Sur fonds de guerre en Ukraine et de flambée du prix des matières premières, l'inflation a bondi à 4,8% en avril. Il s'agit de son plus haut niveau depuis novembre 1985. De quoi inquiéter les épargnants, qui peinent à protéger leur capital contre la hausse des prix.

Depuis quelques mois, l'inflation signe son grand retour. Selon les estimations de l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la flambée des prix sur un an a atteint 4,8% en avril. Et la situation ne devrait pas s'arranger de sitôt : toujours selon l'Insee, l'inflation pourrait grimper à 5,4% sur un an d'ici juin prochain. De quoi sérieusement éroder votre pouvoir d'achat si vous ne placez pas votre argent.

Le problème, c'est qu'après prise en compte de l'inflation, la plupart des produits d'épargne classiques servent actuellement un rendement négatif. Par exemple : si vous placez 100 euros à 3%, vous aurez 103 euros un an plus tard. Mais serez-vous plus riche pour autant ? Pas nécessairement. Car si dans le même temps les prix augmentent de 4%, votre pouvoir d'achat aura diminué.

C'est tout l'intérêt de regarder le « rendement réel » de vos produits d'épargne. On l'obtient à partir de la formule suivante :

[(1+r)/(1+i)]-1

Pour laquelle r correspond ici au rendement et i à l'inflation. L'Insee n'ayant pas encore dévoilé d'estimation pour l'inflation annuelle 2022, les calculs réalisés dans la suite de cet article se basent sur les derniers chiffres disponibles, à savoir +4,8% de hausse des prix en avril.

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Livret A et LDDS : -3,6% de rendement réel

En 2022, le livret d'épargne préféré des Français a enregistré 3,02 milliards d'euros de collecte en mars dernier, selon la Caisse des Dépôts. Son faux jumeau, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), n'est pas en reste : les Français y ont déposé 0,65 milliard d'euros sur la même période. Bilan : fin mars, l'encours total sur ces deux livrets atteint 483,6 milliards d'euros. Un succès qui s'explique notamment par la revalorisation de leur taux à 1%, en février dernier.

Malgré la hausse, le Livret A fait en réalité perdre du pouvoir d'achat aux 56 millions de Français détenteurs de ce placement en 2022. Dans le détail, pour 10 000 euros placés sur votre Livret A du 1er janvier au 31 décembre 2022, vous toucheriez 95,84 euros nets d'impôts (et non 100 euros car le mois de janvier reste rémunéré à 0,50%). Mais dans le même temps, l'inflation vous ferait perdre 4,8% de pouvoir d'achat (dans l'hypothèse où la hausse des prix sur un an se maintiendrait à son niveau actuel). Soit un rendement réel de -3,6%.

Point positif : le calcul du taux du Livret A se base sur les taux interbancaires et l'inflation semestrielle. Si la flambée des prix se poursuit, le taux du Livret A et du LDDS pourrait donc augmenter une nouvelle fois en 2022. Toutefois, même dans l'éventualité d'une nouvelle hausse de taux à 1,5%, le rendement réel de ces placements resterait dans le rouge.

Livret A, LEP : à quel taux s'attendre pour le 1er août prochain ?

Livret d'épargne populaire : -2,5% post-inflation

Le Livret d'épargne populaire (LEP) s'en sort mieux que les autres livrets. Pendant longtemps, son taux a été indexé sur celui du Livret A, avec une bonification de 0,5 point. Mais la nouvelle formule prévoit que le taux du LEP soit au moins égal à la hausse des prix, soit 2,2% au dernier semestre 2021.

Comme pour le Livret A et le LDDS, les gains perçus sur votre LEP sont totalement exonérés d'impôts. Résultat : avec son taux actuel, un LEP doté de 5 000 euros vous rapporte 105 euros d'intérêts nets sur un an. Là encore, ce n'est pas assez pour faire rempart contre la hausse des prix : après déduction de l'inflation, le rendement réel du LEP atteint -2,5%. Ce chiffre n'est toutefois qu'une estimation. D'autant que si l'inflation se maintient à son niveau actuel, le taux du LEP pourrait bondir à 4,4% d'ici le 1er août.

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Livret bancaire : -4,5% de rendement après inflation

En complément des livrets réglementés, comme le Livret A, le LDDS et le LEP, certaines banques proposent leurs propres livrets d'épargne. En mars 2022, la rémunération moyenne de ces placements représente à peine 0,10%, selon les chiffres de la Banque de France. Un taux historiquement faible.

