Pour les particuliers investisseurs, les taux sont alléchants : 8,50% pour faire crédit à un centre dophtalmologie à Tournon sur Lendopolis, 8,10% pour prêter à Locatou sur Credit.fr, ou encore 8% en moyenne pour financer le réseau de carrossiers Axial sur Unilend, pour ne citer que des projets en cours. Une rémunération élevée, contrepartie du risque encouru par les prêteurs, qui savent quils ne sont pas à labri dun défaut de remboursement.
Il nempêche. Du point de vue de la PME emprunteuse, ces taux interloquent : la Banque de France estime à 2,16% le taux moyen de crédit aux entreprises en décembre 2015 (1). Cette moyenne cache bien évidemment dimportantes disparités, mais comment expliquer un tel écart avec les plateformes de crowdlending ?
« Rien de comparable avec du crédit bancaire »
La parole à ceux qui rendent possible ces prêts de particuliers à entreprises, les plateformes de crowdlending : « Rien de comparable avec du crédit bancaire ! », coupe demblée Nicolas Lesur, fondateur dUnilend. « Ce nest pas la même typologie demprunt : les banques ne financent pas de limmatériel sur 36 mois ! Nos taux sont plus à comparer avec ceux du marché du leasing [aussi appelé crédit-bail, NDLR]. »
Olivier Goy, président de Lendix : « Les entreprises acceptent un taux plus élevé si elles peuvent disposer de largent rapidement, plutôt que dattendre 3 mois pour avoir les fonds auprès dune banque. » Et le fondateur de Lendix dinsister sur la complémentarité des professions : « On ne remplacera pas les banques. Nous fonctionnons sans caution, sans garantie, alors quelles partent avec ceintures et bretelles. Nous faisons du gris : du prêt rapide, à court terme. »
5àSec : « 5,5%, oui cest un taux dintérêt élevé »
Quen disent les entreprises ayant emprunté sur ces plateformes ? Premier constat : alors que les fondateurs de plateformes se montrent toujours volontaires pour communiquer, il savère plus difficile dobtenir une réponse rapide de la part des emprunteurs. Certaines entreprises acceptent tout de même dévoquer le sujet. Cest le cas de 5àSec, société aux 85 millions deuros de chiffre daffaires, aux 300 magasins en succursales, pour près de 2.000 magasins (franchises comprises) affichant lenseigne dans le monde.
Un profil dentreprise obtenant aisément un crédit bancaire ? « La société est passée par une restructuration, afin de nous désendetter : les résultats 2014 faisaient apparaître un fort endettement, ce qui nest plus le cas dorénavant », explique le président de 5àSec, Nicolas Boucault, qui a sélectionné Lendix par « connaissance » du fondateur (2). « Or les banques réclament des résultats positifs sur une plus longue période pour emprunter : elles établissent leur jugement sur deux bilans, le deuxième est satisfaisant, pas le premier. »
Une opération de communication
Malgré cela, 5àSec affirme posséder dautres sources de financement. Or, à lautomne dernier, cette société a emprunté 200.000 euros à 5,5% sur Lendix pour « financer une partie de la rénovation et de la nouvelle identité visuelle » de 20 succursales en France. « Oui, cest un taux dintérêt élevé », reconnaît Nicolas Boucault. « Cest le prix que jétais prêt à payer pour diversifier notre financement, pour la rapide disponibilité des fonds. » Il affirme par ailleurs que cette collecte a « des effets collatéraux » positifs : « Il y a eu des articles dans la presse quotidienne économique : or le lectorat des Echos [représente] notre clientèle la plus consommatrice. »
Largument « opération communication » est repris par Valorem. Ce « producteur dénergies vertes » affiche un profil de PME pouvant aisément accéder au crédit bancaire, avec un chiffre daffaires de plusieurs dizaines de millions deuros, en augmentation. Mais Valorem a déjà réalisé trois campagnes sur Lendosphère pour financer des parcs éoliens : deux collectes de 110.000 euros, et une de 750.000 euros, à 5%. « Cela permet dintéresser un nouveau public à léolien », plaide Claudio Rumolino, chargé de mission éolien participatif chez Valorem, et notamment de sensibiliser les riverains. Ainsi comme à laccoutumée sur Lendosphère, ces derniers profitent dun taux bonifié.
Valorem : remplacer les fonds propres
Un taux dintérêt de 5% ou plus, cela reste cher pour une simple opération de communication. Là encore, Claudio Rumolino évoque un financement complémentaire au crédit bancaire : « Un parc éolien coûte 10 à 30 millions deuros », avec généralement 80% de dette bancaire et 20% de fonds propres. Or largent collecté par le crowdlending, rapidement disponible, peut être utilisé comme des fonds propres.
Pour le projet de 750.000 euros, qui concernait un parc existant, Valorem a utilisé la collecte dans le cadre dun « jeu d'écritures comptables » pour libérer des fonds propres immobilisés depuis plusieurs années. Pour deux autres collectes, le prêt participatif a permis de financer les études préalables à limplantation des parcs, car « les banques ne financent pas ces travaux préalables », précise Claudio Rumolino.
Des entreprises boudées par les banques
Si, à limage de 5àSec et Valorem, de nombreuses sociétés font appel au crowdlending en complément dun financement bancaire classique, dautres le font par dépit. La société familiale Sagil, qui possède une boutique de luxe (joaillerie, art de la table, etc.) rue de Rivoli à Paris, peut revendiquer ancienneté (création en 1938) et chiffre daffaires élevé (9 millions deuros). Mais la société affiche un endettement de plus de 2 millions deuros et un « dépassement de découvert » la empêché davoir accès au crédit bancaire selon Albert Ohayon, co-dirigeant de Sagil, qui souligne la frilosité des banques. La société a donc emprunté 200.000 euros fin 2015 sur Unilend pour « optimiser son cycle dexploitation » et « couvrir le délai de paiement » de certains clients. A 9,2% ! Un taux quAlbert Ohayon reconnaît comme « élevé » mais il navait « pas le choix ».
Les rendements élevés peuvent ainsi cacher des motivations différentes. Si les plateformes revendiquent une sélection drastique des dossiers, la documentation mise à disposition des prêteurs doit les guider dans leur choix. Les principales plateformes livrent ainsi les derniers résultats de lentreprise (ou une étude prévisionnelle), une analyse détaillée du projet voire parfois un petit texte expliquant « pourquoi cette entreprise va vous rembourser ». A linvestisseur de prêter en connaissance de cause.
(1) Pour les emprunts de moins dun million deuros des sociétés non financières.
(2) Dirigeant de Lendix, Olivier Goy est par ailleurs président du conseil de surveillance de 123Venture, société de gestion indirectement présente au capital de 5àSec, via Rive Private Investment.




















