C'est confirmé ! Dans un entretien accordé au quotidien régional La Provence, le ministre de l'Economie Roland Lescure a expliqué que « le taux du Livret A sera orienté à la hausse sur proposition du gouverneur de la Banque de France ».

Le ministre de l'Economie ne s'est pas risqué à donner le nouveau taux. « On est en train de finaliser les calculs », a indiqué Roland Lescure interrogé sur BFM TV mardi matin. Selon la règle, c'est d'abord au gouverneur de la Banque de France de donner ses préconisations. Puis, s'il propose de déroger à la formule de calcul automatique, il revient à Bercy de trancher.

En attendant l'annonce officielle, qui aura lieu à la mi-juillet pour une application du nouveau taux à partir du 1er août, quels sont les scénarios possibles de hausse ?

Scénario 1 : une application stricte de la formule de calcul

C'est la règle de longue date : le taux du Livret A, et par ricochet celui des autres livrets réglementés, est actualisé deux fois par an, en fonction du résultat d'une formule de calcul dont les variables sont l'inflation et les taux courts interbancaires.

Si cette règle est appliquée, elle aboutira à une hausse de 0,30 point du taux du Livret A (et du LDDS), qui passerait donc de 1,50% net à 1,80% net. Soit un gain de 28 euros sur la fin d'année pour un Livret A au plafond de 22 950€. Le coût d'une telle hausse pour les banques est estimé par l'économiste Philippe Crevel à « 1,3 milliard d'euros dont 0,8 milliard d'euros pour la Caisse des dépôts (...). »

C'est actuellement le scénario le plus probable, mais ce n'est pas le seul.

Scénario 2 : un coup de pouce pour s'aligner sur l'inflation

L'application de cette formule mathématique, en effet, n'est pas systématique, loin de là. Le ministre de l'Economie et des Finances, après recommandation du gouverneur de la Banque de France, dispose du pouvoir de ne pas appliquer la formule, et de fixer la rémunération des livrets réglementés selon d'autres critères, liés à la conjoncture économique, mais également au contexte politique.

Le contexte économique est ainsi marqué par un regain d'inflation, consécutif au choc énergétique lié à la guerre provoquée par les Etats-Unis au Moyen-Orient. En mai, dernier chiffre définitif disponible, la hausse des prix sur un an a atteint 2,40%. Sur l'ensemble de l'année, l'Insee anticipe un taux d'inflation moyen de 2%. Résultat : même revalorisé à 1,80%, le rendement réel, corrigé de l'inflation, du Livret A pourrait être négatif.

* inflation mensuelle hors tabac

En rouge : rendement réel du Livret A négatif par rapport à l'inflation
En vert : rendement réel du Livret A positif par rapport à l'inflation.

© MoneyVox

Pour éviter cela, le ministre de l'Economie pourrait choisir d'accorder un petit coup de pouce au Livret A, par exemple pour atteindre le chiffre rond de 2%. Spécialiste de l'épargne réglementée, l'économiste Philippe Crevel n'y croit pas : « Le gouvernement ne devrait pas effectuer de coup de pouce sur le taux du Livret A car il entend également ne pas pénaliser la consommation qui est un des moteurs clés de la croissance. »

Les scénarios pour le LEP

La règle veut que le taux du Livret d'épargne populaire soit aligné sur le taux d'inflation moyen du semestre précédent (qui devrait être d'environ 1,50%), ou sur le taux « technique » du Livret A, augmenté d'un demi-point, si ce chiffre est plus favorable. Résultat : en cas d'application de la règle, le futur taux du LEP pourrait être de 2,30%.

C'est toutefois peu probable, puisque cela représenterait une baisse par rapport au taux actuel (2,50%). Plus probablement, le gouvernement va choisir de maintenir un écart d'un point en faveur du LEP, et porter son taux vers 2,80%, voire 3%.