Immobilier
Indémodable. Les sondages se suivent et se ressemblent : en février dernier, 68% des Français interrogés par le Cercle de lépargne (1) distinguaient limmobilier locatif comme le placement le plus « intéressant » actuellement, devant lassurance-vie, les actions, etc. Linvestissement immobilier est-il pour autant le plus adéquat pour préparer ses vieux jours ? Dune part, il faut disposer dune épargne suffisante, pour investir, ou ne pas être trop endetté les banques fixent le taux dendettement maximum à 33% des revenus afin de pouvoir contracter un nouvel emprunt. Dautre part il faut prendre en compte les risques de loyers impayés, le temps à consacrer à la location ou les frais de lagence gérant le bien, les travaux dentretien, etc.
« Les loyers protègent mieux de l'inflation que la rente dun produit financier »
Malgré ces contraintes, linvestissement locatif est la solution privilégiée par Mathieu Mars, directeur associé à lInstitut du patrimoine, pour ses clients : « Pour épargner en vue de la retraite, je conseille en premier lieu une opération en dispositif Pinel avant de passer, au bout dune dizaine dannées en location meublée. » Objectif : profiter de la défiscalisation Pinel, puis viser les loyers sur le long terme. Mathieu Mars appuie son propos en égrainant les solutions (assurance loyers impayés, garantie contre les dégradations, etc.) gommant les risques locatifs.
Sans nier les atouts de limmobilier, le directeur du Cercle de lépargne Philippe Crevel déplore sa domination : « La rentabilité moyenne de limmobilier locatif, après impôt, est moyenne : actuellement de 1% environ », affirme léconomiste en soulignant quil ne faut pas être aveuglé par les plus-values réalisées grâce à lenvolée des prix lors des années 2000. Le gestionnaire de patrimoine Mathieu Mars valide l'analyse sur laspect prix, mais il insiste sur lévolution positive des loyers : « A la retraite, les loyers protègent mieux de l'inflation que la rente dun produit financier. »
Points forts : défiscalisation, revenus réguliers grâce aux loyers, stabilité du marché immobilier.
Points faibles : temps nécessaire pour gérer le bien, risques locatifs, éventuelles difficultés de revente.
Et la résidence principale ?
Faut-il, enfin, considérer lachat de la résidence principale comme une épargne retraite ? « Psychologiquement, oui », répond Philippe Crevel, car le fait de devenir propriétaire exonère les retraités de coûts récurrents (loyer ou mensualité). « Sur laspect économique, je suis plus mesuré : tout dépend si lon souhaite vivre dans le même logement à lheure de la retraite, si le bien a un potentiel de revente, etc. »
Assurance-vie
Le « couteau-suisse de lépargne » est-il véritablement un support de préparation à la retraite ? Les Français y placent leur deniers pour de multiples objectifs : la retraite mais aussi la succession, la prévoyance, prévoir les coups durs, etc. Car, même si la fiscalité la plus avantageuse nest acquise quau bout de 8 ans, largent reste disponible à tout moment : « Lassurance-vie a lavantage de la souplesse : vous pourrez toujours arbitrer et utiliser vos fonds différemment mais, en attendant, ce placement vous permet de bénéficier dune enveloppe fiscale très favorable », commente le conseiller patrimonial Mathieu Mars. Autrement dit : lassurance-vie constitue un excellent produit pour commencer à épargner pour la retraite, avant délaborer une stratégie plus diversifiée.
« Lassurance-vie a lavantage de la souplesse »
La souplesse de lassurance-vie sentend aussi bien sur la disponibilité des fonds que sur le choix des supports financiers, plus ou moins sécurisés (fonds en euros, OPCVM, actions, SCPI, etc.), ou modes de gestion (libre, pilotée, etc.). A lâge de la retraite, pour transformer le pécule en revenu complémentaire, deux modes de sortie sont envisageables : des rachats réguliers ou programmés, jusquà épuisement des fonds, ou la rente viagère, qui assure un revenu jusquau décès. Précision dimportance : il faut attendre son 70e anniversaire pour bénéficier de la fiscalité la plus avantageuse sur les rentes.
