Lancée en 2018, Swoon a cessé ses activités cet été, provoquant l’inquiétude, parfois la colère, de certains clients ayant investi sur un placement proposé par la fintech lilloise. Son président, Quentin Haddouche, a accepté de répondre à nos questions. Il se veut rassurant, mais demande du temps.

Un lancement grand public prévu fin 2018, mais sans cesse repoussé ; un placement présenté comme un « livret » mais qui n’en est pas vraiment un ; des dépôts qui tardent à être restitués à leurs propriétaires… Depuis plusieurs mois déjà, la fintech lilloise Swoon suscite une certaine inquiétude chez ses clients. Deux récentes nouvelles ont définitivement mis le feu aux poudres : celle, d’abord, de la mise en liquidation judiciaire, de Swoon SAS le 26 juillet dernier ; puis l’annonce de l’arrêt des activités de Swoon Europe à destination des particuliers, le 12 août 2021.

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Depuis, c’est un vent de panique. Sur le forum de MoneyVox, une vingtaine de clients, au moins, ayant placé de l’argent sur le « Livret Swoon », un placement rémunéré à 3% brut, ont exprimé leur crainte de ne jamais revoir leur pécule. Leurs difficultés aussi à comprendre la situation. Dernière péripétie en date, l’adresse mail destinée à recevoir leur demande de restitution a été un temps hors service, vendredi dernier, avant d’être remise en ligne.

Deux sociétés distinctes

Certains se sont tournés vers Maître Mickaël Aras, en charge de la liquidation de la SAS Swoon, lui envoyant demandes d’aide et déclarations de créances. Ce dernier leur a répondu, mardi 31 août, dans un courrier diffusé par mail. « Cette société n’est pas débitrice vis-à-vis des clients que vous êtes », explique notamment le mandataire judiciaire. « En revanche, les comptes sont gérés par la société Financière de Garantie et c’est cette société qui doit vous restituer les sommes placées selon les conditions générales que vous avez acceptées en plaçant votre argent. »

Swoon SAS, Financière de Garantie. Les deux sociétés ont un point commun, entre autres : leur président, Quentin Haddouche. Jusqu’ici, ce dernier n’avait pas publiquement pris la parole pour expliquer la situation. Il a accepté de répondre à nos questions.

« Le sujet, c’est le temps »

Première confirmation : la Financière de Garantie, qui dispose d’un agrément d’intermédiaire en opérations de Banque et en Service de Paiement (IOBSP), est bien la société qui doit restituer aux épargnants concernés les sommes placées sur le « Livret Swoon ». Et, contrairement à la SAS Swoon, elle n’est pas en état de cessation de paiements. Quentin Haddouche le confirme : « La Financière de Garantie existe toujours et elle va continuer sa route une fois que cette histoire sera terminée. »

Il se veut donc rassurant : « L’objectif est bien de récupérer l’intégralité de l’argent et de le restituer aux clients. Certains, que l’on n’entend pas, ont déjà été remboursés, totalement ou en partie. Ils le seront tous. Le sujet, c’est le temps. » Le président de la Financière de Garantie demande en effet de la patience aux épargnants concernés, qui sont « moins de 500 », estime-t-il sans vouloir être plus précis. Combien de temps ? « Pas 10 ans », promet-il, « mais pas 10 jours non plus, ce serait malhonnête de ma part. Dans les semaines à venir, certains clients seront rassurés ».

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La pilule, toutefois, est difficile à avaler. En présentant son placement comme un « livret », Swoon a attiré des clients à la recherche d'un produit sûr et liquide. Ce n'est pas le cas. Quentin Haddouche confirme que l'argent investi a été utilisé « pour accompagner des petites structures ». En clair, il a été prêté à des TPE et PME de l'économie réelle, sous la forme de produits de type obligataire, « avec actes sous seing privé et un collatéral en guise de garantie », explique-t-il. Les restitutions ne pourront donc se faire qu'au fur et à mesure du remboursement des créances par les entreprises financées.

La disponibilité des fonds a été « assurée pendant plus de deux ans », tient toutefois à rappeler Quentin Haddouche. Swoon y a renoncé en 2020, « pour préserver le taux d’intérêt et prévenir certains comportements ». Il affirme que les clients en ont été informés et qu'ils ont bénéficié d'un délai de six mois pour récupérer leurs fonds avant le changement de fonctionnement.

Des risques de poursuites

Concernant le manque de communication reproché par certains clients, Quentin Haddouche relativise. « Nous avons toujours expliqué tout cela aux clients qui nous contactaient. Parfois, des choses dites étaient mal interprétées », regrette le fondateur de Swoon, qui poursuit : « J’ai un peu l’impression qu’on cherche le nouveau Madoff, on est à des années-lumière de cela (…). Nous avons toujours agi de manière honnête et la plus transparente possible. »

Il n'empêche : certains clients évoquent clairement, sur le forum MoneyVox notamment, leur intention de porter l'affaire devant les tribunaux s'ils ne récupèrent pas rapidement leur argent. « Si je dois m’expliquer devant la justice, je le ferai évidemment. Je ne cherche pas à me défiler », annonce le patron de Swoon.