Le projet de budget de l'Etat et celui de la Sécurité sociale seront présentés en conseil des ministres, après avoir été soumis pour avis au Haut conseil des finances publiques (HCFP). Le Premier ministre a fait état d'un budget « offensif », avec un « effort » d'économies massif de 54 milliards d'euros. Il a promis des mesures qui seront « pour beaucoup, réversibles par la nouvelle majorité qui sortira des urnes » après l'élection présidentielle.

Sébastien Lecornu a multiplié les gestes politiques ces derniers jours pour tenter de rallier une majorité parlementaire, dans l'espoir d'éviter la censure. Après avoir proposé dans un courrier aux parlementaires socialistes de bâtir un compromis, comme l'an dernier, il a écrit à ses soutiens pour leur demander de « travailler » avec « ceux qui ne partagent pas toutes (leurs) convictions ».

Mais le Premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure s'est montré à nouveau très peu enclin à un compromis samedi. « Si rien ne change, nous censurerons » le gouvernement, a-t-il assuré dans un entretien à La Tribune Dimanche.

« Spirale » de la dette

Depuis des mois, le gouvernement appelle à adopter un budget d'ici la fin de l'année, faisant appel à la responsabilité des forces politiques pour éviter des conséquences difficiles, dont une dérive de la charge d'intérêt de la dette, estimée par le gouvernement à 65 milliards d'euros en 2026.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure a appelé la semaine dernière à « faire des choix » pour éviter « une spirale » de la dette. Le gouvernement prévoit que l'endettement de la France atteigne un niveau record en 2027, de 121,7% du produit intérieur brut (PIB). Il table sur un déficit public de 5,4% en 2026, en hausse par rapport aux 5,1% de 2025, et de 5% en 2027.

L'équation est rendue difficile par la faible croissance, avec un PIB qui a reculé de 0,2% au premier trimestre et a stagné au second, sous le coup de la guerre au Moyen-Orient et des canicules de l'été.

Pour tenter d'assainir les finances publiques, le gouvernement a déjà expliqué vouloir donner un sérieux coup de frein aux dépenses dans le budget, en premier lieu celles de l'Etat. Plusieurs ministères devront contribuer, dont celui du Travail à hauteur de 2,5 milliards d'euros.

Il veut aussi geler le point d'indice des fonctionnaires, une mesure très mal accueillie par la fonction publique, appelée à la grève mardi dans un contexte de crise du pouvoir d'achat.

Outre la baisse des dépenses, le gouvernement veut aussi augmenter les recettes fiscales. Le Premier ministre a écarté toute « hausse généralisée d'impôts ». Mais le budget prévoit d'augmenter les prélèvements obligatoires, à 44,2% du PIB contre 43,9% en 2026, surtout grâce à la réduction de certaines niches fiscales.

Les retraités visés

Sébastien Lecornu laissera au Parlement le soin de trancher certaines mesures, concernant notamment les retraités, sujet hautement inflammable. Sur ce front, il envisage notamment de ramener à 3 000 euros le plafond de l'abattement fiscal dont bénéficient les retraités, contre un maximum de 4 439 euros actuellement, selon une source au sein de l'exécutif. Il réfléchit aussi à un gel ou une sous-indexation par rapport à l'inflation de certaines pensions de retraite.

Le gouvernement, qui se livre actuellement à ses derniers arbitrages, envisagerait aussi de s'attaquer à l'exonération fiscale de certains arrêts maladie. Selon Les Échos, il voudrait aussi limiter les exonérations de cotisations patronales.

Faute de majorité à l'Assemblée, le gouvernement disposerait de deux options pour faire passer le budget : l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, qui lui permet d'adopter un texte sans vote en s'exposant à une censure, et l'ordonnance budgétaire.

Autre scénario, une loi spéciale, qui permet de reconduire les recettes de l'année précédente. Mais le gouvernement veut à tout prix l'exclure. Une loi spéciale prolongée « exposerait le pays à des difficultés certaines », a averti l'Inspection générale des finances (IGF), dans un rapport publié en août.