1 - Evolution et pas révolution
Christophe Castaner, le député PS porteur des mesures portant sur lépargne salariale intégrées au projet de loi pour la croissance et lactivité, le reconnaissait dès le début du mois de décembre, au moment de la remise de son rapport sur le sujet : « Nous nous sommes rendu compte que lon ne peut pas tout bouleverser », expliquait-il à cBanque en faisant référence à une harmonisation globale des différents dispositifs dépargne salariale.
Plus de quatre mois plus tard, alors que ces mesures sont toujours en discussion au Parlement, le constat reste le même : « Ni les membres du Copiesas [le comité qui était chargé délaborer des pistes de réforme, NDLR] ni les partenaires sociaux ne souhaitent réformer de fond en comble lépargne salariale, après des années dinstabilité législative », a souligné en commission la sénatrice UMP Catherine Deroche, co-rapporteure du texte au Sénat. Si elle ne bouleverse pas les dispositifs actuels dépargne salariale, cette réforme aux mesures multiples vise à les simplifier et à les rendre plus attractifs.
2 - Information à lentrée
Le livret dépargne salariale, qui doit être remis au salarié lors de son entrée dans lentreprise, ne devra plus évoquer « lensemble de ces dispositifs », comme aujourdhui, mais uniquement ceux « mis en place au sein de lentreprise » afin de rendre linformation au salarié plus efficace. Cette mesure a été votée à lAssemblée nationale en février dernier. Le gouvernement veut par ailleurs imposer la remise de ce livret aux représentants du personnel.
3 - Information à la sortie
Au moment où le salarié quitte lentreprise, létat récapitulatif qui lui est remis devra comporter une information sur les frais de tenue de compte. Objectif : que le bénéficiaire sache si ces frais sont pris en charge par lentreprise ou sils vont être prélevés sur les avoirs et ainsi grignoter le capital acquis. Là encore, cette mesure a été votée à lAssemblée nationale.
4 - Intéressement et participation : vers l'uniformisation
La participation aux bénéfices est un dispositif obligatoire dans les entreprises de 50 salariés ou plus. Lintéressement est lui un dispositif facultatif qui permet à une entreprise de gratifier ses salariés si des objectifs prédéfinis sont atteints. Le Copiesas a proposé dassouplir le « cap » des 50 salariés, afin déviter quune entreprise proposant déjà un accord dintéressement à ses salariés soit obligée de mettre en place immédiatement un régime de participation. Cette mesure a été portée par des sénateurs puis a finalement reçu lapprobation du gouvernement. Si elle est définitivement adoptée, les sociétés passant ce fameux « cap » et proposant de lintéressement disposeront dun délai de trois ans pour mettre en place la participation.
Des accords négociés au niveau des branches professionnelles pour la participation comme pour lintéressement ? Tel est le sens dun amendement soutenu par le gouvernement et voté au Sénat. LAssemblée nationale avait déjà adopté lobligation de négociations daccords de participation au niveau des branches dici le 30 décembre 2017. Le gouvernement sest déclaré favorable à une mesure reprenant le même principe pour lintéressement, ce qui permettrait au chef dentreprise dune société de moins de 50 salariés de « mettre en place un intéressement par décision unilatérale », car « la branche professionnelle lui fournirait alors un dispositif clé en main ».
En 2016, si le projet de loi Macron est adopté en létat, les primes de participation et dintéressement dues pour lannée 2015 devront être versées au plus tard le 1er juin. Jusquà présent, les dates limites de versement des deux dispositifs nétaient pas les mêmes. Elles seront désormais fixées au « premier jour du sixième mois suivant lexercice au titre duquel les droits sont nés ». En cas de retard, les entreprises devront sacquitter dune pénalité calculée sur la base dun taux unique.
Actuellement, lorsquun salarié nindique pas comment il souhaite voir sa prime utilisée, lintéressement lui est versé par défaut alors que la participation alimente dans ce cas des dispositifs dépargne salariale. LAssemblée nationale a voté une mesure instaurant le versement par défaut de lintéressement sur un PEE (Plan dépargne entreprise), à partir de 2016.
5 Des incitations au développement du Perco
En février, lAssemblée nationale a voté plusieurs mesures ayant pour objectif de rendre le Plan dépargne pour la retraite collectif (Perco) plus attractif, aussi bien pour les salariés que pour les employeurs :
- la mise en place dun Perco par ratification aux deux tiers des salariés, en cas dabsence de délégué syndical ou de comité dentreprise ;
- la possibilité de verser dix jours de congés non pris dans un Perco, que les salariés disposent dun Compte épargne temps ou non (au lieu de cinq pour ceux disposant dun CET à ce jour) ;
- la gestion pilotée en fonction de lâge qui devient loption par défaut du Perco, afin que la gestion du portefeuille puisse se faire de moins en moins risquée à lapproche de lâge de départ à la retraite du bénéficiaire ;
- des taxes réduites pour lemployeur. Les députés ont ainsi voté la suppression dune contribution de 8,2% spécifique au Perco, et labaissement du forfait social (20%) dans certains cas, notamment si un minimum dinvestissement en PME et ETI (entreprise de taille intermédiaire) est respecté. Le gouvernement et l'Assemblée nationale tiennent toutefois à limiter cet abaissement à 16% alors que les sénateurs souhaitent labaisser à 12%.
6 Un forfait social réduit en cas de 1er accord
Un forfait social de 8% au lieu de 20% dans les entreprises « qui concluent pour la première fois un accord de participation ou dintéressement ou qui nont pas conclu daccord au cours dune période de cinq ans avant la date deffet de laccord ». Cette mesure votée par lAssemblée nationale en février ne concerne pas directement les salariés, le forfait social étant une contribution à la charge de lemployeur, mais elle vise à inciter à la conclusion daccords dépargne salariale.
7 - Favoriser les fonds investis dans les PME et ETI
Le règlement des fonds dépargne salariale, les FCPE, doit déjà préciser « les considérations sociales, environnementales ou éthiques que doit respecter la société de gestion dans l'achat ou la vente des titres ». LAssemblée nationale a voté un amendement réclamant aux sociétés de gestion de préciser aussi les « considérations liées aux types dentreprises financées (part des PME et ETI, par exemple) », et demandant à ces sociétés de rendre compte de leur application dans le rapport annuel du fonds. Les sénateurs y sont défavorables mais le gouvernement et les députés devraient avoir le dernier mot sur ce sujet.
8 - Des propositions aux oubliettes ?
En novembre 2014, le Copiesas a remis 31 recommandations au gouvernement pour réformer lépargne salariale. Celles-ci devaient être intégrées lors de la discussion au Parlement. Mais certaines « gênent » le gouvernement comme le reconnaissait le député Christophe Castaner à lautomne dernier. Certaines propositions semblent ainsi être tombées aux oubliettes, à limage de la création dun Livret E, un temps évoquée.
9 - Coût pour lEtat : « 60 à 80 millions deuros »
Le ministre de lEconomie a chiffré le coût de la « réforme de lépargne salariale » lors de son audition au Sénat. La « diminution du forfait social » représente selon lui « un coût de l'ordre de 60 à 80 millions d'euros ». Et le ministre de préciser : « Nous ne pourrons aller très au-delà de ces propositions pour des raisons budgétaires. »
Nota bene : le texte est actuellement en discussion au Sénat, en procédure accélérée. Il doit encore être examiné en lecture définitive par l'Assemblée nationale, a priori au début de l'été.














