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Epargne salariale : ce qui change pour votre PEE ou PER avec le Covid-19

Un bulletin de paie et des pièces
© Benjamin LEFEBVRE - Fotolia.com

Vous avez un reçu un relevé annuel exceptionnellement favorable pour 2019 ? La bonne surprise était de courte durée : le gain 2019 a très probablement été effacé ces dernières semaines avec la crise financière provoquée par la pandémie de coronavirus. Faut-il revoir les fonds sélectionnés dans votre plan d’épargne salariale ? Quand toucherez-vous votre prime 2019 ? Le point, en 5 questions.

1 - Faut-il revoir vos placements pour éviter trop de pertes ?

Si vous vous connectez sur l’espace en ligne du gestionnaire de votre plan d’épargne salariale, il y a de grandes chances pour que les indicateurs de performance soient dans le rouge. Du moins s’ils indiquent la performance récente. La bourse se comporte certes de manière erratique ces dernières semaines, mais le CAC40 est tout de même passé de plus de 6 100 points mi-février à environ 4 300 points cette semaine, soit près de 30% de pertes ! Or tout plan d’épargne salariale donne accès à des fonds d’investissement (FCPE) investis pleinement ou partiellement en actions : les fonds présentés comme « dynamiques » ou comme les plus risqués sont pour la plupart en baisse.

« Il faut réussir à prendre un peu de hauteur pour éviter de sur-réagir »

Faut-il tout changer ? Attention ! Qu’il s’agisse d’un Plan d’épargne entreprise (PEE), d’un tout nouveau Plan d’épargne retraite (PER) ou d’un plus ancien Perco (1), un plan d’épargne salariale n’est pas le meilleur support pour boursicoter, à la différence d’un Plan d'épargne en actions (PEA), par exemple. « Il ne faut pas fermer les yeux sur la chute des dernières semaines mais il faut réussir à prendre un peu de hauteur pour éviter de sur-réagir, explique Pierre-Emmanuel Sassonia, directeur associé d’Eres, groupe spécialisé dans la gestion d’épargne entreprise. Sinon, vous devenez suiveur de tendance et vous êtes nécessairement perdant : vous achetez au plus haut et vous vendez au plus bas… Si vous vendez maintenant en sécurisant tous vos actifs, vous vous interdisez de profiter du rebond des marchés. Le plus important est de vous interroger sur l’horizon de placement : si vous comptez retirez vos avoirs dans plusieurs années, il faut éviter de réagir de façon trop défensive. » Se pencher avec intérêt sur l’évolution de votre PEE ou PER, oui. Se précipiter pour tout changer en catastrophe, non, car il est déjà probablement trop tard.

Le relevé annuel 2019, un indicateur déjà périmé

Le relevé annuel que vous avez reçu récemment porte sur l’année 2019, excellente pour les marchés financiers. Une vision qui n’a plus rien à voir avec la situation actuelle, suite à la pandémie de Covid-19 : « La situation actuelle est paradoxalement le miroir de la situation du début 2019 : les pertes 2018 étaient très significatives mais elles étaient compensées par un excellent début d’année 2019, observe Pierre-Emmanuel Sassonia. Cela remet en cause l’intérêt de la photographie du relevé annuel. Les gestionnaires (assureurs, teneurs de compte d'épargne salariale) permettent le plus souvent d’avoir une analyse plus « fraîche » sur les espaces en ligne. »

Voir également comment lire son relevé annuel d'épargne salariale

2 - Quelle est la bonne stratégie de gestion en temps de crise ?

« Diversifier » en misant sur plusieurs types de fonds (monétaire, obligataire, actions, « équilibré », monde, Europe, ISR…), « épargner régulièrement pour lisser ses versements » et « ne pas agir sous le coup de l’émotion » : tels sont les trois « règles essentielles » que rappelle Amundi, poids lourd de l’épargne salariale, à ses clients dans son dernier point sur les marchés financiers. Des conseils classiques, valables pour tous types de placements financiers comportant une part de risque.

Tant que possible « échelonner les versements »

Le directeur associé d’Eres incite aussi, tant que possible, à « échelonner les versements » : « Tous les mois, au minimum tous les ans en versant ses primes d’intéressement et participation sur son plan d’épargne salariale ». Le fait d’investir de façon régulière permet d’éviter les secousses ponctuelles des marchés, et donc de lisser les risques sur le long terme.

