Les marchés : Paris résiste, Wall Street décroche

Deux salles, deux ambiances. Le CAC 40 progresse de 0,58% à 7 873 points ce mercredi, soutenu par Danone (+2,6%), Airbus (+2%) et L'Oréal (+1,8%). À Wall Street, le climat est bien plus tendu. L'inflation américaine de septembre dépasse les attentes et ravive le spectre d'une nouvelle hausse des taux de la Fed le 28 octobre. Conséquence immédiate, les rendements obligataires remontent et les actions reculent, particulièrement dans la technologie (-1% sur le Nasdaq), très sensible au coût du financement.

La saison des résultats bancaires réserve aussi quelques mauvaises surprises. Bank of America dévisse de 7,5%, plombée par une sanction de plus de 1,2 milliard de dollars pour des manquements dans la lutte contre le blanchiment d'argent. Morgan Stanley cède 3%, malgré des bénéfices supérieurs aux attentes. À l'inverse, BlackRock s'envole de 3%, avec un chiffre d'affaires en hausse de 19% et un nouveau record d'actifs sous gestion.

En somme, les bons résultats ne suffisent plus à convaincre. Entre publications trimestrielles contrastées et remontée des taux, les investisseurs deviennent plus sélectifs. En Bourse, la priorité va désormais aux entreprises capables de préserver leurs marges et leur rentabilité malgré un financement toujours plus coûteux.

Les valeurs : Airbus progresse, Eutelsat s'envole

Le géant de l'aéronautique grimpe de 1,99% à 190,22 euros, porté par des perspectives particulièrement encourageantes. Airbus anticipe un doublement du marché mondial des services aéronautiques d'ici 2045, à 422 milliards de dollars, contre 209 milliards aujourd'hui. Maintenance, réparations, formation des pilotes, services numériques : la croissance du trafic aérien devrait faire exploser les besoins. Le nombre de passagers devrait doubler pour atteindre 10 milliards de personnes par an d'ici vingt ans. Un immense marché sur lequel l'avionneur entend renforcer sa présence.

Et les bonnes nouvelles ne s'arrêtent pas là. Face à une demande soutenue, Airbus envisage d'accélérer la production de son A350, quitte à ouvrir une nouvelle ligne d'assemblage. Le constructeur étudie également des versions agrandies de ses A350 et A220 pour mieux rivaliser avec Boeing. Avec un carnet de commandes supérieur à 9 000 avions, sa visibilité commerciale est exceptionnelle. Mais le véritable défi demeure industriel : produire davantage, maîtriser les coûts et surmonter les difficultés persistantes de certains fournisseurs. Prochain rendez-vous : les résultats trimestriels du 28 octobre, qui permettront de mesurer les progrès du groupe. Malgré cette bonne performance, Airbus cède toujours 4% à la Bourse de Paris en 2026.

Eutelsat. L'Europe face à Starlink ! En tête du SBF 120, le spécialiste français des satellites s'envole de 23,33% à 1,69 euro. À l'origine de cette flambée : l'Ukraine affirme que SpaceX, l'entreprise d'Elon Musk, a restreint sans préavis certaines fonctionnalités militaires de son réseau Starlink. Ces limitations perturbent notamment les opérations de drones ukrainiens, alors que les tensions entre Washington et Kiev s'intensifient. Cette situation remet brutalement en lumière la dépendance européenne aux technologies spatiales américaines. Eutelsat pourrait-il en profiter ? Avec OneWeb, sa constellation de plus de 600 satellites, le groupe dispose de l'une des rares alternatives à Starlink pour fournir un accès à Internet depuis l'espace.

Les investisseurs anticipent donc un intérêt croissant des États européens pour ses services, notamment dans la défense. Mais prudence, OneWeb ne peut pas remplacer immédiatement Starlink, dont le réseau compte près de 10 000 satellites. Les deux systèmes présentent des différences techniques importantes et aucune nouvelle commande liée à cette crise n'est confirmée. L'enjeu dépasse néanmoins la séance, la souveraineté spatiale devient une priorité stratégique pour l'Europe. Depuis le début de l'année, Eutelsat cède toujours 1,5% à la Bourse de Paris.

L'événement du mercredi : la Fed prise au piège ?

