public en 2029 relevait désormais « de la science-fiction ». Sur ce point, « il appartiendra aux candidats de définir leur trajectoire de finances publiques 2028 et 2029 », a éludé M. Amiel.