Sur les plans d’épargne salariale dont l’horizon est la retraite (PER et Perco), la règle est désormais la gestion pilotée par défaut : vous déléguez la gestion financière de votre plan à un expert. Un choix qui ne permet pas d’éviter les pertes des dernières semaines, mais qui reste payant sur le long terme selon Pierre-Emmanuel Sassionia, pour un plan « retraite » mais aussi pour un PEE, dont l’horizon est à moyen terme (5 ans) : « La gestion pilotée est un choix pertinent pour passer les crises, en particulier parce qu’elle prend en compte l’horizon de placement, par exemple la retraite pour un PER ou Perco, et parce que cela permet d’effectuer des rééquilibrages automatiques. Par exemple si vous avez 50% de fonds actions et 50% de fonds obligations, si la valeur de vos actifs en actions baissent, le gestionnaire va rééquilibrer à 50/50 en rachetant des actions quand les cours boursiers baissent. Cela vous permettra de profiter pleinement du rebond futur. »

Quels fonds ? Pas de valeur sûre en temps de crise

La plongée récente des marchés boursiers plombe certes les fonds « actions ». Certains fonds « obligations » s’en sortent mieux. Une aubaine ? Non, selon Pierre-Emmanuel Sassonia : « Les fonds obligataires offrent à nouveau du rendement, mais les défauts d'entreprises pourraient augmenter à l’avenir… Le nombre de lignes en portefeuilles sur un fonds obligataire sera donc un critère majeur pour assurer une bonne mutualisation du risque. » Quant aux fonds monétaires, ils affichent des performances négatives depuis plusieurs années, et le marché monétaire reste « fortement tendu depuis le début de la crise », analyse Amundi. La limitation des risques passe donc nécessairement par la diversification, en misant sur plusieurs familles de fonds.

3 - Pouvez-vous débloquer votre plan d’épargne salariale ?

La crise économique et sanitaire du coronavirus n’est pas – du moins à ce stade – un motif de déblocage anticipé de l’épargne salariale ! Vous pouvez retirer votre argent selon les modalités habituelles : à l’âge de la retraite pour un PER ou Perco, et 5 ans après le versement concerné pour l’argent placé sur un PEE. Les motifs de déblocage anticipé (avant ces échéances) restent des cas extrêmes tels que le surrendettement, l’invalidité ou encore l’expiration des droits au chômage. A noter : un PEE peut lui être débloqué en cas de départ de l’entreprise, donc y compris si vous perdez votre emploi.

Plus d’infos sur le déblocage de l’épargne salariale

4 - Votre prime de participation ou d’intéressement est-elle menacée ?

Non ! Si la participation aux bénéfices ou un accord d’intéressement est mis en place dans votre entreprise, et que celle-ci a atteint les objectifs fixés en 2019, alors elle doit respecter l’engagement de versement de la prime, en 2020, sur la base des résultats 2019. Afin d’éviter de mettre les entreprises en difficulté, le gouvernement permet toutefois aux entreprises de reporter le versement de la prime. Si celle-ci est due sur la base des résultats financiers 2019, elle pourra être versée fin 2020, alors que l’échéance « habituelle » est la fin mai. En revanche, pour les entreprises dont l’année comptable est calculée de juillet à juin, rien ne change : l’échéance reste la fin décembre, comme d’habitude.

Plus d’infos : Intéressement et participation : vous toucherez votre prime plus tard que prévu en 2020

5 - Faut-il placer cette prime 2020 ou « prendre le cash » ?

Tout dépend de votre situation personnelle et financière ! Si la situation actuelle pourrait à terme vous mettre en difficulté financière, et que vous disposez d’une épargne limitée, il est évidemment conseillé de choisir le versement direct de l’intéressement ou de la participation, plutôt qu’un placement sur un PEE ou PER. « Il est possible qu'il y ait plus de prise de cash pour les primes d’intéressement et de participation versées en 2020, pour regonfler les produits d’épargne de court terme », tels qu'un Livret d'épargne populaire (LEP) ou qu'un Livret A, reconnaît Pierre-Emmanuel Sassonia. « La période actuelle va probablement renforcer la discrimination entre les catégories socio-professionnelles sur l’épargne salariale : les moins aisés vont prendre le cash, et les plus aisés – et plus fortement imposés – vont investir pour éviter l’impôt sur le revenu. » Pour rappel : le principal inconvénient de l’option « versement direct » de l’intéressement ou de la participation est que cette prime va être soumise à l’impôt sur le revenu, et gonfler vos revenus imposables de l’année 2020.

Lire aussi : Intéressement et participation : quelles sont vos options ?

(1) Plan d’épargne pour la retraite collectif

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© MoneyVox / BL / Avril 2020

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