Ce que prévoit le projet de loi
Le projet de loi opère une bascule progressive vers un « système universel » (salariés privé et public, indépendants, etc.) par points. Le régime de base ne sera à terme plus calculé par trimestres mais sur le principe suivant : chaque euro cotisé permet dobtenir des droits, chiffrés en points ; ces derniers étant reconvertis en euros à lheure de la retraite. Le nouveau système doit sétendre progressivement (de 2022 à 2025) à lensemble des actifs nés à partir de 1975 (et de façon différée pour les régimes spéciaux), le début de carrière restant toutefois comptabilisé dans lancien système. Deux nouveautés notables : une pension minimum (pour une « carrière complète au Smic) de 1 000 euros, et un « âge déquilibre » qui permet dobtenir une pension sans pénalité (schématiquement léquivalent du « taux plein » actuel), cet âge déquilibre étant plus tardif que lâge légal de départ à la retraite, qui reste de 62 ans.
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Ce qui a changé en commission
Finalement rien ! Après une dizaine de jours dexamen en commission spéciale, le nombre damendements à examiner reste trop important (plus de la moitié des 22 000 amendements initiaux). La commission spéciale a finalement dû constater qu'elle ne peut achever l'examen du volet principal de la réforme dans le temps imparti, une situation inédite. Cest donc le texte initial du projet de loi qui sera examiné en séance plénière à lAssemblée nationale, à partir de lundi 17 février, jour choisi par les syndicats pour un nouvel appel à la grève.
Les prochaines étapes parlementaires
Dans un premier temps, le projet de loi va être examiné (dans sa version initiale, donc) en séance plénière par les députés à lAssemblée nationale à partir du 17 février. Selon lAFP, qui cite des « sources parlementaires », « il nest jamais arrivé depuis quune commission ne vienne pas à bout des amendements déposés » : situation inédite, donc. Et une nouvelle salve damendements est annoncée pour la séance plénière Se dirige-t-on vers un recours à larticle 49-3 de la constitution, qui permet de faire voter le texte sans passer par le vote du Parlement (sauf en cas de motion de censure) ? « Ce nest pas le sujet le 49-3 : nous sommes là pour travailler le fond du texte », a coupé Laurent Pietraszewski, secrétaire dEtat chargé des retraites. Un scénario pour lheure exclu par le gouvernement et les responsables LREM, mais certains « marcheurs » ont dores et déjà confié à lAFP quils n'auront « aucun problème politique » à y recourir. Objectif : un vote en première lecture à lAssemblée avant les élections municipales (15 et 22 mars 2020).
La suite du calendrier ? Le texte doit théoriquement être transmis au Sénat (après ladoption par lAssemblée), pour examen en commission des affaires sociales, au mois davril. Le texte retournera dans tous les cas à lAssemblée. Lobjectif gouvernemental reste un vote définitif dici lété 2020.
Les nouvelles incertitudes
Comment cette réforme sera-t-elle financée ? Quand et comment ramener le système « à léquilibre » financier ? Cest pour répondre à ces questions que le Premier ministre a installé, le 30 janvier, la « conférence sur léquilibre et le financement des retraites ». La « première mission » de cette conférence : « proposer des mesures qui permettront au système actuel, tel quil fonctionne, de revenir à léquilibre à lhorizon 2027 », a expliqué Edouard Philippe lors de son discours de lancement. Deuxième mission détaillée par le Premier ministre : « formuler des recommandations sur la gestion financière du système à terme, une fois quil sera installé ». Une mission périlleuse, confiée aux partenaires sociaux, autrement dit syndicats de salariés et organisations patronales, qui pourraient donc débattre de mesures portant sur lâge (déquilibre) de départ à la retraite, sur les cotisations, sur le Fonds de réserve des retraites (FRR). Bref : un vaste débat. Le calendrier est serré : cette conférence « doit aboutir » dici la fin du mois davril, a rappelé Edouard Philippe. Objectif : intégrer les résultats de cette conférence au projet de loi qui sera alors toujours en discussion au Parlement. A défaut daccord, le gouvernement tranchera
Autre source dincertitude : lavis rendu par le Conseil dEtat. Il a validé le projet de loi à « 95% », sest notamment félicité Olivier Dussopt, secrétaire dEtat à la Fonction publique. Mais le Conseil dEtat a pointé un problème de lisibilité de lensemble, puisque le texte renvoie à de nombreuses ordonnances, y compris sur des éléments « structurants » du nouveau système.
Enfin, une nouvelle polémique a gonflé ces derniers jours : linquiétude de lopposition porte sur la valeur du point, paramètre technique mais sur lequel repose toute la grille du futur système, puisque les pensions seront calculées en fonction des points accumulés lors de la carrière. Le secrétaire dEtat chargé des retraites Laurent Pietraszewski a annoncé que le gouvernement compte indexer la revalorisation de ce point, au fil des années, sur le « revenu moyen dactivité par tête », un indice qui reste « à construire », comme la reconnu Laurent Pietraszewski sur France Inter. Le but est de rendre cet indicateur - confié à lInsee plus représentatif de lensemble des professions : non seulement des salariés mais aussi de lévolution des revenus des fonctionnaires, des indépendants, etc. Problème : lInsee naurait pas encore été saisi sur le sujet selon les informations de Mediapart.
Age de départ et âge déquilibre : le point clé
La question de lâge déquilibre reste au centre des débats. Il sagit de savoir à partir de quel âge vous pourrez obtenir une pension « complète », comme lexplique sans ambiguïté létude dimpact du projet de loi : « Lâge déquilibre à lentrée en vigueur du système universel sera défini par la nouvelle gouvernance du système universel confiée aux partenaires sociaux. Les Français pourront décider de partir avant cet âge déquilibre, auquel cas leur pension subira un malus de 5% par année. Ceux qui le souhaitent pourront travailler au-delà et ainsi bénéficier dune majoration de leur retraite, de 5% par année. »
Pour lheure, comme le signale le Conseil dEtat dans son avis rendu fin janvier, l« âge déquilibre » pourrait « atteindre 64 ans à lentrée en vigueur de la réforme », et il devrait ensuite évoluer « chaque année à raison des deux tiers de lévolution de lespérance de vie à la retraite constatée pour la génération concernée ». Or les questions portant sur lâge de départ sont celles qui cristallisent toutes les tensions
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