Les marchés : le retour du risque français
La Bourse de Paris commence la semaine dans le rouge. Le CAC 40 recule de 1,11% à 7 868 points ce lundi, après avoir gagné 2% la semaine dernière. Les violences survenues ce week-end en France ravivent les inquiétudes politiques et budgétaires, à quelques jours de l'examen de la note française par Moody's. Les banques sont particulièrement touchées : BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole perdent entre 2,5% et 3,4%. Accor (-3%), Unibail-Rodamco-Westfield (-2%) et AXA (-1,7%) reculent également.
La prudence gagne aussi le marché obligataire. L'écart entre les taux français et allemands à dix ans remonte à 145 points de base. Les investisseurs demandent une rémunération plus élevée pour prêter à la France plutôt qu'à l'Allemagne. Un signe de méfiance persistant envers les finances publiques françaises, alors que les discussions budgétaires restent délicates.
À Wall Street, l'ambiance est plus favorable. Après une semaine difficile pour les valeurs technologiques, le Nasdaq rebondit de 1,7% et le S&P 500 gagne 0,9%. Les investisseurs se tournent désormais vers les résultats de Netflix, Meta et Tesla, attendus cette semaine. Ces publications permettront notamment de mieux apprécier la solidité des grandes entreprises américaines après les récents doutes autour de l'intelligence artificielle.
Les valeurs : le secteur bancaire plonge
Les banques françaises plongent à nouveau ! Après les violences qui ont secoué la France ce week-end, les investisseurs se détournent des valeurs les plus exposées à l'économie nationale. Société Générale recule de 3,41% à 62,27 euros, tandis que BNP Paribas et Crédit Agricole abandonnent respectivement 2,48% et 2,64%. Ces tensions s'ajoutent aux incertitudes politiques et budgétaires qui pèsent déjà sur la France, à l'approche des élections de 2027. Autre signal inquiétant, l'écart entre les taux d'emprunt français et allemands à dix ans se creuse, signe d'une défiance accrue envers la dette française.
Malgré une exposition directe relativement limitée à la dette publique française, les banques souffrent surtout de la défiance des investisseurs et des craintes de ralentissement économique. La correction s'est accentuée ces dernières semaines et les performances annuelles en témoignent : depuis le 1er janvier, Société Générale cède désormais environ 10%, Crédit Agricole 13%, tandis que BNP Paribas résiste mieux avec un gain de 8%.
Rubis. Le spécialiste français de la distribution d'énergies veut abandonner son statut historique de société en commandite par actions pour devenir une société anonyme. Une transformation majeure qui simplifierait sa gouvernance et mettrait fin à un système protégeant le groupe contre les prises de contrôle. De quoi raviver l'intérêt spéculatif pour le titre, alors que le groupe Bolloré détient déjà une participation au capital. Les investisseurs saluent cette annonce. L'action gagne 2,6% à 36,26 euros ce lundi, parmi les meilleures performances du SBF 120.
Mais cette transformation a un coût. Les dirigeants historiques recevraient 12,7 millions de nouvelles actions, ce qui diluerait d'environ 11% la participation des actionnaires actuels. L'opération doit encore obtenir l'accord des autorités et des actionnaires, avec un vote prévu le 9 décembre. Pour le bureau d'analyse AlphaValue, cette évolution pourrait faciliter une prise de contrôle par Bolloré, même si aucune offre n'a été annoncée. Après un rebond de près de 6% sur les dernières séances, le titre progresse désormais d'environ 14% depuis le début de l'année.
Le monde d'après : la Chine fait le plein d'or
La Chine accélère ses achats d'or. Sa banque centrale a acquis 80,2 tonnes de métal précieux entre janvier et août 2026, près de trois fois plus que sur l'ensemble de l'année précédente. Et ce chiffre pourrait être largement sous-estimé. Selon la grande banque suisse Julius Baer, Pékin aurait en réalité acheté près de 190 tonnes, dont 110 tonnes non déclarées. Une estimation qui témoigne de l'appétit chinois pour le métal jaune, malgré sa récente correction en Bourse.
