Après les déficits historiques provoqués par la crise sanitaire, le retour à l'équilibre de la Sécu doit être planifié « sur un horizon de moyen terme qu'il semble raisonnable de fixer à 10 ans », selon un rapport commandé par Matignon et consulté jeudi par l'AFP.

Dix ans pour remonter à la surface. Plongée par le Covid dans des abysses (38,7 milliards de pertes en 2020), la Sécurité sociale n'est pas près de sortir la tête de l'eau. Les comptes ont beau se redresser plus vite que prévu (-25 milliards en 2021 selon le gouvernement, au lieu des -33 milliards prévus), miser sur la seule reprise économique « serait un pari peu crédible », affirme le Haut conseil du financement de la protection sociale (HCFiPS) dans un rapport remis cette semaine au Premier ministre, Jean Castex.

Cet organisme juge « raisonnable » de viser « un rétablissement sur un horizon de 10 ans » en actionnant plusieurs leviers. A commencer par la « maîtrise indispensable des dépenses », surtout dans le champ de la santé.

Pas question pour autant de ressortir le rabot budgétaire : le rapport préconise plutôt de pousser enfin les feux sur la prévention, la « réorganisation de l'offre de soins », la « lutte contre les fraudes » et les « frais de gestion » des mutuelles.

En matière de retraites, le HCFiPS met en garde contre un gel des pensions « difficilement envisageable » sur le plan social et suggère de « privilégier » un report de l'âge légal de départ, plus rentable « sur le long terme ». Mais cela ne suffira sans doute pas, et une éventuelle augmentation d'impôts ou de cotisations ne devrait pas être « un tabou », même si « les marges de manœuvre sont limitées » dans un pays au taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés au monde. Certaines hausses pourraient toutefois être « justifiées pour modifier les comportements », par exemple sur le tabac, l'alcool ou encore « l'alimentation transformée ».

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A l'inverse, le rapport ne considère « pas souhaitable » de réduire les ressources par « de nouvelles baisses ou exonérations » - qui devraient en théorie être compensées par le budget de l'Etat. Un message qui a peu de chances d'être entendu en pleine campagne présidentielle, alors que candidats déclarés et ministres en exercice rivalisent de propositions pour « baisser les charges ».