Le pire mois depuis le Covid
Les marchés tiennent bon. Le CAC 40 progresse de 0,57% ce mardi à 7 817 points, porté par un retour mesuré de l'appétit pour le risque après des informations du Wall Street Journal selon lesquelles Donald Trump serait disposé à mettre un terme à la campagne militaire américaine contre l'Iran. Le scénario évoqué est celui d'une tentative diplomatique visant à obtenir la réouverture du détroit d'Ormuz, toujours largement paralysé. Mais à ce stade, rien n'est tranché. Entre ouverture diplomatique et risque de nouvelle escalade, Washington continue d'envoyer des signaux contradictoires, ce qui entretient un brouillard persistant sur les marchés.
Un élément a toutefois soutenu Wall Street : la confiance des consommateurs américains s'est redressée de façon inattendue en mars. L'indice remonte à 91,8, contre 91,0 en février, un signal modérément rassurant sur l'état d'esprit des ménages. De quoi redonner un peu d'élan aux marchés américains, avec un Nasdaq en hausse de 2% et un S&P 500 de 1,6%. En Europe, les premiers effets du choc énergétique commencent déjà à se faire sentir. L'inflation en zone euro accélère à 2,5% sur un an en mars, contre 1,9% en février, sous l'effet de la remontée des prix du pétrole et du gaz.
Certes, le chiffre est légèrement inférieur aux attentes, mais le signal reste clair, la hausse de l'énergie recommence à se diffuser dans l'économie. Et ce regain de tensions survient alors que le CAC 40 se dirige vers sa pire performance mensuelle depuis mars 2020, au plus fort de la crise du Covid-19, avec un repli de 8,9%.
Les valeurs
Depuis le début du conflit en Iran, certaines valeurs tirent clairement leur épingle du jeu, à commencer par les groupes pétroliers. Portés par la flambée des prix de l'énergie, ces titres progressent nettement en Bourse. Le quasi-blocus du détroit d'Ormuz, point de passage clé pour le pétrole mondial, a fait bondir les cours du brut, ce qui a directement profité aux majors. Résultat, BP grimpe de plus de 27% sur un mois, TotalEnergies de près de 20% et Shell de plus de 17%. Les investisseurs se tournent vers ces valeurs, perçues comme les grandes bénéficiaires d'un pétrole durablement élevé.
Ce mouvement s'explique par un mécanisme simple. Les prix du pétrole montent, mais les coûts de production des groupes restent globalement stables, ce qui améliore leurs profits. Le marché parie aussi sur un conflit qui pourrait durer, maintenant les prix de l'énergie à un niveau élevé. Ces valeurs deviennent alors une forme de refuge dans un environnement incertain. Reste que ce scénario dépend fortement de l'évolution géopolitique. Un apaisement rapide ferait retomber la pression sur les prix du pétrole et pourrait inverser la tendance.
À l'inverse, plusieurs secteurs souffrent nettement depuis le début du conflit. Les compagnies aériennes figurent parmi les plus touchées, pénalisées par la hausse du prix du kérosène et les perturbations du trafic aérien. Air France-KLM chute de plus de 30% sur un mois, Lufthansa de 21% et Ryanair de plus de 13%. Le secteur bancaire est également sous pression, avec des reculs marqués pour BNP Paribas, Société Générale ou encore HSBC, dans un contexte d'inquiétudes économiques. Plus surprenant, certaines valeurs de la défense reculent aussi, comme Rheinmetall ou Thales.
Ces baisses reflètent les craintes d'un ralentissement économique lié à la guerre. La hausse des prix de l'énergie pèse sur la consommation et les déplacements, tandis que les tensions géopolitiques freinent l'activité globale. Les banques, elles, sont exposées à un risque de crédit plus élevé si l'économie ralentit. Quant aux groupes de défense, le marché s'inquiète de possibles difficultés d'approvisionnement et de délais de production. Autrement dit, dans ce contexte, les investisseurs privilégient les secteurs directement bénéficiaires du conflit et se détournent de ceux plus exposés à ses conséquences économiques.
Le coin des smalls
Débuts très compliqués pour Ieva en Bourse. Le spécialiste de la beauté sur mesure chute jusqu'à près de 20% dès les premiers échanges, avant de limiter son recul de 9,3% à 11,6 ?, sous son prix d'introduction fixé à 12,79 ?. Les investisseurs sanctionnent une entrée en Bourse jugée décevante, marquée par une levée de fonds inférieure aux attentes. Le groupe éligible au PEA-PME n'a levé que 7,3 millions d'euros, contre 8 millions visés, un accueil plus tiède que prévu. Le marché sanctionne donc ses débuts en Bourse.
