Les marchés : L'IA épargne Paris
Le CAC 40 termine la semaine sur une note positive. L'indice parisien progresse de 0,28% à 7957 points ce vendredi et affiche un gain de 2% sur la semaine, après deux semaines consécutives de baisse. Une performance qui contraste avec celle de Wall Street, toujours plombée par les inquiétudes autour de l'intelligence artificielle. Le Nasdaq cède 1% ce soir et abandonne 3,5% sur la semaine. Paris profite de sa faible exposition aux géants technologiques, aujourd'hui au cur des turbulences.
Aux États-Unis, les investisseurs s'interrogent de plus en plus sur le financement de la course à l'IA. Les entreprises spécialisées accumulent des dettes colossales pour construire leurs centres de données, sans garantie de rentabilité suffisante. Avec des taux d'intérêt toujours élevés, le coût de cette montagne de dette devient particulièrement préoccupant.
Un soulagement vient toutefois de la Fed. Lors d'une intervention à Bangkok, son président Kevin Warsh n'a donné aucun signal sur une éventuelle nouvelle hausse des taux, malgré l'accélération de l'inflation américaine. Une prudence qui a rassuré les investisseurs et réduit les anticipations de hausse des taux dès octobre. Les rendements obligataires se détendent également, soutenus par un retour des investisseurs vers les actifs jugés plus sûrs.
Pendant ce temps, les valeurs technologiques restent sous pression, au profit relatif des marchés européens !
Les valeurs : Schneider Electric
Un trimestre record, des prévisions relevées et pourtant, le marché reste sur sa faim ! Le géant français des équipements électriques a réalisé 11,46 milliards d'euros de chiffre d'affaires au troisième trimestre, en hausse de 16,9% à périmètre comparable, dépassant les attentes du marché. Une performance exceptionnelle portée par l'essor de l'intelligence artificielle et des centres de données, dont la demande a plus que doublé sur la période. Fort de cette dynamique, le groupe relève pour la deuxième fois ses objectifs annuels et vise désormais une croissance de ses ventes comprise entre 12% et 14%, tout en anticipant une amélioration plus importante de sa rentabilité.
Mais ces bonnes nouvelles étaient déjà largement intégrées dans les cours. Les investisseurs restent surtout préoccupés par le rachat de l'américain PTC pour 22,6 milliards de dollars, la plus grosse acquisition de l'histoire de Schneider. Son coût élevé et les risques liés à son financement avaient déjà provoqué une chute de près de 10% du titre le 5 octobre. À cela s'ajoutent les interrogations sur la pérennité des investissements colossaux dans l'IA. Malgré des résultats solides, l'action cède 1,82% à 253,3 euros ce vendredi, après avoir déjà perdu 2,42% jeudi. Depuis le début de l'année, elle conserve néanmoins une progression d'environ 8%.
Brunello Cucinelli
Le luxe italien retrouve des couleurs. Le spécialiste du cachemire haut de gamme s'envole de 4,28% à 87,28 euros et prend la tête de la Bourse de Milan. Les investisseurs saluent des résultats supérieurs aux attentes, dans un secteur du luxe toujours à la peine. Au troisième trimestre, ses ventes ont progressé de 13,5% à 374,2 millions d'euros, grâce à la forte demande américaine et chinoise. Sur neuf mois, le chiffre d'affaires atteint 1,12 milliard d'euros, en hausse de 13,3%. Le groupe relève ainsi ses prévisions et vise désormais une croissance de 12% en 2026, contre 10% à 11% auparavant.
La maison italienne tire son épingle du jeu grâce à son positionnement dans le très haut de gamme, moins sensible au ralentissement de la consommation. Ses ventes en boutiques progressent de 19% sur neuf mois, tandis que l'Amérique et l'Asie affichent des croissances respectives de 20% et 14%. Le groupe anticipe déjà une nouvelle croissance d'environ 10% en 2027. En Bourse, le titre a rebondi de près de 10% depuis le début du mois, mais accuse encore un recul d'environ 11% depuis le 1er janvier.
Le coin des smalls : Eutelsat
Le spécialiste français des satellites s'envole de 17,11% à 1,76 euros et prend la tête du SBF 120. Nous vous parlions déjà mercredi de son bond de 23%, après les restrictions imposées aux services satellitaires de SpaceX en Ukraine. Ce vendredi, Reuters révèle que ces limitations auraient été ordonnées par la Maison-Blanche. Une nouvelle illustration de la dépendance européenne aux technologies américaines, dont Eutelsat pourrait profiter grâce à OneWeb, son réseau de plus de 600 satellites.
Les investisseurs misent sur un intérêt croissant des gouvernements européens pour les alternatives à Starlink. Son concurrent SES gagne également 6,48%, soutenu par une recommandation favorable du bureau d'analyse Oddo BHF. Mais OneWeb ne peut pas remplacer immédiatement le réseau de SpaceX, bien plus vaste, et aucune nouvelle commande n'a été annoncée. Le titre reste très volatil : après son envolée de mercredi, il avait rechuté de 11% jeudi. Depuis le début de l'année, Eutelsat progresse désormais d'environ 4%.
