Mathieu Dujardin, Directeur gestion épargne retraite et salariale
Mathieu Dujardin
Directeur gestion épargne retraite et salariale
Chez Malakoff Humanis
Nous arrivons à la fin mars. Tous les relevés annuels sont censés être envoyés aux épargnants salariés. Est-ce un moment où ils font des opérations sur leur plan ?

Matthieu Dujardin : « Les relevés annuels sont envoyés entre mi-janvier à mi-février chez Malakoff Humanis Epargne. Dans 85% des cas, ils sont envoyés par mail. On envoie au client avec un mail qui contient un lien pour accéder à son espace. Selon les entreprises clientes, il existe quelques spécificités. A titre d'exemple, certaines souhaitent que l'on envoie le relevé en format papier avec le logo de leur marque, d'autres souhaitent récupérer les relevés pour les adresser eux-mêmes à leurs salariés.

Plan d'épargne salariale : pourquoi votre relevé annuel peut vous éviter de perdre de l'argent

Lors de la réception des mails, on observe une augmentation de flux d'activité de l'ordre de 10% à 15%. Cela concerne la consultation des espaces clients, les appels entrants et plus généralement de l'ensemble des demandes. L'envoie des relevés annuels ne produit pas un raz-de-marée de demandes clients au sein des espaces personnels. Les taux d'ouverture des mails sont de l'ordre de 40% à 45%.

Ensuite, si le client va sur son espace personnel, il y retrouve une vue synthétique sur son tableau de bord. Souvent cette vue globale lui suffit, sans forcément consulter son relevé.

« En matière d'épargne salariale, entre les PERECO, les PEE ou PEI, aujourd'hui, 9 épargnants sur 10 ne sont pas à du tout à l'aise »

Le relevé tel qu'on le connaît aujourd'hui est presque un objet du passé. L'objectif est de le rendre plus vivant, plus interactif et plus pédagogique car il faut reconnaître qu'en matière d'épargne salariale, entre les PERECO, les PERCO, les PEE ou PEI, aujourd'hui, 9 épargnants sur 10 ne sont pas du tout à l'aise. »

En découvrant leur relevé annuel, les clients prennent-ils conscience qu'une partie de leur argent est disponible ?

M. D. : « Oui, là aussi on observe une augmentation de 10% à 15% des demandes de rachats à cette période de l'année. Le relevé met en avant le montant de l'épargne disponible, il y a donc un effet d'éveil. »

Y a-t-il des arbitrages sur les fonds à cette occasion ?

M. D. : « Assez peu. Plus généralement, peu de clients modifient leurs arbitrages en cours de vie de leurs plans d'épargne salariale. Dans 93% des cas, le mode de gestion reste le même du début à la fin du plan. On observe peu de changement au sein d'une gestion pilotée [gestion dynamique vers prudente, ou vice-versa, NDLR]. Les personnes qui réalisent réellement des arbitrages sont celles qui ont opté pour la gestion libre.

Même dans un contexte de conflits internationaux, comme actuellement, les arbitrages restent rares. Avec l'actualité, on pourrait penser que les épargnants soient tentés de sécuriser leurs placements mais les mouvements restent limités. »

Les salariés devront bientôt choisir s'ils « prennent le cash » ou s'ils investissent leur intéressement ou prime de participation. L'année s'annonce-t-elle à la hausse ou à la baisse pour les primes d'épargne salariale ?

M. D. : « C'est encore beaucoup trop tôt pour le dire. Pour verser ces primes, les entreprises disposent de six mois après la clôture de leur exercice, souvent clos à fin décembre. Au-delà de cette contrainte, elles lancent leur campagne quand elles le souhaitent. Nous sommes dans la période de lancement des campagnes d'intéressement et de participation. Économiquement, l'année 2025 a été correcte. Il n'y a donc pas de raison particulière d'anticiper une forte baisse ni une forte hausse des primes.

« En période d'inflation, on observe que les salariés ayant peu de marge budgétaire préfèrent toucher directement leur prime »

Le contexte international peut toutefois influencer les choix. En période d'inflation, on observe que les salariés ayant peu de marge budgétaire préfèrent toucher directement leur prime.

En moyenne, environ 55% des sommes sont investies sur un plan et 45% versées en salaire. Les pratiques divergent fortement selon le type d'entreprise. Dans certaines sociétés, par exemple avec des ingénieurs uniquement comme employés, on peut monter jusqu'à 95% des sommes investies. Contre des niveaux bien plus faibles, voire nuls, dans des entreprises où les besoins de liquidités des épargnants sont plus importants : les salariés ont parfois besoin de cet argent immédiatement ou, s'ils ne sont pas ou peu imposables, ne voient pas l'intérêt de placer sur un plan. »

Dans la dernière étude annuelle de l'AFG, le groupement des sociétés de gestion, on constate que l'investissement dans des fonds actions progresse petit à petit en épargne salariale. Constatez-vous aussi cela ?

M. D. : « De nombreux outils sont mis à disposition pour aider les épargnants à faire des simulations, notamment des robo-advisors. L'objectif est de faire prendre conscience aux épargnants que plus l'horizon de placement est long et plus le niveau de risque peut être élevé et ainsi maximiser leurs revenus de remplacement lors du départ en retraite. À ce sujet, on observe que les plus jeunes sont plus à l'aise avec l'investissement en actions. »