C'est le chiffre que Wall Street attendait. L'inflation américaine atteint désormais 3,7% sur un an, son plus haut niveau depuis cinq mois. L'essence constitue le principal moteur de cette accélération, avec une hausse mensuelle de 9,1%. Mais les tensions ne se limitent plus à l'énergie, certains services et biens de consommation deviennent également plus chers.

Pour la Fed, le dilemme est considérable. Relever les taux permet de freiner la demande et de lutter contre l'inflation. Mais cette stratégie renchérit aussi le crédit immobilier, le financement des entreprises et le coût de la dette publique. Autrement dit, combattre l'inflation risque de ralentir davantage l'économie.

Et les marchés obligataires n'ont pas tardé à réagir. Les rendements américains remontent, tandis que le dollar se renforce et que les actions reculent à Wall Street. Les investisseurs semblent désormais davantage envisager une nouvelle hausse des taux en décembre, même si cette décision est encore incertaine.

Le message est donc clair, l'inflation reste le principal obstacle à une baisse durable des taux américains. Et tant que cet obstacle persistera, les entreprises technologiques resteront particulièrement menacées ? Affaire à suivre !

Le monde d'après : ASML en surchauffe

Dans la course mondiale aux semi-conducteurs, un groupe détient une position stratégique : ASML, le fabricant néerlandais des machines indispensables à la production des puces les plus avancées. Première capitalisation européenne, il vient de publier des résultats impressionnants et relève ses objectifs pour 2026. Au troisième trimestre, son chiffre d'affaires bondit de 25%, à 11,67 milliards d'euros, et son bénéfice s'envole de 70%, à près de 5 milliards.

Le moteur de cette croissance ? L'explosion des besoins en puces pour l'intelligence artificielle et les data centers bien sûr. TSMC, Samsung, SK Hynix, Intel ou encore Micron investissent massivement pour augmenter leurs capacités de production. La demande est si forte qu'ASML estime déjà ses capacités prévues pour 2027 et 2028 insuffisantes ! Certains clients anticipent même leurs commandes jusqu'en 2029 ou 2030 pour sécuriser leurs approvisionnements.

Face à cet afflux de commandes, ASML cherche à accélérer sa production. En Bourse, l'accueil reste pourtant mesuré : le titre gagne1,7%, une partie de cette croissance étant déjà anticipée par les investisseurs. Par ailleurs, les restrictions américaines sur les ventes à la Chine constituent un autre frein. Clairement, dans la course mondiale aux puces les plus avancées, ASML est bien plus qu'un fournisseur. En position de quasi-monopole, c'est un acteur véritablement incontournable, dont toute l'industrie dépend. Son parcours boursier donne le vertige : +67% depuis janvier, +170% sur 3 ans et plus de 1 570% sur 10 ans !

Demain à la une : inflation, Chine et IA

Demain, les marchés suivront plusieurs rendez-vous importants. Aux États-Unis, les ventes au détail de septembre permettront de prendre le pouls de la consommation, principal moteur de l'économie américaine. Autre publication sensible : les prix à la production, qui donneront de nouveaux indices sur l'inflation. Toute mauvaise surprise pourrait raviver les craintes de nouvelles hausses de taux de la Fed et secouer Wall Street.

Deux géants seront également sous les projecteurs. À Paris, Pernod Ricard dévoilera ses ventes trimestrielles. Une question dominera : la demande chinoise montre-t-elle enfin des signes de reprise ? À Taïwan, TSMC, premier fabricant mondial de puces électroniques passera également sur le gril. Un véritable baromètre des investissements dans l'intelligence artificielle, dont les chiffres pourraient faire réagir tout le secteur technologique, jusqu'au Nasdaq.

Le lexique : l'IPP

L'indice des prix à la production (IPP) mesure l'évolution des prix de vente pratiqués par les entreprises pour leurs produits et services, avant qu'ils n'atteignent le consommateur final. Contrairement à l'indice des prix à la consommation qui reflète ce que paient les ménages dans les magasins, l'IPP capte les variations de prix en amont de la chaîne économique, au niveau des usines, des grossistes et des producteurs.

Cet indicateur est particulièrement surveillé par les banques centrales car il permet d'anticiper les pressions inflationnistes futures : lorsque les coûts de production augmentent pour les entreprises, celles-ci ont tendance à répercuter ces hausses sur les prix de vente aux consommateurs dans les mois suivants. L'IPP constitue donc un signal avancé de l'inflation, offrant un aperçu précieux de la dynamique des prix dans l'économie.