La volte-face fiscale du gouvernement ce week-end a montré à quel point l'épargne était un domaine sensible pour les Français, qui gardent jalousement un bas de laine parmi les mieux remplis au monde.

La France affichait en 2012 un taux d'épargne des ménages de 15,6% du revenu disponible brut, selon l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), soit l'un des plus élevés d'Europe. Ce taux était la même année de 10,95% pour la moyenne des 27 pays de l'Union européenne (source : Eurostat). En zone euro, seuls les Allemands épargnent plus que les Français.

Pour donner un ordre de grandeur, l'Insee a calculé que le patrimoine net accumulé par les ménages français pesait fin 2011 un peu plus de 10.300 milliards d'euros, ce qui équivaut à plus de huit années de leurs revenus. Cette épargne est investie aux deux tiers dans des actifs dits « non financiers », essentiellement la pierre. Le solde est l'épargne dite « financière »: livrets, plans d'épargne en tous genres, dépôts, portefeuilles d'actions ou obligations, ou encore contrats d'assurance-vie.

« L'épargne, en France, est avant tout culturelle »

C'est dans ce bas de laine que le gouvernement a voulu puiser pour financer la protection sociale, en relevant à 15,5% les prélèvements sociaux sur certains produits parmi les plus courants, comme les plans d'épargne en actions (PEA), les plans d'épargne-logement (PEL) ou l'épargne salariale. Avant de faire machine arrière ce week-end, face au tollé suscité par ce projet jusque dans les rangs de la majorité. Au plan strictement financier, la mesure ne pèse pas si lourd : 200 millions d'euros de recettes perdues, une goutte d'eau par rapport au budget de l'Etat ou de la Sécurité sociale.

Mais quand il s'agit de l'épargne des Français, la calculatrice ne suffit pas à tout expliquer : « L'épargne, en France, est avant tout culturelle », explique à l'AFP l'économiste Pascale Hébel, du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc). « Il y a une inquiétude française, un tempérament moins confiant que celui des Anglo-saxons », et aussi le fait que les Français « font des enfants, plus que dans d'autres pays développés », dont ils veulent assurer l'avenir, explique la chercheuse.

« L'impression d'une mesure confiscatoire »

Le taux d'épargne apparaît de ce fait « relativement stable » face aux aléas de la conjoncture, note aussi Jacques Le Cacheux, de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). « Toucher à ce qui a été mis de côté pour les coups durs ou pour les enfants, souvent au prix de sacrifices, c'est donner aux Français l'impression qu'ils perdent de l'argent », analyse Pascale Hebel. Pour Jacques Le Cacheux, la réforme de la fiscalité de l'épargne projetée par le gouvernement « a produit l'impression d'une mesure confiscatoire ».

Quant à faire appel à la bonne volonté des épargnants pour financer davantage l'économie réelle, quitte à prendre plus de risques avec leurs deniers, ou la sécurité sociale, c'est difficile, juge Pascale Hébel : « Chacun épargne pour soi et se dit que l'Etat providence va pourvoir au reste ».

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Mettre l'épargne à contribution pour soutenir les entreprises

Jacques Le Cacheux souligne lui que les Français se portent spontanément vers des placements « sûrs et également liquides », dans lesquels ils peuvent puiser facilement en cas de coup dur, quitte à se contenter d'une rentabilité faible. Exemple type : le Livret A.

Mettre davantage à contribution leur épargne, non pour abonder le budget mais pour procurer de l'argent frais aux entreprises, reste toutefois une intention affichée de l'actuel gouvernement. Bercy entend pour cela piloter l'assurance-vie, placement fétiche des Français, lourd de plus de 1.400 milliards d'euros.

Le ministre de l'Economie Pierre Moscovici a confirmé ce week-end la création de ce qu'il a appelé un « troisième pilier » de l'assurance-vie, un type de contrat davantage orienté vers les actions, qui doit être présenté en novembre. Cet instrument était déjà imaginé dans un rapport sur l'épargne financière rendu en avril par deux députés socialistes.

Dans le même ordre d'idée, le gouvernement a imaginé un PEA dédié aux PME et entreprises de taille intermédiaire, présenté en août dernier.