Certains métiers sont d'ores et déjà touchés de plein fouet par l'intelligence artificielle. « Ça a commencé en 2024, où vraiment, j'ai senti une vraie baisse des commandes », témoigne auprès de l'AFP Silke Trontin, une ancienne traductrice devenue récemment assistante de direction dans la biotech Neurofit à Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg.
« Des clients qui me disaient : « finalement, on n'aura plus besoin de vos services, on va se débrouiller en interne ». Donc j'ai essayé de questionner un petit peu, et puis ils m'ont rapidement fait comprendre qu'ils allaient faire appel à l'IA qui était plus rapide et moins chère, explique cette femme de 53 ans qui a vu son travail de traduction se transformer en travail de post-édition d'une IA et son revenu diminuer d'un tiers, avant de changer de métier.
L'emploi des jeunes affectés
A l'échelle macro-économique, les ajustements liés à l'IA affectent déjà l'emploi des jeunes aux États-Unis, mais aussi en France, rapporte l'Insee dans une note de conjoncture publiée mardi.
En France, au quatrième trimestre 2025, l'emploi salarié des 15-29 ans (hors alternants) a reculé en glissement annuel « de 7,4% dans les activités informatiques, de 5,8% dans l'édition, et de 3,7% dans les activités de conseil en gestion, quand l'emploi salarié privé de l'ensemble du secteur marchand non agricole baisse de 0,7% », précise l'Institut.
« Comme aux États-Unis, ces résultats semblent suggérer que l'ajustement de l'emploi vis-à-vis de l'IA se concrétise d'abord par un ralentissement des entrées et des recrutements sur les positions de début de carrière plutôt que par une contraction généralisée », selon l'Insee.
Dans une note parue le 19 mars, Oxford Economics affirme qu'« un avenir dystopique d'une destruction massive d'emplois par l'IA et de travailleurs se disputant un nombre en diminution d'emplois peu qualifiés est improbable ». Il y a par ailleurs « beaucoup de preuves que l'IA augmente la productivité en aidant les salariés à mieux faire leur travail », relève ce cabinet d'économistes.
Un emploi sur six menacé
Aujourd'hui, l'IA soutient la croissance au niveau mondial en augmentant l'investissement dans la R&D et les centres de données, mais ces investissements restent très concentrés aux États-Unis et, dans une moindre mesure, en Chine, explique une autre note, de Capital Economics, parue le 20 mars.
Le développement de l'IA « n'en est qu'à ses débuts, ses effets économiques les plus importants restent à venir », explique ce cabinet. D'ici quelques années, les agents conversationnels ne se limiteront plus à fournir une réponse à une question : ils exécuteront une série de tâches de manière autonome. Les « agents » d'IA pourront alors par exemple gérer une chaîne d'approvisionnement, évaluer des risques financiers ou encore développer des logiciels de manière autonome.
Les « agents » d'IA pourront alors par exemple gérer une chaîne d'approvisionnement, évaluer des risques financiers ou encore développer des logiciels de manière autonome
Cette IA dite « agentique » affectera alors « de façon disproportionnée les métiers essentiellement constitués de tâches cognitives, par opposition à des tâches manuelles, et non routinières, c'est-à-dire qui ne font pas forcément l'objet de procédures précises et qui font beaucoup appel au jugement, à l'interprétation », explique à l'AFP Axelle Arquié, une économiste qui a cofondé l'Observatoire des métiers menacés et émergents.
Elle est coautrice d'une étude de la Coface à paraître le 1er avril, selon laquelle un emploi sur six (soit 5 millions d'emplois en France) sera ainsi automatisable d'ici trois ou quatre ans. Certaines « familles de métiers comme le droit, la finance, l'informatique, sont les plus exposées », relève-t-elle.
Il s'agit des « travailleurs appartenant aux catégories socio-professionnelles avec les déciles de revenus les plus élevés et qui sont allés au bout des formations les plus longues », précise Aurélien Duthoit, économiste à la Coface et autre coauteur de l'étude.
Même partiellement compensées par des créations de nouveaux emplois, ces destructions d'emplois bien payés pourraient avoir des conséquences dramatiques pour les finances publiques par une diminution des recettes en cotisations et « faire exploser toute la sécurité sociale », craint Axelle Arquié.





















