Dans la vie dune action, il y a deux périodes charnières : son introduction en bourse et laprès, à savoir son évolution au gré des annonces de l'entreprise et de létat général des marchés. La première étape, qui va permettre de fixer le prix du titre, est cruciale pour la société et le succès de ses projets futurs. Car du prix démission de laction va découler le montant total des fonds ainsi levés. Les dirigeants de l'entreprise ont donc a priori intérêt à ce que la valeur soit la plus élevée possible. A linverse, les futurs actionnaires veulent eux acheter le titre à un tarif faible dans lobjectif de réaliser une plus-value à la revente.
Un prix démission taillé pour générer des plus-values rapides
Des prix d'actions souvent fixés en bas de la fourchette prévue
Bonne nouvelle, le prix de l'action d'une société qui entre en bourse est généralement sous-évalué selon une étude (1) de lAutorité des marchés financiers (AMF). Une observation partagée par Charles-Henri dAuvigny. « Généralement, les introductions en bourse sont faites à des prix assez raisonnables afin d'attirer les investisseurs, à l'image récemment de Verallia », explique le président de la Fédération des investisseurs individuels et des clubs dinvestissement (F2IC). Effectivement, début octobre, laction de lancienne filiale de Saint-Gobain a été introduite à 27 euros sur Euronext Paris, soit au bas de la fourchette retenue en amont de sa mise sur le marché (entre 26,50 et 29,50 euros). Et cette situation est fréquente. En sappuyant sur les introductions réalisées en 2017 sur Euronext Paris (compartiments A, B et C), il ressort que plus de la moitié des actions introduites ont été fixées exactement au prix plancher.
Selon les économistes cités par l'AMF dans son enquête (2), cette décote facilite le succès de l'introduction. Elle permet dattirer les investisseurs fidèles, informés en amont par leurs conseillers financiers. Cette première vague dachat enclenche alors lappréciation du titre. Dans un second temps, cette tendance haussière, couplée à la décote initiale, attire lattention des boursicoteurs aux portefeuilles plus modestes. En investissant, ils contribuent à leur tour à faire grimper le cours boursier. De quoi, au passage, permettre aux investisseurs de la première heure de réaliser rapidement une plus-value. Ce constat Bertrand Lamielle le fait aussi. « La société qui s'apprête à entrer en bourse cherche à maximiser sa valeur pour accroître le prix de son titre. Mais, son but est avant tout que les investisseurs soient au rendez-vous. Il faut donc offrir une décote pour attirer les acheteurs et leur laisser faire des gains », souligne le directeur de la gestion chez Portzamparc, filiale de BNP Paribas Banque Privée dédiée à linvestissement boursier.
Une euphorie dopée lors des privatisations
Cette euphorie les jours qui suivent lentrée en bourse est souvent décuplée lors des privatisations. Exemples. Introduit à l'équivalent de 300 euros en avril 2001, Thomson (désormais Technicolor) séchangeait à 348 euros un mois plus tard (+16%). Lengouement actuel autour de la FDJ lillustre également. Mise sur le marché le 21 novembre dernier à 19,90 euros, laction de la Française des Jeux est valorisée à 23,50 euros le 18 décembre à louverture, soit un gain de 18% en quelques semaines. La privatisation dEDF en novembre 2005 sort un peu de ce cadre sans toutefois contredire cette observation. Il a certes fallu attendre plus dun mois pour voir sapprécier laction dEDF mais lenvolée à court terme a bel et bien été au rendez-vous. « Introduite à 29 euros, elle séchangeait 46 euros un an plus tard », comme le souligne Bertrand Lamielle. La médiatisation accrue de ces opérations explique probablement ces bonds dampleur La communication autour des vertus de lactionnariat populaire, relayée par les conseillers bancaires, donnant envie aux épargnants néophytes de sinitier à la bourse à loccasion de ces privatisations. Aujourd'hui, EDF vaut 9,7 euros et Technicolor 0,7 euro.
