L'édition 2026 du « rapport sur les riches » de l'Observatoire des inégalités vient d'être publiée ce mardi. Elle situe le seuil de richesse au double du niveau de vie mensuel médian, soit à 4 292€ pour une personne seule après impôts, 6 438 euros pour un couple et 10 730 euros pour un couple avec deux enfants de plus de quatorze ans.

Le rapport s'intéresse également aux « ultra-riches », c'est-à-dire au 0,1% de la population la plus aisée financièrement. L'un des objectifs de ce rapport, en effet, est de mettre en évidence « les processus d'accumulation sans limite que permettent nos sociétés », explique Louis Maurin, directeur de l'Observatoire, dans son avant-propos. « Que penser d'une société dans laquelle la seule famille Hermès, propriétaire d'Hermès International, pourrait, avec ses 163 milliards d'euros, s'offrir l'équivalent de tous les logements de Marseille et de Strasbourg à la fois ? »

Qui est ultra-riche ?

Selon les calculs de l'Observatoire des inégalités, le seuil d'entrée dans le tout petit cercle des ultra-riches (une personne sur 1 000, soit environ 80 000 personnes, sont concernées) se situe à 19 514€ de niveau de vie mensuel (1) pour une personne seule après impôts.

A titre de comparaison, le seuil d'entrée dans le cercle des 1% les plus riches se situe à 7 512€, toujours pour une personne seule et après impôts. Ce seuil est l'un des plus élevés en Europe (4e place derrière l'Autriche, l'Allemagne et la Norvège), signe qu'en France, « les riches sont très riches », note l'Observatoire.

D'où les ultra-riches tirent-ils leurs revenus ?

Le niveau de vie des ultra-riches se distingue de celui d'autres catégories de la population par la forte part des revenus du capital. « En moyenne, [ces ménages] gagnent un million d'euros par an avant impôts (...), » note l'Observatoire en s'appuyant sur les données 2022 de l'Insee. « La moitié de cette somme provient de leur patrimoine. Ce sont par exemple des dividendes d'actions qu'ils détiennent, des intérêts perçus sur des placements, etc. » Pour le reste de la population, cette part est de l'ordre de 5% en moyenne.

50% des revenus des foyers fiscaux très riches sont donc tirés du travail (salaires, revenus d'indépendant, retraites). « On est loin de l'image du rentier », note l'Observatoire. « Il faut sans doute plutôt imaginer des PDG qui touchent en moyenne autant qu'une centaine de smicards et perçoivent, en plus, les revenus du capital qu'ils détiennent dans leur entreprise et d'autres sociétés. »

Comment ont évolué les revenus et le patrimoine des ultra-riches ?

Dette abyssale, croissance en berne, inflation, chômage élevé, creusement des inégalités : économiquement, la France s'est rarement aussi mal portée en temps de paix. Les dix années qui viennent de s'écouler ont pourtant vu les ultra-riches prospérer. Entre 2016 et 2022, leurs revenus ont progressé de 56%, soit un gain de 370 000 euros par an et par ménage. C'est beaucoup plus que pour les 90% de la population la moins riche : +7% (+2 000 euros). Mais beaucoup plus aussi que pour les autres riches. Les revenus des personnes situées entre les 10% et le 1% les plus riches n'a ainsi progressé « que » de 22%.

En termes de patrimoine également, plus on grimpe sur l'échelle des fortunes, plus l'évolution récente est spectaculaire. Les revenus du patrimoine financier du 0,1% le plus riche ont été multipliés par quatre entre 2003 et 2022. Au sommet de la pyramide, les 500 plus grosses fortunes de France ont même vu leur valeur globale multipliée par 6,6 au cours des 20 dernières années.

(1) Le niveau de vie tient compte de l'ensemble des revenus, auxquels on ajoute les prestations sociales et on retire l'impôt sur le revenu.