Evoquée dès 2012, cette réforme dispose désormais dun calendrier. Cette fois, vous pensez quelle va se faire ?
« Je lespère. Car je pense quelle serait extrêmement utile. Lépargne salariale correspond parfaitement à lesprit du pacte de responsabilité et de solidarité porté par le gouvernement. »
Vous attendez-vous à une réforme dampleur ?
« Aujourdhui, nous ne savons pas grand chose de cette réforme hormis quelle sera insérée dans la loi Macron sur légalité des chances économiques. Nous connaissons juste les préconisations de différents acteurs tels que le Medef, des think-tanks ou les rapports de lIgas et de lIGF. Sur cette première base, a priori, il ne faut pas sattendre à un grand chamboulement. Faudrait-il un chamboulement ? Je ne pense pas. Il est en revanche nécessaire de simplifier les dispositifs existants, et surtout de ne pas rajouter à leur complexité. »
Quelles sont les pistes privilégiées à ce jour ?
« A entendre propositions et rumeurs, tout indique que le forfait social [contribution à la charge de lemployeur fixée à 20% des sommes versées, NDLR] devrait non pas disparaître mais être modulé selon le support dépargne salariale choisi. Le gouvernement réfléchit également à la manière de favoriser linvestissement dans le capital des entreprises françaises, et notamment les plus importantes. »
Avez-vous limpression que certaines pistes font consensus ?
« La modulation du forfait social fait consensus. Pour être clair : ce qui gêne les entreprises avec le forfait social, cest que les règles ont changé [initialement fixé à 2%, le taux du forfait social a connu plusieurs réévaluations, dont la dernière mi-2012, qui la vu passer de 8% à 20%, NDLR]. Cette incertitude, liée à des règles qui changent, est difficile à gérer pour les entreprises. LIPS souhaiterait quil y ait une règle dor pour que la fiscalité dun dispositif choisi par lentreprise ne soit pas modifiée, avec de nouvelles règles fiscales ou sociales. Un second point semble faire consensus : cest la volonté de simplifier les dispositifs dépargne salariale. »
Vous parlez de consensus sur la simplification. Mais comment simplifier ?
« Aujourdhui, il existe quatre dispositif dépargne salariale [participation, intéressement, PEE, Perco, NDLR]. Et certains points comme les déblocages anticipés, les modalités de dépôt ou encore les dates de versement sont différents selon le type de dispositif. Si, a minima, il était possible dharmoniser lensemble des règles Malheureusement, je ne crois pas que cette harmonisation soit prévue, du moins pas à la lecture des rapports de lIGF et de lIgas. »
Avez-vous été sollicité pour soumettre vos propositions ?
« A loccasion de la publication dune série de propositions début octobre, lIPS a organisé une conférence de presse. Suite à quoi nous avons rencontré Christophe Castaner, le vice-président du comité chargé de faire une proposition de réforme au gouvernement, le Copiesas. Il a écouté nos propositions. »
Quand la réforme devrait être effective ?
« A priori elle devrait être applicable dès lentrée en vigueur de la loi activité, au 2e trimestre 2015. »
Quel est selon vous le principal point faible de lépargne salariale à ce jour ?
« En 2013, pour la première fois, il y a eu une décollecte ! Nous pensons que la hausse du forfait social nest pas étrangère à cette situation. Nous avons constaté que de nombreuses entreprises ont mis en place un « intéressement forfait social compris ». De cette manière, si le forfait social augmente, lintéressement baisse. Ainsi, ce sont les salariés qui pâtissent de la hausse du forfait social. »
Dans les entreprises de moins de 50 salariés, seuls 17% sont couverts par un dispositif dépargne salariale. Comment y remédier ?
« LIPS souhaite quà partir d'un salarié, une entreprise soit obligée daborder la mise en place dun dispositif avec ses salariés. A condition, bien entendu, que lactivité soit profitable ! »
Vous pensez quobliger à en parler soit suffisant ? Les dirigeants peuvent aborder le sujet très rapidement
« Il faut en effet que cette mise en place saccompagne dune carotte comme un crédit dimpôt pour les TPE et PME. Mais il faut aussi se rendre compte que lépargne salariale est un dispositif vertueux pour une entreprise, même petite. Lintéressement peut être conditionné à des objectifs réalisables et concrets, qui permettront de corriger des points faibles de lentreprise. Le dispositif deviendra vertueux et bénéfique à la fois pour les salariés et pour les dirigeants. »
Sil ne fallait choisir quune mesure, quelle serait pour vous la priorité ?
« Une mesure emblématique : que tous les salariés aient accès à un dispositif dépargne salariale, sils le souhaitent. Si cela était inscrit dans la loi, ce serait symbolique. »
(1) Think-tank rassemblant des « spécialistes de la protection sociale », des experts-comptables, notaires, avocats, banquiers, etc. Rolland Nino est par ailleurs président du cabinet dexpertise comptable BDO France.












