Si, au départ, le mouvement des Gilets jaunes navait semblé se concentrer quautour de la question du carburant trop cher, les revendications des manifestants avaient gonflé de semaine en semaine. Au point dinquiéter Emmanuel Macron et le gouvernement, qui avaient finalement fait adopter des « mesures durgence économiques et sociales » en décembre 2018. Dans les faits, quels ont été les points positifs pour le porte-monnaie des Français durant lannée écoulée ?
La revalorisation de la prime dactivité, concernant 4 millions de Français
La prime dactivité, née en 2016 pour remplacer le RSA et la prime pour lemploi, est versée comme « complément » aux salariés dont le revenu est modeste. Suite au mouvement des Gilets jaunes, la bonification individuelle de cette prime a été revalorisée de 90 euros (montant maximum, le calcul étant soumis à tout un tas de critères) au 1er janvier 2019 pour un salarié au Smic par exemple. Le plafond de revenus pour toucher la prime a aussi été revu à la hausse, ce qui a permis un élargissement à de nouveaux bénéficiaires : +1,3 million au premier semestre 2019 selon un bilan provisoire dressé début mai par le Premier ministre. Edouard Philippe estimait alors que la revalorisation de la prime dactivité représenterait 3 milliards d'euros de pouvoir d'achat redonnés aux actifs modestes sur lannée.
La prime « Macron », reconduite en 2020
En décembre 2018, face à la grogne, les parlementaires votaient également la création dune prime exceptionnelle défiscalisée (pour les salariés rémunérés jusquà 3 600 euros net), versée de façon volontaire par les entreprises, pouvant aller jusquà 1 000 euros. Plus de 400 000 sociétés ont joué le jeu de la « prime Macron », avec une moyenne de 400 euros par salarié. Ce qui a représenté 2,2 milliards deuros de gain de pouvoir dachat cumulé. On sait dores et déjà que cette prime sera renouvelée en 2020 mais ses conditions daccès ont été revues et il est fort probable que moins de salariés en bénéficient lan prochain
Le retour des heures supplémentaires défiscalisées et désocialisées
Depuis le 1er janvier 2019, les heures supplémentaires des salariés du privé et des fonctionnaires sont défiscalisées et exonérées de cotisations salariales. Entre 2007 et 2012 déjà, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, un dispositif quasiment similaire avait été mis en place. Le gouvernement Philippe a estimé que, pour 6,8 millions dactifs du privé ayant effectué en moyenne 11 heures supplémentaires sur le premier trimestre 2019, le gain global de pouvoir dachat a été de 670 millions deuros (économies de 400 millions deuros sur les cotisations sociales et de 270 millions deuros exonérés dimpôt sur le revenu). En moyenne, les salariés concernés auraient obtenu ainsi 98 euros de revenus complémentaires sur chacun des 3 premiers mois de lannée.
Un vrai gain de pouvoir dachat en 2019 ? LINSEE répond oui
Lannée 2019 sera-t-elle vraiment synonyme de gain de pouvoir dachat ? Et si oui, les « mesures exceptionnelles » décidées en fin dannée dernière y sont-elles pour quelque chose ? Dans une note de conjoncture publiée en juin 2019 (1), lInsee répond par laffirmative à ces deux questions. Elle considère que « le pouvoir dachat des ménages [progressera] vivement en 2019 » : 2,3% selon ses estimations (contre 1,2% en 2018 et 1,4% en 2017). « La prime exceptionnelle proposée dans le cadre des mesures durgence économiques et sociales a stimulé la croissance du salaire moyen par tête nominal dans le secteur marchand non agricole à +1,0% au premier trimestre 2019 ». Sur cette même période, linstitut note que « la vivacité des revenus dactivité sest accompagnée de la revalorisation et de lextension des conditions doctroi de la prime dactivité, de la baisse du taux de CSG pour certaines catégories de revenus, ainsi que de lexonération dimpôts et de cotisations sociales des heures supplémentaires ». LINSEE met aussi en avant la poursuite de la réduction de la taxe dhabitation au 3e trimestre pour estimer à 2,3% le gain de pouvoir dachat annuel. Avec quelles conséquences sur la consommation et lépargne ? « La consommation des ménages augmenterait à un rythme de lordre de 0,4% par trimestre jusquà la fin de lannée » tandis que « le taux dépargne, après un pic à 15,3% en début dannée redescendrait entre 14,7% et 15,0% au second semestre 2019 ».
En avril 2019 déjà, lOFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) avait estimé que le pouvoir dachat des Français grimperait de 850 euros en moyenne cette année, dont 440 euros grâce aux mesures prises suite à la crise des Gilets jaunes !
