Tous versants confondus, 14 200 fonctionnaires (hors militaires) sont partis à la retraite pour invalidité l'an dernier, soit 38% de plus qu'en 2024, selon le rapport annuel sur l'état de la fonction publique. Ces départs expliquent à eux seuls plus de la moitié de la hausse de 7% des départs à la retraite de fonctionnaires, qui avaient reculé en 2024 (-14%).

Dans les fonctions publiques territoriale et hospitalière, la hausse dépasse même 50%, et le nombre de départs pour invalidité (11 862) est au plus haut depuis au moins 2000, selon les données de la Caisse des dépôts.

Le recul de l'âge de départ en question

La réforme Borne de 2023, qui a commencé à repousser l'âge légal de départ des fonctionnaires à 64 ans, pourrait paradoxalement avoir poussé vers la retraite pour invalidité des agents trop usés pour travailler plus longtemps.

Interrogée par l'AFP, la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) n'écarte pas totalement cette hypothèse. Elle estime que « compte tenu du vieillissement de la population et du relèvement de l'âge de départ à la retraite, il est logique que le nombre de départs à la retraite pour invalidité augmente tendanciellement ».

La Caisse des dépôts, qui gère la caisse des retraites des fonctionnaires territoriaux et hospitaliers, avait déjà estimé début 2025 que les réformes des retraites successives « ont pu contribuer à générer des départs plus nombreux en invalidité ». Notamment « en relevant l'âge d'ouverture des droits et en durcissant les conditions d'accès à une retraite à taux plein », soulignait-elle.

La DGAFP juge toutefois « difficile de commenter plus en détail le chiffre de 2025 » et préfère attendre un ou deux ans pour savoir si l'importante hausse se confirme.

« La solution facile »

Sylviane Brousse, coordinatrice de la CGT Fonction publique, affirme à l'AFP avoir alerté depuis plusieurs années sur le phénomène. Elle cite parmi les causes possibles de cette hausse « l'allongement de l'âge de départ à la retraite, puisqu'il y a une certaine usure ».

Mais pour la syndicaliste, la hausse tient aussi aux employeurs, qui utiliseraient la mise en retraite pour invalidité comme un moyen de « réduire la masse salariale ». « La solution facile, c'est de proposer des retraites pour invalidité dès qu'il y a une restriction de poste », affirme-t-elle. « C'est bien plus pratique que de vouloir reclasser les agents. »

Selon elle, le dispositif censé préparer en un an le reclassement sur un autre poste des agents devenus inaptes n'est « quasiment pas mis en œuvre ».

Partis avant 58 ans en moyenne

Un fonctionnaire jugé dans l'incapacité de reprendre ses fonctions est mis à la retraite par anticipation, avec une pension calculée sur ses années de service, complétée par une rente si l'invalidité résulte du service. La fonction publique d'État est peu touchée par ces départs pour invalidité (6% des départs), contre 18% dans la territoriale et 15% à l'hôpital.

Les fonctionnaires concernés sont partis en moyenne à 57,6 ans, contre 63 ans pour ceux partis pour vieillesse. Plus de deux sur trois sont des femmes (68% contre 63% pour l'ensemble des départs). En 2018-2019, un précédent pic dans la fonction publique territoriale et hospitalière semblait d'abord tenir, selon la Caisse des dépôts, à « une réduction du stock des dossiers » en attente de traitement.

La réforme de 2023 est suspendue depuis le 1er septembre 2026 et jusqu'au 1er janvier 2028, l'âge légal étant gelé à 62 ans et 9 mois pour les générations concernées.