Les marchés : 1 600 milliards partis en fumée
Le CAC 40 sauve les meubles ce soir (+0,78% à 7 935 points), dans des marchés globalement baissiers au niveau mondial. En cause, un vent de panique sur les valeurs de l'intelligence artificielle. En seulement six séances, les fabricants américains de semi-conducteurs ont vu s'évaporer 1 600 milliards de dollars de capitalisation boursière. L'onde de choc frappe désormais toute la planète. À Paris, STMicroelectronics (-3,8%) et Soitec (-7,7%) dévissent ce jeudi. Schneider Electric (-2,4%) et Legrand (-1,2%) cèdent également du terrain. En Asie, le Kospi sud-coréen s'effondre de 7,6%, plombé par Samsung (-9,5%) et SK Hynix (-11,1%), on en reparle dans cette édition.
Au cur de cette déroute, une question explosive. Qui financera les investissements colossaux dans l'IA ? Les « néoclouds », ces entreprises qui construisent des centres de données pour en louer la puissance de calcul, accumulent les dettes. Et la remontée des taux d'intérêt fragilise leur modèle économique. Exemple frappant, l'américain CoreWeave croule sous environ 36 milliards de dollars de dette, avec des emprunts à plus de 15%. Son action a plongé de 15,5% hier. Même sanction pour Oracle, endetté à hauteur de 117 milliards de dollars, qui a dévissé de près de 9%.
Et les perspectives inquiètent encore davantage. Selon l'entreprise de conseil Gartner, plus de 80% des néoclouds pourraient perdre leur indépendance d'ici 2030, faute de rentabilité. Jusqu'à 3 500 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures pourraient également perdre de leur valeur. De quoi faire vaciller la confiance des investisseurs, qui s'interrogent désormais sur la rentabilité de cette course effrénée à l'IA.
Mais attention à ne pas mettre tous les acteurs dans le même panier. Microsoft et Amazon disposent de finances solides, contrairement à de nombreuses entreprises spécialisées. Le véritable danger n'est donc pas nécessairement un effondrement de la demande en intelligence artificielle, mais une crise du financement qui pourrait emporter les acteurs les plus fragiles. Autrement dit, ce n'est pas forcément l'avenir de l'IA qui est menacé, mais plutôt celui d'entreprises qui misent tout sur elle ?
Les valeurs
L'IA sous pression
STMicroelectronics (-3,76%), Schneider Electric (-2,42%) et Legrand (-1,22%) décrochent à la Bourse de Paris. En cause, un nouveau vent de défiance envers l'intelligence artificielle. La chute de l'américain CoreWeave (-15,5% hier), spécialiste des infrastructures d'IA, ravive les doutes sur le financement des gigantesques centres de données. Autre signal inquiétant : les ventes trimestrielles d'Anthropic, créateur de l'IA Claude, progressent moins vite que prévu.
De quoi alimenter les interrogations sur la rentabilité des investissements colossaux engagés dans le secteur. Schneider Electric et Legrand sont en première ligne, avec leurs équipements électriques et leurs solutions pour les centres de données. Tout le paradoxe est là : les besoins en puissance de calcul restent immenses, mais leur financement et leur rentabilité soulèvent de plus en plus de questions.
Les investisseurs commencent à faire la différence entre le potentiel de l'intelligence artificielle et les perspectives boursières des entreprises qui en profitent. Car une révolution technologique, aussi prometteuse soit-elle, ne garantit pas une hausse sans fin des cours de Bourse. Malgré le repli du jour, les trois fleurons français conservent un bilan positif depuis le 1er janvier : STMicroelectronics affiche une envolée de 84%, loin devant Schneider Electric (+10%) et Legrand (+5,5%).
Richemont
Le géant suisse, propriétaire de Cartier et Van Cleef & Arpels, envisage de participer au rachat de De Beers, l'un des leaders mondiaux du diamant naturel. Il pourrait rejoindre un consortium préparant une offre d'environ 1 milliard de dollars pour reprendre le diamantaire, mis en vente par Anglo American depuis 2024. L'enjeu est stratégique : sécuriser l'approvisionnement en diamants naturels de ses prestigieuses maisons de joaillerie, tout en renforçant son contrôle sur cette matière première essentielle.
L'opération intervient en pleine crise du diamant, un secteur fragilisé par la chute des prix et la concurrence grandissante des pierres synthétiques, bien moins chères. Avec près de 9 milliards d'euros de trésorerie nette, Richemont a largement les moyens de ses ambitions. Mais un obstacle demeure. Le Botswana, partenaire historique de De Beers, dispose d'un droit de priorité sur le rachat. Rien n'est donc joué. Pour Richemont, l'enjeu dépasse largement le prix de l'acquisition, il s'agit de renforcer sa position dans la haute joaillerie, où la rareté et l'authenticité des diamants naturels sont des atouts majeurs. Ce soir, l'action Richemont gagne 0,69% à 175 francs suisses (+3% en 2026).