Points forts : la disponibilité des fonds, la sortie en capital ou en rente, la diversité des supports.
Point faible : la possibilité de déroger à son objectif retraite en retirant les fonds avant la retraite.
Perp et autres produits dédiés à l'épargne retraite
Ils sappellent Plan dépargne retraite populaire (Perp), contrat retraite Madelin, Plan dépargne pour la retraite collectif (Perco) ou encore Plan dépargne retraite entreprise (PERE), dit « article 83 ». Ils ont un point commun : ils sagit de produits « tunnel », pour lesquels largent nest disponible quà lâge de la retraite, sauf cas exceptionnel. A la retraite, le principal mode de sortie est la rente viagère, histoire dassurer un revenu régulier jusquau décès. « Lépargne retraite pâtit de lhégémonie de lassurance-vie, et du fait que la rente et les produits tunnel ont mauvaise presse. Mais ces produits répondent à un véritable projet », plaide Philippe Crevel, du Cercle de lépargne. « Les détenteurs ne sont pas tentés dy piocher. »
« Ces produits répondent à un véritable projet »
Mathieu Mars, de lInstitut du patrimoine, se montre beaucoup moins enthousiaste : « Le Perp est avant tout un placement dajustement pour optimiser sa défiscalisation en fin dannée. Il nest pas intéressant pour les contribuables au taux marginal dimposition (TMI) de 0% ou 14% [les foyers les moins fortement imposés, NDLR]. » Le principal avantage du Perp est en effet de déduire ses versements du revenu imposable, jusquà un certain seuil.
La principale différence entre ces différents produits est le mode daccès : tout particulier peut ouvrir un Perp, seuls les travailleurs non salariés ont accès au contrat Madelin, et le Perco ou le PERE ne peuvent être ouverts que par une entreprise au bénéfice de ses salariés. Ce panel de produits devrait prochainement sélargir avec le projet de la Commission européenne de créer un PEPP (Pan European personal pension product). A limage du Perp, la souscription serait ouverte à tous, et la sortie en capital serait envisageable à la retraite, pas uniquement en rente. Sur ce point, Philippe Crevel et Mathieu Mars saccordent toutefois sur le risque de « surabondance » de produits dépargne retraite disponibles en France.
Points forts : spécialisation retraite du placement, fiscalité avantageuse pour les versements.
Point faible : impossibilité de sortie en capital (sauf pour le Perp, mais pour un montant limité).
Quelle stratégie pour quel profil ?
Impossible de livrer une réponse « clé en main » : tout dépend du niveau de revenus, dépargne et de patrimoine de linvestisseur, ou de son appétence au risque. Léconomiste Philippe Crevel livre toutefois un conseil dordre général : « Il y a en France une trop forte appétence immobilière, au détriment des produits financiers de long terme. Le plus rentable, sur le très long terme, puisque lon évoque ici des horizons financiers de 40 voire 50 ans, cela reste les actions. » Lépargne en actions peut passer par un produit dédié (PEA ou compte-titres) ou par un produit plus « généraliste » comme lassurance-vie ou le Perp.
Mathieu Mars, de lInstitut du patrimoine, guide lui les particuliers vers lassurance-vie pour accumuler leurs premières économies en vue de la retraite. Une fois le pécule devenu conséquent, il conseille de « dispatcher » ses avoirs : « Un produit de rente, type Perp ou Madelin, un investissement locatif pour toucher des loyers et défiscaliser, et de lassurance-vie pour conserver une marge de souplesse financière ».
(1) « Les Français, lépargne et la retraite », sondage réalisé en février 2017 par lIfop et le CECOP auprès dun échantillon représentatif de Français majeurs à la demande du Cercle de lépargne.


















