Les « réactions, parfois diamétralement opposées, des investisseurs à la forte correction boursière de mars 2020 », se sont retrouvées dans les dossiers de litiges reçus par le médiateur de l'AMF, « certains tentant d'enrayer la baisse de valeur de leur portefeuille, d'autres profitant du recul des cours pour se lancer », note l'organisme dans son rapport annuel publié mercredi.
Cet organe de l'autorité, qui intervient pour trouver une solution amiable dans le cadre de litiges en matière financière, a reçu 1 479 dossiers en 2020 un chiffre en hausse de 14% par rapport à 2019 dont les deux tiers étaient dans son champ de compétence, et a rendu 505 avis (+12% sur un an). L'année 2020 a été marquée par une montée en puissance de l'actionnariat individuel, avec 400 000 nouveaux investisseurs enregistrés par l'AMF.
Des règles de base ignorées
« J'ai vu les conséquences de l'arrivée de ces primo-accédants, qui ignorent certaines règles basiques », a expliqué Marielle Cohen-Branche, médiateur de l'AMF, lors d'une conférence de presse. Par exemple, un épargnant avait transmis à son intermédiaire financier un ordre de vente de ses actifs avec un seuil de déclenchement, donc lorsque le prix descend sous une limite fixée par l'épargnant. Il a saisi le médiateur se plaignant que l'ordre avait été mal effectué et contestait le cours, jugé trop bas, auquel ses actifs ont été vendus. Sauf que ce type d'ordre n'est pas assorti d'une limite de prix, ainsi en cas de forte volatilité au moment où le seuil est atteint, le produit peut être vendu pour un prix très bas.
L'exécution a finalement été jugée conforme par le médiateur. « On éviterait beaucoup de déconvenues si tous les investisseurs connaissaient les règles des quatre types d'ordres en Bourse », s'est désolé le médiateur de l'AMF. Ainsi, les litiges portant sur une mauvaise exécution, une mauvaise information ou un mauvais conseil ont représenté 90% des 1 327 dossiers traités en 2020.
95 dossiers d'escroqueries
Parmi les autres grands thèmes de litiges, l'épargne salariale reste numéro un, mais le nombre de dossiers (260 demandes) est en recul pour la première fois. L'équipe de juristes a par ailleurs reçu « 95 dossiers susceptibles de relever d'une escroquerie », un nombre en « explosion ». En plus des dossiers classiques relatifs au trading spéculatif, aux cryptoactifs et aux « livrets », le médiateur a été saisi de nouveaux thèmes descroquerie, par exemple des investissements dans de fausses sociétés de gestion proposant des parts de SCPI ou de divers fonds, dont la nature nest pas forcément précisée ou encore linvestissement locatif dans des parkings.
Selon l'analyse de l'AMF, il n'existe pas de de profil type unique de victimes de ces arnaques puisque les victimes sont âgés de 22 ans à 88 ans, qu'ils appartiennent à des classes socioprofessionnelles différentes, même si les cadres supérieurs étant la catégorie la plus représentée. Quant au montant moyen des pertes, il est de 20 233 euros. Dans le détail, elles vont de 300 euros à 266 207 euros !
Ces livrets bancaires trompeurs
Sur les 95 dossiers reçus, 60 concernent un même mis en cause : Laurent Chenot, « un professionnel jouissant dune petite notoriété, grâce à son site internet, ses vidéos en ligne et quelques apparitions télévisées. Il laissait penser quil était un expert de la finance et quil détenait les secrets permettant à nimporte qui de devenir riche rapidement, facilement et sans risque, grâce aux formations quil dispensait », explique l'AMF. Dans une alerte diffusée en 2020, elle expliquait que « les activités exercées par Laurent Chenot et son équipe relèveraient des services dinvestissement de gestion de portefeuille pour compte de tiers et/ou du conseil en investissement financier pour lesquels ni Laurent Chenot ni son équipe, pas plus que ses sociétés Legendary Learning ou Tradinvest, ne disposent des autorisations réglementaires ».
Attention
Si le médiateur recommandait jusqu'ici aux épargnants de vérifier que la société avec laquelle ils étaient en relation figurait bien sur le Registre des agents financiers (Regafi), ce nest désormais absolument plus suffisant. En effet, en ayant recours aux usurpations, les prédateurs donnent lillusion de disposer des autorisations et agréments nécessaires à la fourniture des services dinvestissement. De plus, les listes noires diffusées par lAMF sont loin dêtre exhaustives : ce nest pas parce que la société ne figure pas sur ces listes quelle est fiable. « Il est donc impératif, avant deffectuer tout placement proposé par une voie non conventionnelle, de demander lavis de son conseiller financier ou dappeler Epargne Info Service, la plateforme créée par lAMF pour répondre aux questions des épargnants sur les produits dépargne financière, les intermédiaires financiers ou encore les possibles arnaques à linvestissement », explique l'AMF dans son rapport annuel.



















