Le Japon et l'Allemagne ont annoncé débloquer leurs réserves stratégiques. Les dirigeants du G7 se réunissent mercredi après-midi notamment à ce sujet.

Pourquoi stocker du pétrole ?

Le pétrole fait rouler les voitures, voguer les bateaux et voler les avions. Couvrant près du tiers des besoins d'énergie dans le monde, il est aussi une matière première de nombreux objets du quotidien, à base de plastique notamment.

Il est donc essentiel à l'économie et joue aussi un rôle crucial en cas de conflit, rappelait fin janvier Yves Jégourel, codirecteur du cercle CyclOpe. Le professeur au Conservatoire national des arts et métiers, en faisait, avec d'autres matières premières comme l'aluminium, une des « conditions de déroulement » d'une guerre.

Les Etats, surtout ceux qui ne produisent pas de pétrole, et certaines organisations internationales s'efforcent de s'assurer une réserve de sécurité en cas de bouleversement géopolitique ou de rupture dans la chaîne d'approvisionnement.

Quel rôle pour l'AIE ?

L'Agence internationale de l'énergie (AIE), créée en 1974 après le choc pétrolier, a pour rôle d'assurer la sécurité de l'approvisionnement en énergie. Elle compte une trentaine de pays membres, dont l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, la France, l'Italie, le Japon, le Mexique, ou les Etats-Unis.

Chaque membre a « l'obligation de détenir des stocks de pétrole équivalents à au moins 90 jours d'importations nettes de pétrole ». Cela « peut inclure des stocks détenus exclusivement pour les situations d'urgence ainsi que des stocks détenus à des fins commerciales », que ce soit du pétrole brut ou des produits raffinés, précise l'AIE. Elle tolère aussi « des stocks conservés dans d'autres pays » via des accords bilatéraux.

L'objectif est d'« atténuer les impacts économiques négatifs » de pénuries ou de perturbations de l'approvisionnement.

Quels précédents ?

L'AIE décide d'une action collective de cet ordre « après une évaluation de la perturbation et des conditions actuelles du marché ». C'est arrivé à cinq reprises : à l'approche de la Guerre du Golfe en 1991, après les ouragans Katrina et Rita en 2005, à l'occasion de la guerre civile libyenne en 2011, et deux fois après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en 2022.

Si vendredi, le directeur exécutif de l'AIE, Fatih Birol, assurait qu'il « y a beaucoup de pétrole sur le marché », entre temps, le prix du pétrole a atteint quasi 120 dollars le baril, avant de redescendre. Mercredi, vers 13h30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, la référence mondiale du brut, prenait 3,21% à 90,62 dollars, et son homologue américain, le WTI gagnait 3,09% à 86,03 dollars.

Quelle quantité aujourd'hui stockée ?

Le marché mondial du pétrole est en surplus depuis le début de l'année 2025, rappelle l'AIE. En 2025, les stocks mondiaux observés ont atteint plus de 8,2 milliards de barils, constituant un « important coussin de sécurité face à d'éventuelles perturbations », selon l'AIE. La planète consomme environ 100 millions de barils d'or noir chaque jour. Quant aux membres de l'AIE, ils détiennent « plus de 1,2 milliard de barils de stocks publics d'urgence », ainsi qu'« environ 600 millions de barils supplémentaires de stocks détenus par l'industrie sous obligation gouvernementale ».

En France, le gouvernement a martelé qu'il n'y avait pas de risque de pénurie à ce stade. Le pays détient au total l'équivalent de 108 jours d'importations nettes, selon Bercy, ou « un peu plus de 100 millions de barils disponibles », a déclaré mercredi le ministre de l'Economie Roland Lescure.

En 2022, suite à la crise en Ukraine, les membres de l'AIE avaient collectivement libéré 185 millions de barils et la France « à hauteur de 7,5 millions de barils libérés », selon M. Lescure.

Quid des pays non-membres ?

En Asie, plus exposée aux importations de pétrole moyen-oriental, la situation peut être plus tendue. L'armateur danois Maersk a dit dans Le Monde mercredi s'inquiéter de l'approvisionnement de ses navires en carburant au Moyen-Orient et en Asie où « les stocks diminuent », avec le risque d'être « à court de fioul ».

La Chine a, selon Bloomberg, demandé début mars à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d'essence. Enorme consommateur de pétrole, notamment en provenance du Moyen-Orient, le géant asiatique a accumulé depuis plusieurs années des réserves significatives de brut, environ 1,2 milliard de barils, selon Kpler. Soit « environ 115 jours de ses importations de pétrole brut par voie maritime ».

Autre grand consommateur, l'Inde a été autorisée pour un mois par les Etats-Unis à se fournir en pétrole russe, malgré les sanctions internationales. Le Bengladesh rationne le carburant, la Birmanie impose des restrictions de circulation, pour préserver leurs stocks.