La suppression de la hausse de la CSG pour certains retraités
Gilets jaunes et retraités, même combat. Alors quEmmanuel Macron avait décidé une hausse de la CSG sur les retraites (+1,7 point, depuis le 1er janvier 2018), il est finalement revenu en arrière suite à la contestation de la fin dannée. Laugmentation a été annulée pour les retraités qui touchent moins de 2 000 euros par mois, soit 5 millions dentre eux. Le retour en arrière aurait permis, selon le gouvernement, de redistribuer 1,3 milliard d'euros par an, pour un gain moyen de 450 euros par foyer sur l'année 2019.
Le plafonnement des frais dincidents bancaires, source déconomies
Fin 2018, suite à une rencontre avec le président de la République, les principales grandes banques françaises sengageaient à geler leurs tarifs en 2019 et à plafonner les frais dincidents bancaires à 25 euros par mois pour les clients en difficulté financière. En septembre 2018 déjà, elles avaient également fixé un plafond maximum de 20 euros par mois et de 200 euros par an pour les clients détenteurs de l'offre « clientèle fragile ». Résultat : beaucoup moins dargent est sorti des poches des clients français pour aller alimenter le chiffre daffaires de leur banque
Lire à ce propos : Ces millions que les « Gilets jaunes » ont obtenu des banques
Le prix des carburants légèrement inférieur à lannée dernière
Le premier appel à la mobilisation des Gilets jaunes était essentiellement centré sur une revendication : le prix des carburants, jugé prohibitif et auquel devait sappliquer une revalorisation de la taxe carbone au 1er janvier 2019 (revalorisation finalement enterrée). Un an après, où en est le cours du gasoil ou de lessence ? Sur le site Carbu.com, qui recense les prix de vente du carburant dans les stations-service, on note que le 11 octobre 2018, le litre de gazole se vendait à 1,55 euro. Un tarif descendu jusquà 1,388 euro le 5 janvier 2019, reparti à la hausse ensuite pour atteindre 1,507 euro le 22 mai. Au 11 novembre 2019, son coût moyen est de 1,466 euro. Concernant le sans plomb 95, après avoir été facturé 1,589 euro le 9 octobre 2018, son tarif a subi la même évolution : baisse jusquà fin décembre (1,403 euro) puis remontée jusquà 1,608 euro le 22 mai ! Ce lundi, il coûtait en moyenne 1,521 euro à la pompe, soit un peu moins quand même quau début de la crise des Gilets jaunes.
Le bilan sur dautres revendications pécuniaires des Gilets jaunes (2)
- Baisse du prix des péages : aucune baisse na été constatée sur lannée, bien au contraire. Les tarifs des péages avaient augmenté de 1,8% en moyenne au 1er février 2019. Et en février prochain, une nouvelle augmentation de 1 à 1,5% sera appliquée sur les autoroutes.
- Suppression du nouveau contrôle technique : cette demande est restée lettre morte. Les Gilets jaunes souhaitaient lannulation de lalourdissement du contrôle technique automobile, entré en vigueur début 2018 et qui prévoyait plus de points de contrôles sur le véhicule (donc facturé plus cher par les centres de contrôle technique) et de motifs de contre-visites (payantes ).
- Rétablissement de lISF : limpôt de solidarité sur la fortune, remplacé en 2018 par lIFI (impôt sur la fortune immobilière), na pas fait sa réapparition. Emmanuel Macron avait promis une « évaluation » du nouveau dispositif en 2020. « Si [la suppression de lISF] n'est pas efficace, nous la corrigerons », avait-il déclaré lors dune conférence de presse en avril, à lissue du grand débat national. Pour linstant, un premier rapport a estimé que limpact de cette suppression était encore difficile à mesurer.
- Augmentation du Smic et revalorisation en conséquence du quotient familial : aucune suite particulière na été donnée à ces demandes.
- Augmentation des retraites : fin septembre, le gouvernement a annoncé la revalorisation des pensions des retraités en 2020. Environ 3/4 des 16,2 millions de retraités devraient voir leur pouvoir d'achat augmenter (mais pas tous dans la même proportion ) tandis que certains seront perdants.
- Augmentation de lallocation personnalisée au logement : alors que lAPL avait subi une baisse forfaitaire de 5 euros pour tous et une diminution pour les locataires HLM en 2017, puis un gel des revalorisations en 2018, cette année 2019 naura pas été synonyme de hausse de laide au logement. En 2020, lAPL verra son mode de calcul revu avec là aussi des perdants et des gagnants !
- Refonte proportionnelle totale du barème des droits de succession : le gouvernement a rejeté début janvier lidée dune hausse de la fiscalité de la succession.
(1) Note de conjoncture de lInsee, juin 2019. (2) Une liste dune quarantaine de revendications avait été envoyée par communiqué fin novembre 2018 aux médias et aux députés par des « porte-parole » des Gilets jaunes



