Derrière ces achats se cache une stratégie géopolitique. Pékin cherche à réduire sa dépendance au dollar et aux obligations américaines, notamment pour limiter le risque de gel de ses avoirs en cas de tensions avec Washington. Contrairement aux réserves placées à l'étranger, l'or conservé dans les coffres chinois échappe à ce risque. Les ménages participent aussi au mouvement, faute d'alternatives attractives entre une crise immobilière persistante et des placements bancaires peu rémunérateurs.
Cette demande pourrait soutenir durablement les cours de l'or, malgré la vigueur du dollar et la hausse des taux américains. Le métal précieux profite désormais d'un changement plus profond : les banques centrales cherchent à diversifier leurs réserves dans un monde où les tensions géopolitiques font aussi peser un risque sur les actifs financiers étrangers.
L'agenda du lundi : Wall Street face au test des résultats
La semaine s'annonce chargée à Wall Street, avec une nouvelle salve de résultats d'entreprises sur fond d'inquiétudes autour de l'intelligence artificielle. Le grand rendez-vous aura lieu mercredi soir avec Meta et Tesla. Après les récentes turbulences du secteur technologique, les investisseurs chercheront surtout à savoir si les profits des géants américains progressent suffisamment pour justifier leurs investissements massifs. Les attentes sont élevées : les bénéfices des entreprises du S&P 500 devraient bondir de plus de 30% au troisième trimestre. Dès mardi, General Motors, 3M, GE Aerospace et RTX publieront leurs comptes, avant Netflix et SpaceX dans la soirée.
La macroéconomie prendra le relais vendredi avec les premiers indices PMI d'octobre en Europe et aux États-Unis. Ces indicateurs permettront de prendre le pouls de l'activité économique et d'évaluer les risques de ralentissement. En France, Moody's rendra également son verdict sur la dette souveraine, dans un climat politique toujours tendu autour du budget 2027. L'agence maintient actuellement sa note à Aa3, avec une perspective négative. Une dégradation pourrait accentuer la pression sur les taux d'emprunt français.
Demain à la une : le CAC 40 et Netflix à l'affiche
Les résultats d'entreprises occuperont le devant de la scène demain. À Paris, trois poids lourds du CAC 40, Carrefour, EssilorLuxottica et Michelin, dévoileront leurs ventes trimestrielles. Leurs publications permettront de prendre le pouls de la consommation, du marché de l'optique et de l'activité industrielle. Aux États-Unis, Netflix publiera ses résultats après la clôture de Wall Street. Les investisseurs surveilleront particulièrement la croissance des revenus publicitaires, devenue un relais essentiel pour le géant du streaming, ainsi que l'évolution de ses marges et de l'engagement de ses abonnés.
Sur le front économique, l'Allemagne publiera à 11h son indice ZEW d'octobre, qui mesure le moral des analystes et des investisseurs sur les perspectives économiques du pays. Après une récente amélioration, le marché cherchera à savoir si ce regain de confiance se confirme, malgré les inquiétudes sur la croissance et les prix de l'énergie. Un nouveau signal sur la santé de la première économie européenne.
Le lexique : la dilution des actionnaires
En Bourse, la dilution se produit lorsqu'une entreprise crée de nouvelles actions, ce qui réduit mécaniquement la part du capital détenue par ses actionnaires actuels. Par exemple, un investisseur qui possède 10% d'une société n'en détiendra plus que 5% si le nombre total d'actions double et qu'il ne participe pas à l'opération.
Cette situation survient notamment lors d'une augmentation de capital ou lorsqu'une entreprise transforme une partie de sa dette en actions. Pour les actionnaires historiques, les conséquences peuvent être importantes : leur poids dans l'entreprise diminue, tout comme leur part des bénéfices futurs. Une dilution n'entraîne toutefois pas nécessairement une baisse proportionnelle du cours, notamment si l'opération permet d'améliorer la situation financière de l'entreprise.















