L'ISR, ça vous parle ? ISR = investissement socialement responsable. Et il existe un label ISR officiel depuis 2016, ce qui vous permet d'identifier sans ambiguïté quels sont les fonds d'investissement qui s'inscrivent réellement dans les principes de l'ISR. Le nombre de fonds labellisés et les montants en jeu - via l'épargne salariale, l'assurance vie, le PEA, etc. - progressent chaque année. Mais quel impact a votre argent investi dans l'ISR ? Les explications du porte-parole du label public.

Pierre Chabrol

Pierre Chabrol, chef du bureau épargne et marchés financiers à la direction générale du Trésor et porte-parole du label ISR

Pourriez-vous expliquer, en bref, ce que garantit le label ISR aux investisseurs particuliers ?

Pierre Chabrol : « Le label ISR garantit que le fonds met en œuvre une véritable méthodologie pour se constituer un portefeuille respectant des critères ESG [environnementaux, sociaux, de gouvernance, NDLR]. Nous n’imposons pas une méthode standard, mais nous vérifions que la méthode utilisée par la société de gestion pour le fonds labellisé est fiable. Nous avons établi un cahier des charges, avec 6 piliers à respecter. »

Quelles entreprises un investisseur retrouve-t-il dans un fonds ISR ?

P.C. : « Le label ne définit pas dans quel type d’entreprises il faut investir, mais il s’assure que les fonds sélectionnent parmi les plus vertueuses. C’est ce que l’on appelle le principe du best in class. Dans chaque catégorie d’entreprises, les sociétés de gestion écartent 20% des entreprises les moins bien performantes du point de vue de l’ESG. Le rôle du label ISR est de fiabiliser cette méthode de sélection, pour chaque fonds labellisé, pas d’exclure telle ou telle entreprise du champ de l’ISR. Aujourd’hui, dans notre cahier des charges, il n’y a aucune exclusion. Il faut reconnaître, effectivement, que le label a une marge de progression sur la compréhension du concept de l’ISR. »

Pourquoi estimez-vous qu’il y a des progrès à faire sur la compréhension ?

« Accompagner un maximum de fonds vers une finance plus socialement responsable »

P.C. : « Nous constatons un paradoxe sur les attentes vis-à-vis de l’ISR : certains le perçoivent comme un label d’impact. Ils voudraient être sûrs que leur argent aura un impact social ou écologique, par exemple. Cependant une société de gestion n’est pas forcément capable, aujourd’hui, de garantir que l’argent investi aura un impact mesurable sur le développement durable. Le label ISR offre l’assurance à l’investisseur que le fonds dans lequel il investit n’a pas été constitué uniquement dans une logique financière, mais aussi en fonction de valeurs ESG. Nous voulons éviter le greenwashing : la labellisation permet d’éviter tout discours qui ne s’accompagne pas d’une véritable méthodologie. Le label ISR a été conçu comme un label généraliste et inclusif. L’objectif est d’accompagner un maximum de fonds vers une finance plus socialement responsable. »

Concernant l’environnement, il existe un autre label public : Greenfin…

P.C. : « Tout à fait. En France, le label Greenfin vise très spécifiquement à orienter les investissements vers des entreprises œuvrant pour la transition écologique. C’est probablement plus facile à comprendre : la notion d’impact est plus évidente. »

Vous avez évoqué la notion de greenwashing. Au-delà de la question environnementale, quelle est la garantie que l’ISR ne se réduit pas à un outil d’image pour les fonds d’investissement ?

P.C. : « C’est la méthode même qui garantit que les sociétés de gestion ne sont pas dans ce type de démarche. Les audits – réalisés par des organismes accrédités par le Cofrac – vérifient que les exigences du cahier des charges sont respectées. Les sociétés de gestion doivent expliquer leur méthode de sélection et de notation des actifs sur lesquels ils investissent. Elles doivent montrer qu’elles possèdent dans leurs équipes des collaborateurs formés sur les critères ESG. Elles doivent être transparentes, sur l’actionnariat et sur les engagements ESG des entreprises dans lesquelles les fonds sont investis. »

Quant aux progrès possibles que vous évoquez, projetez-vous de faire évoluer le label ISR ?

