Le Premier ministre l'a confirmé hier à l'Assemblée nationale : le gouvernement a décidé de relever le plafond de versement du Livret A, dès le 1er février 2027. Le nouveau plafond sera compris dans une « fourchette entre 25 000 et 30 000 euros » a précisé Sébastien Lecornu, contre 22 950€ actuellement. Il sera annoncé dans les prochaines semaines, à l'issue d'une « dernière concertation » entre Bercy, la Caisse des Dépôts et les banques qui distribuent le produit.

L'annonce de ce relèvement intervient alors que le gouvernement envisage de multiplier les secteurs financés par les fonds placés sur le Livret A. L'exécutif compte en particulier sur l'épargne populaire pour financer la construction des six nouveaux réacteurs EPR2 au titre du « nouveau nucléaire », ainsi qu'une partie du « programme d'adaptation au changement climatique, du bâtimentaire public », notamment des lycées publics.

« Entre 25 000 et 30 000 euros » : le plafond du Livret A va être relevé en février 2027

De l'argent qui dort ? Pas vraiment

« De l'argent qui dort » : l'image revient souvent, dans la bouche de certains acteurs intéressés, lorsqu'il s'agit d'évoquer les centaines de milliards d'euros placés par les Français sur leurs livrets réglementés, Livret A, Livret de développement durable et solidaire (LDDS) et Livret d'épargne populaire (LEP).

Régulièrement, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le bras financier de l'Etat, prend la parole pour rappeler que cette image est fausse. « Le modèle (...) repose sur un principe simple et robuste : la transformation de l'épargne réglementée des Français en prêts de long terme au service de l'intérêt général », rappelle ainsi l'institution financière dans un communiqué accompagnant la publication du rapport 2025 du Fonds d'épargne.

L'objet du Fonds d'épargne est précisément de gérer une partie (60% environ) de cette manne, soit 406,5 milliards fin 2025, sur un total de près de 700 milliards d'euros. Le reste, environ 292 milliards d'euros, demeure dans les livres des banques distribuant les livrets réglementés. Elles ne peuvent pas en faire ce qu'elles veulent : cet argent doit être consacré au financement des petites et moyennes entreprises (PME), de projets écologiques ou d'acteurs de l'économie sociale et solidaire.

Les usages que fait le Fonds d'épargne des 406,5 milliards d'euros des livrets réglementés (auxquels s'ajoutent 46,8 milliards de fonds propres) sont eux aussi encadrés. 54% de cet argent (près de 245 milliards d'euros) est prêté au secteur du logement social, pour construire et rénover des HLM, ainsi qu'aux collectivités locales, déjà pour rénover des bâtiments publics énergivores ou financer des projets en faveur de la biodiversité. Les 46% restants, soit un peu plus de 203 milliards d'euros, sont constitués d'actifs financiers, qui permettent notamment de s'assurer que les épargnants auront la possibilité de retirer immédiatement leur argent s'ils le souhaitent.

Plus de 41 milliards d'euros de nouveaux prêts

Sur la seule année 2025, 41,7 milliards d'euros de nouveaux prêts ont été émis. « Un niveau historiquement élevé », explique la CDC, « traduisant un besoin accru de financement de long terme dans les territoires ».

Sur ce total, 22,9 milliards d'euros (55%) ont bénéficié aux bailleurs sociaux, permettant la construction de plus de 123 000 nouveaux logements et l'amélioration de plus de 235 000 logements existants, tandis que le secteur public local a reçu 9,5 milliards d'euros.

15,7 milliards d'euros (37%) ont été fléchés « vers des projets contribuant directement à la transformation écologique et énergétique », explique le communiqué.

Livret A, LEP, LDDS... 3 questions sur votre argent qui va financer le programme nucléaire EPR 2

Le Fonds d'épargne a également versé 1,215 milliard d'euros à l'Etat. Pourquoi ? Pour rémunérer sa garantie. L'Etat, en effet, protège les épargnants contre le risque de défaut de leur banque. En clair, si cette dernière n'est plus en mesure de vous restituer votre épargne à la suite de difficultés, l'Etat le fera.

La CDC a également versé 8,8 milliards d'euros d'intérêts aux épargnants, par l'intermédiaire de leur banque. Pour mémoire, le Livret A et le LDDS ont rapporté 2,16% en moyenne en 2025, et le LEP 3,21%.