Sans oublier qu'à la différence des livrets réglementés, les livrets bancaires sont soumis à un prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30% (1). Soit un rendement net d'impôts de 0,07%. A ce rythme, il vous faudrait plus de 1 000 ans pour doubler votre épargne. Pire : une fois l'inflation prise en compte, le rendement réel de ces placements atteint en moyenne -4,5%, soit le pire score de ce palmarès.

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PEL : -3,9% de rendement réel (dans le pire des cas)

C'est l'une des forces du Plan épargne logement (PEL) : son taux contractuel, fixé dès l'ouverture, demeure inchangé jusqu'à la clôture du plan. Résultat, certains vieux PEL rapportent encore 2,5% voire 3% bruts à leur propriétaire. Les PEL plus récents, en revanche, se montrent moins généreux, avec un taux de 1% avant impôt.

Côté fiscalité, les plans ouverts depuis 2018 sont soumis à la flat tax (30%) dès la première année de détention. Soit un rendement de 0,7% net d'impôt. Autrement dit, pour 10 000 euros investis sur un PEL ouvert récemment, vous devriez empocher 70 euros d'intérêts. C'est peu. En tout cas, trop peu pour vous protéger de l'inflation, puisque dans ce cas de figure le taux réel servi par le PEL frise -3,9%. Le Compte épargne logement (CEL) ne s'en sort pas mieux, avec un rendement réel de -4,1%.

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Assurance vie : -3,5% après inflation pour les fonds euros

La dégringolade se poursuit pour les taux des fonds euros, le support sans risque de l'assurance vie. Après 1,46% de rendement moyen en 2019, les fonds euros ont rapporté 1,3% en 2020 et en 2021, selon France Assureurs.

Ces rendements sont nets de frais de gestion, mais pas nets d'impôts. Sur les contrats récents, il faut ainsi déduire les cotisations sociales (17,20%) de vos intérêts annuels. Pour un rendement brut de 1,3%, vous n'empocherez donc que 1,08% d'intérêts. Sans compter que vos gains peuvent être soumis à l'impôt sur le revenu en fonction du montant et de la date de vos retraits. Déduction faite de l'inflation, les fonds euros affichent eux aussi un rendement réel négatif (-3,5%).

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PER et épargne salariale : -1,7% de pouvoir d'achat

Impossible, par définition, d'annoncer un rendement moyen pour un plan d'épargne salariale, investi sur une poignée de fonds d'investissement, ou pour un produit d'épargne retraite, investi de la même manière sur un horizon lointain. Il n'empêche : il est possible de se faire une idée représentative. Selon une étude de l'Association française de la gestion financière (AFG), la gestion pilotée des Plans d'épargne retraite (PER) en entreprise permet actuellement d'espérer 1,7% à 5,3% de performances annuelles. Si l'on prend l'exemple d'un PER avec un rendement à 3%, pour 10 000 euros placés, vous devriez enregistrer une plus-value de 300 euros en fin d'année.

Mais... avec une inflation à 4,8%, vous risquez dans les faits de voir votre pouvoir d'achat baisser (-1,7%). Et ce, avant prise en compte de la fiscalité du PER, à savoir 17,2% de prélèvements sociaux + l'impôt sur le revenu, plus ou moins important selon les options fiscales que vous avez choisies.

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SCPI : un rendement réel de -0,3% avant impôts

En 2021, les sociétés civiles de placement immobilier ont enregistré une collecte de 7,4 milliards d'euros. C'est 20% de plus que l'année précédente, selon les estimations de l'Association française des sociétés de placement immobilier (Aspim) et de l'Institut de l'Epargne Immobilière et Foncière (IEIF).

Ce succès, les SCPI le doivent surtout à leur excellent rendement moyen : 4,5% (nets de frais) en 2021. C'est de loin le placement de ce classement qui résiste le mieux à la hausse des prix, puisqu'après prise en compte de l'inflation, les SCPI affichent un rendement réel de -0,3%. Point noir : les SCPI sont lourdement fiscalisées, puisqu'aux prélèvements sociaux (17,2%) vient s'ajouter le barême progressif de l'impôt sur le revenu.

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(1) Pour l'ensemble des placements soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), les ménages modestes peuvent réclamer une dispense d'acompte et opter pour l'imposition au barème s'ils ne sont pas imposables.

(2) Répartition des 96,2 milliards d'euros d'encours diversifiés (hors actionnariat salarié) de l'épargne salariale et de l'épargne retraite d'entreprise collective, à fin 2020. Source : AFG.