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Les pépites se font rares à un horizon plus long
Les sociétés ont tendance à se lancer en période faste
Et à plus long terme, passé lengouement initial, quel sort les marchés réservent-ils à ces sociétés nouvellement cotées ? La littérature académique est là beaucoup moins optimiste. « Du côté de la performance à long terme, un certain nombre darticles concluent à lexistence dune sous-performance des introductions en bourse », écrit ainsi lAMF dans le document de synthèse précédemment cité, tout en expliquant qu'il n'y a pas concensus. Carole Gresse, professeure à Paris-Dauphine, et Jean-François Gajewski, qui enseigne à lIEA de Lyon, ont en 2006 analysé lévolution des cours de 355 titres émis sur la Bourse de Paris entre 1995 et 2004 (3). Trois ans après leur introduction, ces actions ont en moyenne perdu 36% de leur valeur.
En cause, daprès la synthèse de lAMF, le désengagement progressif des investisseurs initiaux, qui en vendant peuvent enclencher un cycle baissier. Le gendarme des marchés avance un autre élément explicatif, à savoir la situation des marchés au moment de lintroduction en bourse. En effet, les sociétés ont intérêt à se lancer lorsque les investisseurs sont au rendez-vous. Cest-à-dire en cas de marchés haussiers. De fait, les introductions en bourse ont tendance à être plus fréquentes lorsque les indices connaissent un pic, et plus rares en phase descendante. Pas surprenant donc quen 2018 - année durant laquelle les bourses ont accusé de forts replis - le nombre dintroductions dans le monde ait baissé de 21%, à 1 359 opérations, daprès le cabinet EY.
Pour les boursicoteurs qui conservent la société dans leur portefeuille, ce timing tend à entraver la rentabilité de l'investissement . Mécaniquement, un titre introduit en pleine euphorie boursière a plus de risque dêtre rapidement victime d'un retournement de situation. La question alors est de savoir si le titre dune société nouvellement cotée est plus déprécié que la moyenne. Élément de réponse à laide des sociétés introduites en 2017 sur Euronext qui ont donc connu la débâcle boursière de 2018. Sur ces 11 actions, 9 ont fait pire que leurs indices de références. En moyenne, elles ont perdu 45% de leur valeur entre janvier 2018 et aujourdhui, alors que dans le même temps le CAC Mid&Small sest replié de seulement 8% et le CAC Small a chuté de 18%.
Ce constat est valable quel que soit le secteur dactivité des entreprises. Cest ainsi vrai pour des sociétés particulièrement cycliques, comme les biotechnologies (Biom Up, Lysogene et Advicenne). Mais cest également le cas des entreprises industrielles (Balyo et Prodways Group). Exception notable : Tikehau Capital. Laction de ce gestionnaire dactifs, où François Fillon a trouvé refuge après la dernière élection présidentielle, sest appréciée de 7% depuis janvier 2018 et de 9% depuis son entrée en bourse en mars 2017.