« Une deuxième version du cahier des charges du label ISR a été adoptée »

P.C. : « Une deuxième version du cahier des charges du label ISR a été adoptée par arrêté du ministre en juillet dernier. Ce nouveau cahier des charges prévoit de nouvelles exigences par rapport à la version de 2016, ce qui est conforme à l’idée que le label ISR évolue avec le temps et cherche à être de plus en plus exigeant. Ainsi, les fonds labellisés devront désormais établir que leurs portefeuilles d’investissements obtiennent un meilleur résultat sur au moins deux critères ESG par rapport à un univers d’investissement de départ. Cela devrait contribuer à donner aux épargnants une image plus précise des performances ESG des portefeuilles dans lesquels les fonds labellisés ont investi. »

L’ISR s’étend désormais aux fonds immobiliers (SCPI, OPCI, etc.). Comment les gestionnaires de ces fonds « pierre-papier » peuvent-ils prouver une politique d’investissement responsable ?

P.C. : « Pour les fonds immobiliers, huit critères ont été définis, dont quatre obligatoires : deux sur l’efficacité énergétique des bâtiments, un sur la gouvernance et un sur les critères sociaux. Ensuite le principe est le même que les autres fonds : accompagner ainsi un maximum de fonds immobiliers vers des investissements plus responsables. »

Le rapport France Stratégie publié en septembre 2020 pointait déjà une forte progression de l’ISR en 2019. Et en 2020 ?

P.C. : « Le label est toujours très attractif : nous avons 556 fonds labellisés, pour 350 milliards d’euros d’encours. »

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Même si l’ISR progresse via l’assurance vie et les plans d’épargne retraite, les fonds ISR sont surtout identifiés par le grand public dans le cadre de l’épargne salariale. Est-ce un souci ?

« Je confirme une forte attractivité via l’épargne salariale »

P.C. : « Je confirme une forte attractivité via l’épargne salariale. Nous ne cherchons clairement pas à faire du label ISR un label de niche. Mais de développer l’ISR quel que soit le support, et de trouver un équilibre pour qu’un maximum de fonds d’investissement respectent les critères ESG. Pour développer ce modèle et faire la promotion de leurs fonds ISR, les sociétés de gestion ont les moyens de mettre en avant les performances de leurs fonds labellisés, puisqu’elles disposent désormais d’un historique de performances sur plusieurs années. L’ESG ne pénalise pas la rentabilité, bien au contraire. »

Allez-vous communiquer sur le label ISR en mettant en avant ces performances favorables ?

P.C. : « L’État est propriétaire du label. Nous fournissons cet instrument aux sociétés de gestion. Libre à elles de communiquer sur les performances. »

Vous insistez sur la vocation généraliste du label ISR. Pourrait-il à terme disparaître si vous parvenez à faire évoluer toutes les pratiques vers l’ESG ?

« La clarification, pour les particuliers, est un chantier important »

P.C. : « . Il existe aujourd’hui plusieurs démarches complémentaires. L’Autorité des marchés financiers (AMF) a fixé au printemps dernier un cadre précisant dans quelle mesure et dans quelles conditions les sociétés de gestion sont autorisées à se prévaloir auprès des épargnants de critères ESG pour leurs fonds, indépendamment de l’existence du label ISR. Le label ISR est un signal, un gage de fiabilité des méthodologies d’évaluation des portefeuilles au regard de critères ESG. Les exigences en la matière peuvent être renforcées. »

Malgré la création d’un label ISR officiel en 2016, les épargnants non avertis peuvent encore être « perdus » dans la jungle des labels : ISR, donc, mais aussi Finansol, l’ESG de l’AMF, Greenfin, le récent label Relance…

P.C. : « En effet. La clarification, pour les particuliers, est un chantier important. Et un élément de discussion entre les parties prenantes. Il faut aussi être conscient de la concurrence d’autres labels européens, à la démarche proche de l’ISR. Ces derniers sont souvent inspirés de notre label ISR, qui a été le premier en Europe. Aujourd’hui, il y a un équivalent de l’ISR quasiment dans chaque pays : c’est déjà une bonne chose. »

Peut-on espérer un label ISR commun à l’échelle de l’Europe ?

P.C. : « Ce n’est pas un projet en vue. Déjà, nous travaillons entre partenaires européens pour être cohérents sur le vocabulaire utilisé. »