Les fonds euro-croissance peinent à convaincre. Pour les rendre plus attractifs, le Trésor et les assureurs suggèrent d'autoriser le transfert de certains actifs depuis les fonds euros. Pillage ou opportunité ? Generali répond.

Un an après leur lancement, les fonds euro-croissance patinent. A tel point que le Trésor mène une consultation dans le but de les dynamiser. L’idée : autoriser les transferts d’actifs robustes depuis les fonds euros, pour stimuler le rendement et la collecte des euro-croissance. « Un scandale », selon certains spécialistes... Qu’en est-il vraiment ? Au sein de l’assureur Generali, l’un des premiers acteurs à avoir proposé un contrat euro-croissance, Sophie Bordelet, directrice de l’actuariat et du contrôle interne, et Rémi Bertholon, responsable actuariat, veulent rassurer les épargnants.

Sophie Bordelet, Rémi Bertholon, le Trésor mène une consultation pour dynamiser les contrats euro-croissance. Puisque les épargnants ne suivent pas, le produit est-il adapté au marché ?

« Ce n’est pas que le produit n’est pas adapté. On assiste à un problème de ''market timing''. Depuis le début de la réflexion autour de l’euro-croissance, les taux obligataires ont chuté. Or, si l’on revient à la base, l’euro-croissance se compose d’une poche obligataire, qui permet la garantie du capital à terme, et d’une poche dynamique. Le mécanisme est moins performant en période de taux bas. Plus les taux obligataires sont bas, plus la poche dynamique sera réduite. »

Deux options complexes sont proposées par le Trésor. Quel est l’enjeu ?

« Les deux options répondent au problème de market timing avec une même logique : un transfert de portefeuille des fonds euros vers les fonds euro-croissance. Rappelons que la consultation porte sur une solution temporaire, limitée jusqu’en 2018. Il n’est pas envisagé pour le moment de maintenir ce mécanisme dans le temps. La consultation répond à une situation très conjoncturelle. »

Des épargnants crient à la spoliation. Va-t-on déshabiller les fonds euros ?

« Transférer une partie de la richesse latente, cela peut laisser penser que les fonds euros auront moins de richesse. Mais c’est une vision un peu réductrice. La consultation prévoit des liens ''équitables et proportionnels'' entre fonds euros et euro-croissance. Proportionnellement, la plus-value latente des fonds euros ne bougera pas. Des seuils ont été fixés pour éviter de ''spolier'' les fonds euros, tout en conservant une équité entre ceux qui partent et ceux qui restent. »

Certains y voient la mort des fonds euros...

« Au contraire : tout ceci est fait en pensant à l’avenir des fonds euros ! Aujourd’hui, leur rendement est encore relativement correct. Mais la collecte est très importante. Plus il y aura d’investissement sur ces fonds, plus le rendement sera dilué, mécaniquement. Prenons l’exemple d’un jeune fonds euros performant, avec 100 millions d’euros d’encours. Demain, s’il collecte un milliard, cela va détruire sa richesse ! Si améliorer la performance de l’euro-croissance permet de capter une partie des nouveaux investissements, cela peut protéger les fonds euros ! C’est une alternative aux nouveaux flux. »

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Mais pourquoi investir dans l’euro-croissance ? Le capital est garanti uniquement à échéance, aucun rendement n’est assuré...

« Les fonds euros, c’est vrai, présentent une certaine souplesse. Mais en termes de fiscalité, cela reste un placement de moyen/long terme. L’euro-croissance peut donc capter une partie de la clientèle qui investit dans une optique long terme. Chez Generali, une personne qui investit sur le fonds croissance cherche un produit plus protecteur que les unités de compte. Cela répond à un objectif de diversification. Ce sont des fonds tout neufs, c’est un peu tôt pour analyser leurs performances. Et rien n’empêche l’assureur, au cours de la vie d’un contrat euro-croissance, d’augmenter le capital garanti à terme... La réglementation le permet. »

En gros, c’est une alternative aux unités de compte ?

« C’est une alternative, entre les fonds euros et les unités de compte. Chaque personne peut investir avec plusieurs horizons différents, dont la retraite. En investissant dans un fonds euro-croissance, on accepte le coût du risque : le capital n’est pas garanti en permanence. Mais l’objectif est de dépasser le rendement des fonds euros. Dans une logique de diversification du patrimoine, l’euro-croissance offre plus de garanties que les unités de compte, mais un peu plus de risque que le fonds euros. »

Si l’on ne fait rien, que se passera-t-il ?

« Au vu des cycles de taux actuels, et de l’effet de dilution, la promesse de rendement des fonds euros se rapprochera de 0. On essaye de trouver un équilibre fragile entre la protection des fonds euros et la dynamisation de l’euro-croissance. Car si les fonds croissance ont un faible rendement, ce sera une mauvaise chose pour tout le marché de l’assurance-vie et l’économie de notre pays. »