Le premier tour de l'élection présidentielle 2022 a eu lieu dimanche 10 avril 2022, et les Français ont livré leur verdict. Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont donc en lice pour gouverner la France lors des cinq prochaines années. MoneyVox fait le point sur le programme des deux candidats en matière de logement.

Et si on parlait d'immobilier ? Le sujet n'a pas vraiment été au centre des discussions lors des débats précédant le premier tour de l'élection présidentielle 2022. Pourtant, du besoin de logements sociaux à la rénovation énergétique en passant par l'accès à la propriété, l'immobilier du futur pose de nombreuses questions, auxquelles le prochain président de la République devra répondre. Moneyvox fait le point des mesures proposées par Emmanuel Macron et Marine Le Pen sur le sujet.

Logements sociaux : construction contre préférence nationale

Au sujet du logement social, Marine Le Pen souhaite une « priorité nationale dans l'accès aux logements sociaux, notamment pour les policiers et leurs familles. » Sous sa présidence, les délinquants seront également privés de logements sociaux. La candidate Rassemblement National inscrit enfin dans son programme la construction de 100 000 logements sociaux par an, dont 20 000 en faveur des étudiants et jeunes travailleurs.

De son côté, Emmanuel Macron a mis du temps à proposer ses mesures pour 2022, préférant d'abord défendre le bilan de ses cinq dernières années au pouvoir. Selon cet article des Échos, 94 000 agréments pour des logements sociaux ont été comptabilisés en 2021, après un « creux » à 87 000 en 2020, contre 120 000 annoncés avant le quinquennat. « On ne peut pas se satisfaire de la situation actuelle et on doit produire plus », a reconnu le président-candidat, qui promet désormais 125 000 logements sociaux chaque année.

Des chiffres proches de l'incantation qui peinent à convaincre Julien Chenet, fondateur de Cautioneo qui a mené une étude sur les programmes présidentiels des différents candidats : « Sur les logements sociaux, on dit qu'on va le faire sans expliquer comment. Or, le manque de logements est l'un des principaux sujets aujourd'hui. Des chiffres sont annoncés, mais on voit bien que les objectifs ne sont jamais tenus. »

Rénovation énergétique : 700 000 logements par an ?

Sur le sujet de l'écologie et de la rénovation, les deux candidats restants ne sont pas les plus démonstratifs. Emmanuel Macron annonce la rénovation de « 700 000 logements par an sur cinq ans, avec des solutions proposées à tous les Français, dont certaines sans aucune avance de frais. » Le candidat devrait continuer dans la lignée de son précédent quinquennat avec l'extension de son dispositif FranceRénov' (MaPrimeRénov', Mon Accompagnateur Rénov').

De son côté, la candidate RN souhaite lancer « un plan de réhabilitation de l'habitat ancien grâce à des aides efficaces ». Marine Le Pen veut par exemple allouer les 25 milliards d'euros prévus pour les éoliennes en mer à des subventions pour le remplacement de chaudières au fioul. Elle prône aussi un produit d'épargne « Logement vert », pour financer la rénovation lors d'un achat. En revanche, elle estime que l'interdiction à la location des passoires thermiques n'a pas de sens.

Crédit conso : un nouveau prêt très spécial pour la rénovation énergétique

La rénovation énergétique pose en effet des questions de faisabilité, alors que beaucoup d'acteurs du secteur jugent ce chiffre de 700 000 rénovations irréalisable. « Il faut donner le temps au parc privé de se transformer, estime Maël Bernier, porte-parole du courtier Meilleurtaux, interrogée par Cautioneo. Sur la transition énergétique, il faut prévoir un plan sur du long terme. Et rappelons-le, même si ça peut faire grincer des dents, mieux vaut un logement pas tout à fait « écolo » que pas de logement du tout. »

Un point de vue partagé par Century 21, pour qui il manque déjà actuellement « entre 500 000 et 800 000 logements en France. » Alors que les nouvelles mesures de la loi Climat excluent de la location les logements classés F et G à partir de 2023, les professionnels de l'immobilier craignent une grosse pénurie de biens dans les années à venir.

