« Le fait que les ouvriers partent en moyenne plus tôt à la retraite ne permet pas de compenser, d'une part leur plus faible espérance de vie, et d'autre part leur plus forte exposition » aux problèmes de santé et à la perte d'autonomie, résument Julien Blasco et Ulysse Lojkine, dans cette étude publiée dans la revue Economie et statistique, et éditée par l'Insee, à partir de données françaises de 2009 à 2019.

Ainsi, sur la période 2017-2019, un ouvrier de 30 ans peut s'attendre à passer 18,9 années en retraite, soit 3,5 ans de moins qu'un cadre. Mais son espérance de retraite sans incapacité est de seulement 9,3 années, soit 4,9 ans de moins qu'un cadre. L'incapacité renvoie à des « limitations durables dans les activités quotidiennes pour raison de santé ».

L'espérance de durée de retraite d'une femme de 30 ans est de 24,3 ans, dont 12,2 ans passées sans incapacité

Les inégalités sont pires lorsqu'on s'intéresse au niveau de diplôme : « un homme sans diplôme peut s'attendre à vivre 4,9 ans de retraite de moins qu'un diplômé du supérieur, mais 5,7 années de moins en retraite sans incapacité », écrivent les chercheurs.

Chez les femmes, l'écart entre une employée et une cadre est de 1,3 an en termes d'espérance de retraite, mais de 3,0 ans pour la retraite sans incapacité. Toutefois l'écart entre une ouvrière et une cadre n'est pas significatif.

Une diplômée du supérieur peut elle espérer passer 5,2 ans de plus en retraite, et même 6,6 ans de plus en bonne santé, par rapport à une femme sans diplôme.

Toutes classes sociales confondues, l'espérance de durée de retraite d'une femme de 30 ans est de 24,3 ans, dont 12,2 ans passées sans incapacité. Un homme peut lui espérer passer 20,2 ans en retraite, dont 10,8 ans sans incapacité.

L'avantage des femmes « est donc bien plus faible en matière d'espérance de vie sans incapacité (1,4 ans) qu'en matière d'espérance de vie à la retraite (4,1 ans) », observent les auteurs.

En comparant deux périodes, 2009-2013 et 2017-2019, les auteurs montrent que l'espérance de retraite passée sans incapacité s'est globalement améliorée mais que l'écart entre les diplômés du supérieur et les titulaires du baccalauréat ou moins s'est creusé, en matière d'espérance de retraite totale comme de retraite en bonne santé.