Le coin des smalls : GL Events
Le spectacle continue ! Le spécialiste français de l'événementiel publie un troisième trimestre spectaculaire, avec un chiffre d'affaires en hausse de 44,3%, à 415,9 millions d'euros. Sur les neuf premiers mois de l'année, ses ventes progressent de 17,4%, à 1,38 milliard d'euros. Une performance portée par les grands événements internationaux, notamment la visite du pape Léon en France, les Jeux asiatiques au Japon, mais aussi par le dynamisme des salles de spectacles et des centres de congrès. Désormais, 55% de son activité est réalisée à l'étranger.
De quoi relever les ambitions pour 2026. GL events vise désormais une croissance annuelle supérieure à 10%, ainsi qu'une progression de son résultat opérationnel. Tout n'est cependant pas flamboyant : l'activité d'organisation de salons recule de 19,3% sur neuf mois, rappelant la dépendance du groupe au calendrier des grands rendez-vous. Mais avec des événements d'envergure mondiale et une présence internationale croissante, GL events confirme sa capacité à transformer le spectacle en moteur de croissance. Ce soir, l'action éligible au PEA-PME signe la meilleure performance de la Bourse de Paris : +28,13% à 31,20 euros (+4% depuis le début de l'année).
Le top / flop de la semaine
Le top de la semaine. Nouvelle semaine mouvementée pour 2CRSi, portée par les avancées du projet Aether, un futur site industriel dédié à l'IA. Le fabricant de serveurs évoque un potentiel commercial supérieur à 1 milliard d'euros. L'enthousiasme reste toutefois tempéré par l'attente des conclusions définitives de l'expertise indépendante lancée après les accusations d'un vendeur à découvert (voir lexique). Rendez-vous le 29 octobre pour les résultats annuels.
Le monde d'après : vent de panique en Asie
En Corée du Sud, le Kospi s'est effondré de 7,6% cette nuit, à son plus bas niveau depuis six mois, après avoir dévissé de plus de 9% en séance. La panique est telle que les échanges ont été automatiquement suspendus pendant 20 minutes pour tenter de calmer le jeu. Les géants des semi-conducteurs sont en première ligne : Samsung a plongé de 9,5% et SK Hynix de 11,1%. En octobre, le Kospi cède désormais 18,8%... L'onde de choc frappe toute l'Asie, le Nikkei japonais a abandonné 4,9% et la Bourse taïwanaise 3,4%.
L'inflation américaine est à l'origine de cette déroute. Elle accélère à 3,7% en septembre, contre 3,4% en août, ravivant le spectre de nouvelles hausses des taux d'intérêt. Un scénario particulièrement redouté par les géants de l'intelligence artificielle, qui engloutissent des sommes colossales dans leurs infrastructures. Avec des financements potentiellement plus coûteux, les investisseurs s'inquiètent de leur capacité à rentabiliser ces investissements et à maîtriser leur dette. Autre facteur aggravant : Samsung et SK Hynix viennent d'achever leurs programmes de rachat d'actions, qui soutenaient jusqu'ici leurs cours.
Face à cette dégringolade, les autorités financières sud-coréennes ont convoqué une réunion d'urgence pour tenter de rassurer les marchés. JPMorgan conserve néanmoins son optimisme sur les valeurs liées à l'IA à horizon 6-12 mois. Mais cette correction sonne comme un avertissement : après des mois d'euphorie, les promesses de croissance ne suffisent plus. Les investisseurs veulent désormais des résultats, et surtout des preuves de rentabilité.
Vendredi à la une : Schneider sur le gril
Vendredi 16 octobre, Schneider Electric sera l'une des principales attractions de la Bourse de Paris. Le géant français de la gestion de l'énergie publiera son activité du troisième trimestre. Les investisseurs surveilleront particulièrement la demande provenant des centres de données, portée par l'intelligence artificielle, mais aussi l'évolution de ses marges et de ses perspectives commerciales.
Autre publication française à suivre : Ipsen, qui dévoilera son chiffre d'affaires trimestriel. Le laboratoire devra montrer que ses principaux médicaments continuent de soutenir sa croissance, alors que les investisseurs attendent également des avancées dans son portefeuille de traitements en développement.
Enfin, Wall Street suivra les résultats de plusieurs établissements financiers, notamment Truist et M&T Bank, ainsi que ceux de l'assureur Travelers. Après une semaine marquée par l'accélération de l'inflation américaine et la remontée des taux, les commentaires des dirigeants sur la consommation, le crédit et les perspectives économiques seront particulièrement scrutés.
Le lexique : vendeur à découvert
Un vendeur à découvert est un investisseur qui parie sur la baisse du cours d'une action. Son objectif est de vendre un titre à un prix élevé pour le racheter moins cher et empocher la différence. Pour cela, il emprunte des actions qu'il vend immédiatement sur le marché, avant de les racheter ultérieurement pour les restituer à leur propriétaire. Exemple : une action vendue à 100 euros, puis rachetée à 80 euros, génère un gain brut de 20 euros.
Mais attention, si le cours grimpe au lieu de baisser, les pertes peuvent être considérables, voire théoriquement illimitées. Les vendeurs à découvert jouent un rôle important en Bourse car ils contribuent à identifier les entreprises surévaluées, mais leurs opérations peuvent aussi accentuer les mouvements baissiers.




