| Prix d'introduction | Cours au bout d'un mois | Cours au 17/12/19 | |
|---|---|---|---|
| Compartiment A | |||
| Smcp | 22,00 | 20,30 (-8%) | 9,35 (-58%) |
| Ald | 14,30 | 15,60 (+9%) | 13,92 (-3%) |
| X-Fab | 8,00 | 8,02 (0%) | 4,06 (-49%) |
| Tikehau Capital | 21,00 | 25,19 (+20%) | 22,90 (+9%) |
| Compartiment B | |||
| Antalis | 3,00 | 1,99 (-34%) | 0,83 (-72%) |
| Prodways Group | 4,80 | 6,79 (+41%) | 2,70 (-44%) |
| Inventiva | 8,50 | 8,40 (-1%) | 3,25 (-62%) |
| Compartiment C | |||
| Advicenne | 14,03 | 13,99 (0%) | 8,92 (-36%) |
| Biom Up | 10,50 | 9,13 (-13%) | 0,27 (-97%) |
| Balyo | 4,11 | 5,10 (+24%) | 0,99 (-76%) |
| Lysogene | 6,80 | 5,62 (-17%) | 1,75 (-74%) |
| Source : Euronext | |||
Une introduction en bourse : une opportunité personnelle
Les pépites, comme Tikehau, sont donc rares. Et, il nest pas facile pour un investisseur particulier de les débusquer à leur mise en vente. « Si une introduction en bourse vous intéresse, vous ne devez pas vous précipiter. Il faut faire une vraie analyse du marché et de l'entreprise pour trouver des arguments factuels qui peuvent attester qu'il s'agit d'un investissement a priori porteur ». Profits de lentreprise les années précédentes et autres indicateurs financiers le plus connu, le PER, donne un indice de la cherté dune action doivent être scrutés.
Outre les ratios financiers, linvestisseur peut aussi regarder quelle est la finalité de lintroduction en bourse, si celle-ci va se solder par le départ des fondateurs, source daléa supplémentaire, si les investisseurs institutionnels vont en profiter pour sortir de la société. Ce dernier cas de figure sortie du capital investissement (banques d'investissement, compagnies d'assurance, banques publiques comme Bpifrance et les CCI) - est considéré comme de bon augure pour les futurs actionnaires. Leur présence aux côtés des gérants de la société est souvent interprétée par les investisseurs comme le gage de la qualité du modèle économique de lentreprise, de la fiabilité de son équipe dirigeante et de la solidité de ses finances. Là encore, la présence du capital investissement nest pas une garantie infaillible. En atteste, récemment, lintroduction en bourse ratée de WeWork - spécialiste de la location despaces de travail - qui a été survalorisé par les fonds de private equity.
Comme toujours, il est bon de rappeler qu« avant d'acheter une action, la question à se poser est quel est son apport dans mon portefeuille ? M'apporte-t-elle de la diversification ? », insiste Bertrand Lamielle. Cette diversification doit être sectorielle mais aussi géographique. Par la suite, pour apprécier la qualité d'une société nouvellement cotée, il faut suivre trimestre après trimestre la qualité du management », ajoute Bertrand Lamielle. Soulignons enfin que la plus-value à la revente nest pas le seul gain potentiel à retirer dune action. « Ceux qui conservent leurs titres sur le long terme peuvent espérer toucher des dividendes », rappelle Charles-Henri dAuvigny de la F2IC. Mais ce partage de profit nest pas systématique. Sur la dizaine dintroductions sur Euronext en 2017, seules 3 entreprises ont depuis versé des dividendes à leurs actionnaires.
En résumé,
Investir sur des introductions en bourse nécessite analyse, vigilance et réactivité. Car après lenvolée fréquente des premiers jours, lévolution du cours est plus hasardeuse.
Bien quil y ait souvent une décote sur le prix du titre dune société nouvellement cotée, il ne faut pas se précipiter. Il faut analyser lentreprise et le contexte de lintroduction en bourse pour prendre une décision réfléchie. Les pépites sont rares !
Introduction en bourse ou pas, il faut diversifier vos investissements pour ne pas vous retrouver surexposé à une zone géographique ou à un secteur dactivité.
A découvrir nos fiches sur l'investissement boursier
(1) Lettre Économique et Financière de lAutorité des marchés financiers, « La performance des introductions en bourse : revue de la littérature et application empirique à la France et au Royaume-Uni » (Hiver 2008-2009).
(2) Cest le cas notamment de Kevin Rock de luniversité de Chicago, cité par lAMF, dans « Why new issues are underpriced », Journal of Financial Economics (1986).
(3) « A survey of the European IPO market. European Capital Market Institute », Centre for European Policy Studies. Gajewski, J-F., Gresse, C (2006).



