L'or sous pression : une opportunité ?
L'or traverse une nouvelle zone de turbulences. Sous la pression d'un dollar puissant et de taux d'intérêt toujours élevés, le métal précieux se rapproche du seuil symbolique des 4 000$ l'once. Une situation qui interroge les investisseurs, alors que l'or reste l'une des principales valeurs refuges face aux incertitudes économiques et géopolitiques.
Pourquoi cette pression ? L'or ne verse ni dividende ni intérêt. Lorsque les obligations deviennent plus rémunératrices, elles lui font concurrence. Et comme le métal jaune est coté en dollars, la hausse de la devise américaine le rend plus coûteux pour les acheteurs étrangers. Mais ses atouts de long terme demeurent : diversification du patrimoine, protection face à certaines crises et moindre dépendance aux marchés actions.
Faut-il attendre un nouveau recul pour investir ? Plutôt que de chercher le point d'entrée parfait, les versements programmés permettent d'investir progressivement sur l'or et de lisser son prix d'achat dans le temps. Une manière simple d'investir progressivement sur l'or, sans chercher à anticiper les marchés. Attention toutefois, son cours reste volatil et le capital n'est pas garanti.
Le monde d'après : Jakarta au bord du déclassement
Ce vendredi, l'indice Jakarta Composite a plongé de plus de 11%, sa pire séance depuis la crise asiatique de 1998. Depuis janvier, Jakarta abandonne près de 40%, la pire performance parmi les grandes places mondiales. À l'origine de cette déroute, une nouvelle menace de MSCI, le géant américain des indices boursiers, qui envisage de retirer à l'Indonésie son statut de marché émergent.
Pourquoi une telle panique ? Les indices MSCI servent de référence à des milliers de fonds d'investissement. Un déclassement de l'Indonésie en « marché autonome » pourrait contraindre certains fonds à vendre massivement leurs actions indonésiennes, accentuant les sorties de capitaux. MSCI reproche à Jakarta son manque de transparence sur l'actionnariat des entreprises et évoque des soupçons de transactions coordonnées. Les réformes promises par les autorités sont jugées insuffisantes.
La situation est d'autant plus délicate que les investisseurs s'inquiètent déjà de la politique économique du président Prabowo Subianto, en particulier de la discipline budgétaire et de l'indépendance de la banque centrale. L'Indonésie a jusqu'à fin juin 2027 pour tenter d'éviter un déclassement qui pourrait accélérer la fuite des capitaux étrangers.
Le pays risque désormais un cercle vicieux, la défiance des investisseurs accélère les ventes, affaiblissant un marché dont le déclassement pourrait provoquer une nouvelle vague de retraits.
Demain à la une : Tesla prend son envol
Une voiture capable de voler ? Elon Musk l'a fait. Jeudi soir, Tesla a dévoilé au Texas son nouveau Roadster, une voiture de sport électrique équipée de propulseurs développés avec SpaceX. Lors d'une démonstration spectaculaire, le véhicule a effectué un salto, survolé plusieurs voitures et atterri en douceur. Autre prouesse annoncée, une accélération de 0 à 100 km/h en moins d'une seconde.
Tesla prévoit trois versions, dont une déclinaison « fusée » monoplace capable de décoller brièvement grâce à des propulseurs à gaz comprimé. Mais il faudra patienter. Présenté dès 2017 et initialement attendu en 2020, le Roadster ne devrait entrer en production qu'en 2028. Quant à sa version volante, elle ne sera pas homologuée pour circuler sur la voie publique.
En Bourse, Tesla gagne 1% ce vendredi, mais perd encore près de 20% depuis janvier. Malgré ses prouesses, le Roadster devrait rester un produit de niche, commercialisé à quelques milliers d'exemplaires par an. Pour Tesla, il s'agit surtout d'une vitrine technologique, davantage que d'un futur moteur de croissance.
Le lexique : Les versements programmés
Les versements programmés consistent à investir automatiquement une somme fixe, à intervalles réguliers, sur un produit d'épargne ou un placement, par exemple 100 ? chaque mois sur une assurance vie, en actions ou en ETF. Ce mécanisme facilite la discipline d'épargne et évite de devoir choisir en permanence le « bon moment » pour investir. Lorsque les marchés baissent, la même somme permet d'acheter davantage de parts. Lorsqu'ils montent, elle en achète moins.
Cette méthode peut donc lisser le prix moyen d'achat dans le temps et réduire le risque d'investir tout son capital juste avant une baisse. Elle ne garantit toutefois ni rendement ni protection contre les pertes : la valeur du placement peut diminuer, surtout à court terme. Les versements programmés doivent rester compatibles avec le budget de l'épargnant, son horizon de placement et sa capacité à supporter les fluctuations. Ils peuvent généralement être modifiés, suspendus ou arrêtés selon les conditions du contrat.











