La crise économique a-t-elle un impact sur les choix de placement des Français ? Sur quels critères se fondent leurs arbitrages ? Sont-ils influencés par la politique commerciale des banques ? Une étude de la Banque de France (1) offre un éclairage sur ces questions.

C’est un fait : les Français se sont majoritairement orientés ces derniers mois vers les placements bancaires (notamment les livrets), au détriment de l’assurance-vie et des titres d’OPCVM.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Livret A a réussi en 2011 la deuxième meilleure collecte nette de son histoire (19,6 milliards d’euros de collecte). Celle des livrets ordinaires fiscalisés a également fortement progressé, à 17,5 milliards d’euros en 2011, contre 13,2 milliards en 2010.

Disponibilité et sécurité des placements

Est-ce la crise de l’euro qui a convaincu les Français de jeter leur dévolu sur ces produits simples, sûrs et liquides, au détriment de l’assurance-vie ? L’étude de la Banque de France ne tranche pas, mais situe ce tournant à la mi–2010, soit entre la crise des subprimes et le déclenchement de la crise de la dette.

Dans ce contexte particulier, les Français apprécient toutefois de pouvoir disposer facilement de leur épargne, notamment pour éviter de recourir au crédit. Ainsi, explique l’étude, ils ont, au cours de l’année 2011, « diversifié leurs placements ou retiré leurs fonds pour les utiliser à des fins variées : dépenses de consommation qui auraient été usuellement financées à crédits, achats immobiliers au comptant (…) ou remboursement anticipé de crédits immobiliers. »

Ce recours aux placements bancaires, et notamment aux livrets d’épargne, a également été facilité par la diminution de « l’écart de rendement net d’impôts [avec] les produits d’assurance-vie ». La bonne tenue du taux du Livret A (2,25% actuellement) y est pour beaucoup : « La rémunération élevée d’un produit totalement liquide, garanti et défiscalisé, a entraîné celle des livrets ordinaires des banques, soucieuses de disposer de ressources demeurant à leur bilan (…) »

Pas de course au taux

Autre hypothèse évoquée par l’étude : les banques, grandes bénéficiaires du succès des livrets, puisqu’elles collectent près de 95% des encours de produits bancaires contre 50% seulement de l’encours des contrats d’assurance-vie, ont-elles modifié leur politique commerciale pour encourager cette évolution ?

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Les principaux groupes français de bancassurance (2) interrogés par les auteurs contestent cette vision des choses. Ils affirment ainsi refuser de se lancer dans une course au taux pour attirer l’épargne des Français sur leurs livrets. Leur objectif serait plutôt de sécuriser leurs clients « autour du triptyque simplicité, sécurité, liquidité », tout en conservant « une certaine neutralité » dans leurs conseils, afin de « stimuler la croissance de l’ensemble des placements financiers (…) ».

(1) « L’évolution des placements financiers des ménages français en 2011 », réalisée conjointement par le secrétariat général de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) et la direction générale des statistiques de la Banque de France.

(2) BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, BPCE, La Banque Postale et le Crédit Mutuel.