Ce placement, vieux du 17e siècle, fonctionne-t-il toujours de la même manière ?
Thibaut Cossenet : « Cest Lorenzo Tonti, doù le nom de tontine, qui a imaginé ce mode de fonctionnement en 1653. Depuis le principe de base, un placement de groupe de longue durée, est resté le même. Ce principe a tout de même été encadré (1) et modernisé, notamment depuis la création des associations Le Conservateur, en 1844, dont c'est le produit historique. Les principales contraintes sont laspect collectif, avec un minimum de 200 adhérents pour chaque tontine, et la durée de placement, de 10 à 25 ans : largent ne peut être réparti quau terme. Au Conservateur, nous lançons chaque année une tontine de 25 ans, nous disposons donc en permanence de 25 associations tontinières en cours. Les particuliers peuvent y adhérer au moment du lancement, ou en cours dexistence, à condition quil reste 10 ans minimum avant léchéance. »
Lépargnant perd donc ses économies sil décède avant le terme de la tontine ?
« L'argent ne peut être réparti quau terme »
T.C. : « Dans ce cas, les cotisations profitent à lassociation. Nous proposons néanmoins une assurance décès facultative (2) afin de contourner cet aléa. Via cette assurance, en cas de décès de lassuré, le capital assuré peut ainsi être transmis aux bénéficiaires désignés. »
Comment gérez-vous les fonds pendant les 25 années dexistence de chaque tontine ?
T.C. : « Pour chaque euro entrant dans lassociation tontinière, nous connaissons la date de sortie. Grâce à cette absence de liquidité et cette durée connue et certaine, nous pouvons optimiser lallocation de façon graduelle. Ainsi lors des 10 à 15 premières années de la tontine, nous plaçons largent majoritairement sur des actions, de limmobilier, etc. Plus lon se rapproche de la date de répartition, plus lon sécurise. Lors de la toute fin de vie de lassociation, nous sommes à 100% sur des obligations, avec des échéances cohérentes avec la date de répartition. »
Quelles sont les performances des tontines en cours ?
« 2% à 3% de mieux que linflation »
T.C. : « Pour les tontines lancées récemment, je suis incapable de prédire les performances des 25 prochaines années. Concernant notre historique, sur 70 ans, les performances des tontines font toujours 2% à 3% de mieux, en termes de rendement annuel, que linflation. Par exemple, pour la tontine qui est arrivée à échéance en 2016, nous affichons un rendement de 4% à 6% [net de frais, selon le Conservateur, NDLR] par an selon lâge de ladhérent et le montant investi. »
Au sein dune même tontine, les rendements peuvent être différents ?
T.C. : « Cest ce que lon appelle la capitalisation viagère. Il y a donc un rendement différencié selon la probabilité que lon soit vivant ou non au terme de la tontine. »
Si deux personnes adhèrent à une association tontinière au même moment, cest donc la plus âgée des deux qui aura un meilleur rendement
« Un bonus à lâge »
T.C. : « Oui, il y a un bonus à lâge pour des durées équivalentes. »
Quid des frais ?
T.C. : « Ce sont les mêmes pour tous : 18,5% du versement à ladhésion, puis plus aucun frais nest prélevé ! Lorsque lon ramène ce taux sur une quinzaine dannée, cest moitié moins cher que sur beaucoup de contrats dassurance-vie. »
Vous disposez de 130.000 clients « tontiniers ». A quel type de public convient la tontine ?
T.C. : « Une clientèle capable de bloquer une partie de son argent pendant au moins 10 ans. De fait, il sagit donc dun produit de diversification patrimoniale : nous conseillons dy allouer 10%, 15% voire 20% grand maximum de son patrimoine financier. Notre clientèle opte pour la tontine avec plusieurs objectifs. Certains visent un complément de retraite. Dans ce cas, ils peuvent dailleurs souscrire à plusieurs tontines, de façon à se voir verser un capital chaque année pendant une période donnée. Dautres choisissent la tontine comme un outil de défiscalisation ISF, car ce placement est dénué de valeur de rachat pendant toute sa durée et ceci procure un avantage pour les sommes investies avant 70 ans. Dautres, enfin, lutilisent pour transmettre de manière anticipée, par exemple pour les petits-enfants, afin que largent ne soit disponible quà un certain âge. »
Vous revendiquez une collecte en hausse. Comment lexpliquez-vous ?
« Un outil de défiscalisation ISF »
T.C. : « Indéniablement, ces dernières années, la collecte a progressé. Sur lannée 2016, nous serons en ligne avec 2015 autour de 180 ou 190 millions deuros sur la tontine à prime unique. Nous profitons dune part du contexte financier actuel, qui rend les horizons lointains plus pertinents pour obtenir du rendement. En 2016, nous profitons aussi de la problématique de blocage éventuel de lassurance-vie avec la loi Sapin 2. Car avec la tontine, même si lhorizon est lointain, vous choisissez précisément quand vous pouvez bénéficier de votre capital. Surtout que la fiscalité en cas de vie est la même que pour une assurance-vie de plus de 8 ans (3). »
(1) Article R322-139 et suivants du Code des assurances.
(2) Assurance perte totale et irréversible dautonomie (PTIA). Le tarif de cette assurance décès-PTIA « dépend de lâge, de la durée et des options choisies (avec ou sans revalorisation du capital) » selon le Conservateur, sans plus de précision.
(3) Abattement (4.600 euros pour une personne seule), puis intégration au barème de limpôt sur le revenu ou prélèvement forfaitaire de 7,5%.

