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L'accès à la propriété, un sujet qui divise

Sur le volet de l'accès à la propriété, deux visions s'opposent assez clairement. Marine Le Pen mise ainsi sur une France propriétaire, en proposant un prêt à taux zéro d'un montant de 100 000 euros maximum aux couples de moins de 30 ans (dont l'un des membres au moins est français). Ce prêt pourrait ainsi compléter les prêts immobiliers classiques. « Et pour encourager les projets familiaux, le capital restant dû sera transformé en don à la naissance de leur troisième enfant », ajoute-t-elle dans son programme.

Marine Le Pen est également en faveur « de la portabilité des prêts immobiliers du vendeur à l'acheteur » et milite pour « rendre les prêts immobiliers portables d'un bien à un autre. » Une volonté difficile à mettre en place selon Julien Chenet. « Cela pourrait permettre de lutter contre la hausse des taux et de permettre à la personne qui rachète de profiter de conditions de crédit intéressantes, condède-t-il. Mais aujourd'hui, pour octroyer un crédit, on se base sur l'endettement des personnes, pas sur la valeur du bien. Donc cela me semble compliqué à mettre en place rapidement. »

Achat immobilier : accéder à la propriété, est-ce de plus en plus galère ?

Le son de cloche est effectivement différent chez Emmanuel Macron sur la question de l'accès au logement. Xavier Lépine, le « monsieur logement » du candidat pour cette campagne explique dans Le Monde que le candidat LREM n'est pas en faveur « de la propriété pour tous, plutôt d'aider les Français à se loger dans leur parcours résidentiel. »

Une aide qui s'appliquerait donc « aux locataires du parc social, du parc privé ou aux propriétaires pour ceux qui le souhaitent et le peuvent ». Emmanuel Macron souhaite en revanche mettre en place « une caution publique pour les loyers impayés. » Une nouvelle extension du dispositif Visale, alors que ce dernier avait déjà été étendu en juin 2021 à l'ensemble des salariés gagnant moins de 1 500 euros nets par mois.

Le patron de Cautioneo est cependant dubitatif sur ce point. « Avec cette caution pour tous, on revient à ce qui existait il y a quinze ans, avec la GRL (Garantie des risques locatifs). Mais à l'époque, ce dispositif avait rencontré peu d'adhésion. Il y a une logique de confiance dans le rapport locatif, qui n'est pas seulement une histoire de garantie de loyers. »

Les trois propositions principales de chacun des candidats

Le 30 mars 2022, le Cercle des managers de l'Immobilier organisait un débat avec les représentants des cinq partis en tête des sondages. Étaient ainsi présents Isabelle Le Callennec (Les Républicains), Benjamin Cauchy (Reconquête), Benoît Timarche (La France Insoumise), Franck Allisio (Rassemblement National) et Marjolaine Meynier-Millefert (La République En Marche). Chacun a donné, au nom de son candidat, trois propositions pour le logement. Voici celles des deux candidats finalistes.

Emmanuel Macron

1 - Accélérer la rénovation énergétique notamment sur les logements vacants, et continuer à construire là ou c'est nécessaire

2 - Avoir une vision du logement comme socle social en se basant sur les mesures déjà prises (suppression de la taxe d'habitation, consolidation de la loi SRU)

3 - Redonner du pouvoir au niveau local, faire que les élus locaux redeviennent acteurs des problématiques du logement

Marine Le Pen

1 - Redonner de l'oxygène aux petits propriétaires, en mettant en place une fiscalité moins confiscatoire (Suppression de l'IFI, pas d'augmentation de la taxe foncière)

2 - Prioriser l'accès aux logements sociaux, mais aussi les aides aux logements, aux Français et sortir les délinquants des logements sociaux

3 - Pour faciliter l'accès à la propriété, mise en place d'un prêt public à taux zéro sur 10 ans, d'un montant de 100 000 euros maximum, avec la possibilité d'adosser ce prêt à un prêt classique. Après le troisième enfant, le reste à payer de ce prêt serait offert.