Dans un courrier envoyé la semaine dernière à ses ministres, le Premier ministre Sébastien Lecornu les a exhortés à calmer les ardeurs dépensières de leurs administrations. Il leur a demandé de « corriger » les demandes faites et d'identifier de « réelles priorités politiques » et des « gains de productivité et des transformations » pour le projet de budget.

« Les conférences de budgétisation ont fait apparaître plus de 30 milliards de demandes de financement, dont 24 milliards pour mettre en place de nouvelles dépenses », écrit le chef du gouvernement dans cette lettre, consultée par l'AFP. Ces demandes des services aboutiraient « à la création de plus de 23.000 emplois (pour l'Etat et ses opérateurs, NDLR) dès l'an prochain et d'environ 40.000 sur la période 2027-2029 », ajoute-t-il.

Les « conférences de budgétisation », travaux entre les administrations et la direction du Budget pour lancer la procédure budgétaire, se sont tenues la première quinzaine de mai.

Le ministre des Comptes publics David Amiel a ensuite entamé la semaine dernière un cycle de discussions bilatérales de trois semaines avec ses collègues. Elles doivent permettre au gouvernement de rendre ses arbitrages et de présenter mi-juillet les grandes lignes du budget 2027.

Demandes « irréalistes »

Avant les conférences de budgétisation, une circulaire de Bercy avait déjà appelé les ministères à « diminuer » leurs dépenses pour le budget 2027, sauf celui de la Défense.

Mais dans son courrier, le Premier ministre regrette des « demandes budgétaires (...) clairement pas priorisées », et « irréalistes ». « Nous devons être sérieux », « je compte sur vous », insiste-t-il.

Un comité d'alerte des finances publiques est prévu fin juin. Il devrait être l'occasion d'annoncer de nouvelles coupes budgétaires pour compenser le coût de la guerre au Moyen-Orient, malgré l'accord de paix annoncé entre les États-Unis et l'Iran pour mettre fin au conflit.

Lors d'un précédent comité d'alerte en avril, le gouvernement avait annoncé 6 milliards d'euros d'économies, dont 4 milliards sur le budget de l'État, via des annulations et gels de crédits, et 2 milliards dans la « sphère sociale ». Mais David Amiel a ensuite prévenu que le coût serait finalement « supérieur à 6 milliards d'euros ».

La Banque de France, qui doit présenter mardi ses prévisions actualisées pour la croissance française, a déjà prévenu qu'elles seraient en baisse par rapport à la prévision initiale de 0,9% en 2026.

L'Insee doit publier les siennes mercredi, après avoir annoncé un recul du PIB de 0,1% au premier trimestre.

Rapports en juillet

Le gouvernement français, qui table à ce stade sur une croissance de 0,9%, vise un déficit à 5% du PIB cette année, après 5,1% en 2025. Il compte toujours repasser sous 3% de déficit en 2029.

Mais la tâche s'annonce ardue, d'autant que le gouvernement a promis de déposer un budget sans hausse d'impôts.

Selon L'Opinion, des projections récentes de Bercy prévoiraient qu'en l'absence de mesures supplémentaires, le déficit puisse puisse se creuser jusqu'à 6,2% en 2027.

Le gouvernement a missionné quatre économistes pour réfléchir sur des scénarios de redressement des finances publiques dès 2027. Ils doivent rendre leurs travaux début juillet.

Le dernier budget du quinquennat d'Emmanuel Macron s'annonce à nouveau épineux, après déjà deux années difficiles en l'absence de majorité à l'Assemblée.

David Amiel a aussi chargé l'Inspection générale des finances (IGF) de plancher sur les conséquences économiques d'une loi spéciale prolongée jusqu'à l'élection présidentielle. Un scénario que le gouvernement, favorable à un compromis politique, veut absolument éviter. L'IGF devrait rendre son rapport en juillet, selon Bercy.

La présidente de l'Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a plaidé dans une interview à La Provence samedi pour que le budget soit « adopté rapidement à l'aide d'un 49.3 », à l'heure où on a « tous besoin de perspective et de stabilité ».