Cette introduction intervient pourtant sur un marché porteur, celui de la beauté technologique, où le groupe veut s'imposer avec une offre plus personnalisée. Ieva vise une forte croissance et espère doubler son chiffre d'affaires d'ici 2028, avec une rentabilité attendue dès 2026. Mais à ce stade, les investisseurs restent prudents face à un modèle encore jeune et dépendant de sa capacité à exécuter sa stratégie. Ce démarrage difficile rappelle qu'en Bourse, les promesses ne suffisent pas : le marché attend désormais des preuves concrètes.
Jusqu'où ira la crise ?
Le conflit iranien a brutalement rappelé aux marchés qu'un choc géopolitique ne se limite jamais à une simple hausse du pétrole. Depuis plusieurs semaines, la flambée de l'énergie, les tensions sur le détroit d'Ormuz et le regain de nervosité sur l'inflation secouent les Bourses mondiales. Le FMI estime désormais que la durée du conflit, son extension éventuelle et les dégâts sur les infrastructures énergétiques seront les vrais déterminants de l'impact économique, tandis que le Brent a bondi à des niveaux inédits depuis des années et alimente déjà un retour des inquiétudes sur les prix.
Dans ce contexte, l'enjeu pour les investisseurs n'est pas seulement de réagir au choc initial, mais d'identifier le scénario central pour les prochains mois. Faut-il redouter un simple pic de stress ou une crise plus durable, capable de peser sur la croissance, les taux et le pouvoir d'achat ?
La première licorne quantique française
Le quantique français franchit un cap majeur. La start-up Pasqal, cofondée en 2019 par le prix Nobel Alain Aspect, vient de lever 340 millions d'euros, une opération qui la valorise autour de 2 milliards de dollars et lui permet d'entrer dans le club des licornes. Elle devient ainsi la première licorne française du quantique, un secteur encore émergent mais considéré comme l'un des grands relais de croissance technologique des prochaines années, avec des applications potentielles dans l'industrie, la finance, l'énergie ou encore l'intelligence artificielle.
Cette levée de fonds prépare aussi la prochaine étape : l'arrivée en Bourse. Pasqal vise une cotation au Nasdaq en 2026 via une fusion avec une SPAC, c'est-à-dire une société déjà cotée créée spécialement pour fusionner avec une entreprise non cotée et l'amener plus rapidement en Bourse, avant un possible passage par la Bourse de Paris dans un second temps. Le choix est hautement symbolique. Il traduit à la fois l'ambition mondiale du groupe et la difficulté, pour les pépites européennes, de trouver uniquement sur leur marché domestique les capitaux nécessaires pour financer une technologie aussi lourde en recherche et en infrastructures.
Les fonds levés serviront d'abord à accélérer le développement industriel du groupe en France. Le groupe prévoit de doubler sa capacité de production dans les deux prochaines années, de recruter et d'investir massivement en R&D pour mettre au point d'ici 2030 un ordinateur quantique capable de corriger ses propres erreurs. Dans une course dominée par les géants américains et chinois, la société entend s'imposer comme l'un des rares champions européens capables de compter dans la révolution quantique.
L'industrie américaine à l'épreuve
La séance du mercredi 1er avril devrait surtout se jouer aux États-Unis, où plusieurs publications importantes pourraient donner le ton des marchés. En Europe, l'indice PMI manufacturier de mars, attendu à 10h, servira à confirmer si l'activité des usines s'améliore légèrement. Mais le vrai centre d'attention sera l'après-midi américain. À 14h30, les ventes au détail de février diront si les consommateurs ont recommencé à dépenser après un début d'année plus faible.
Dans le même temps, l'enquête ADP apportera un premier éclairage sur l'emploi privé avant les chiffres officiels de vendredi. Puis, à 16h, l'indice ISM, très suivi à Wall Street, permettra de savoir si l'industrie américaine reste bien orientée et si les tensions sur les prix persistent. En résumé, les marchés chercheront surtout à savoir si l'économie américaine tient bon et si l'inflation menace de repartir.
Les fonds long / short
Un fonds long / short est un fonds d'investissement qui cherche à profiter à la fois de la hausse et de la baisse des marchés. Son gérant achète des actifs qu'il estime sous-évalués (position « long ») et vend à découvert ceux qu'il juge surévalués (position « short »). L'objectif est de générer une performance positive, quelle que soit la direction globale des marchés, en combinant les deux stratégies pour limiter le risque et capter des écarts de valorisation. Bien sûr, ce n'est pas une garantie de réussite et un tel fonds peut générer des pertes !









