La réunion qui s'est tenue mercredi soir était officiellement technique : les services de l'Agirc-Arrco ont présenté aux représentants des organisations syndicales et patronales les prévisions actualisées de l'Insee (inflation, évolution des salaires, croissance...), et diverses projections, pour les aider à se prononcer sur l'évolution des pensions au 1er novembre. Dans les faits, ces discussions sont aussi « politiques », observent des participants.
Au moment où les partenaires sociaux tentent de relancer un dialogue social autonome, indépendant de l'Etat, ils veulent éviter de reproduire le scénario de l'an dernier : dans ce régime vu comme un modèle de paritarisme, l'échec des négociations, sur fond de tensions autour de la suspension de la réforme des retraites, avait conduit au gel des pensions complémentaires des 14 millions de pensionnés, et de la « valeur d'achat du point », dont dépendent les recettes du régime.
Retraite Agirc-Arrco : une hausse sous haute tension pour le 1er novembre 2026
« On a largement les moyens » de revaloriser de 2%, assure le négociateur de la CGT, Denis Gravouil, rappelant que parallèlement, l'exécutif veut geler une partie des pensions de base, dans un contexte de tensions majeures sur le pouvoir d'achat.
« Nous avons réaffirmé que nous souhaitions parvenir à un accord » mais « nous ne pourrons pas occulter le contexte », notamment « la dégradation » des finances publiques et des prix de l'énergie, a de son coté réagi le Medef, qui entend « faire preuve de responsabilité », pour « préserver durablement le régime ».
Les règles du régime sont claires : les pensions doivent normalement être légèrement sous-indexées (de 0,4 point) par rapport à l'inflation. Mais le conseil d'administration peut, en fonction de la santé du régime, élever ce taux jusqu'à l'inflation, ou lui retrancher 0,4 point supplémentaire.
Avec une inflation estimée à 2% cette année, la hausse doit donc être comprise entre +1,2 et +2%. Elle devra respecter la « règle d'or »: garder en réserve « six mois de versements » disponibles, à tout moment sur les quinze prochaines années. Les réserves atteignent aujourd'hui environ 90 milliards d'euros, soit 10 mois.
Deux paramètres à prendre en compte
Deux paramètres limitent les marges de manuvre pour la complémentaire Agirc-Arrco qui représente entre 30% (pour les faibles revenus) et 60% (pour les cadres) de la pension totale :
- Le résultat technique du régime sera cette année « proche de zéro », selon une source interne à l'Agirc-Arrco ;
- La hausse des retraites ne peut pas dépasser celle des salaires.
Selon plusieurs participants, l'Insee estime aujourd'hui l'évolution du salaire moyen autour de +2%, mais juge possible une révision à la baisse d'ici début octobre, à « +1,8% ou +1,9% ».
« Il existe toutes les raisons d'aboutir à une revalorisation (...) pour autant, aucune décision n'est prise aujourd'hui », a commenté la négociatrice de Force ouvrière, Séverine Privat. « Le régime est solide, les conditions sont réunies pour une négociation sereine », a jugé Fabien Guimbretière (CFDT). Le conseil d'administration décisif se tiendra le 14 octobre.











