Après une période de tensions marquée en 2023 par l'adoption au forceps d'une réforme des retraites rejetée par les syndicats puis par l'échec du conclave en 2025 suivi finalement par la suspension de la réforme, le gouvernement Lecornu avait choisi de rouvrir le débat en liant les retraites aux conditions de travail et aux problématiques d'accès à l'emploi.

Une logique holistique plutôt saluée par les syndicats, notamment la CFDT. Nombre de participants peinaient toutefois initialement à imaginer à quoi aboutiraient ces discussions. Yvan Ricordeau de la CFDT salue « un format inédit » où « partenaires sociaux dans une forme de discussion organisée par l'Etat, consacrent six mois de travaux à expliquer quels sont les grands enjeux du monde du travail dans la période à venir ».

Il attend toutefois vendredi soir pour se prononcer sur la présence de « tous les éléments importants » dans le document final qui sera remis à la rentrée au Premier ministre.

Les garants des débats - le conseiller d'Etat honoraire Jean-Denis Combrexelle, le fondateur d'un cabinet de conseil en relations sociales Pierre Ferracci et l'ancienne ministre de droite Anne-Marie Couderc - sont chargés de le rédiger.

Il prendra acte des consensus et dissensus sur les différents sujets et donnera le point de vue des garants. Cela ne consistera pas à « dire de façon péremptoire, voilà ce qu'il faut faire, mais nous dirons quelles sont les voies possibles », explique M. Combrexelle.

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a également incité les partenaires sociaux à s'emparer des thèmes de l'intelligence artificielle, l'emploi des jeunes et les arrêts maladie.

« Traumatisme »

« Compte tenu du traumatisme de la réforme des retraites et de la manière dont elle a été votée, il n'était pas mauvais que des gens discutent à nouveau, même s'ils actent des désaccords », estime Jean Grosset, conseiller social de la fondation Jean Jaurès.

L'absence du Medef constitue néanmoins un gros bémol. Mécontente des discussions budgétaires, la principale organisation patronale a prédit dans Les Echos que la montagne allait « accoucher d'une souris ». « Il y a un positionnement clair du Medef, qui ne veut pas que d'autres que lui parlent de l'organisation du travail, du management et des conditions de travail », contrairement à ce qui se passe en Allemagne ou dans les pays nordiques, estime le chercheur en sciences politiques Bruno Palier.

L'U2P et Les Entrepreneurs (ex-CPME) ont néanmoins participé aux discussions, comme toutes les organisations syndicales représentatives au niveau national, restées jusqu'au bout. Eric Chevée (Les Entrepreneurs) salue un format « efficace », sur le temps long et à l'abri de la pression médiatique, ainsi que « la mise à disposition par l'Etat de toute la puissance de ses moyens » pour les études et statistiques.

« On dit souvent que la société est bloquée et qu'on ne peut pas discuter d'un certain nombre de choses, (...) mais je trouve que les débats ont été ouverts, on a pu discuter de tout », se félicite M. Combrexelle. Parmi les limites de l'exercice pointées par des participants, une organisation qui a plus tâtonné pour la partie publique. « Au niveau de la fonction publique, il n'y a eu aucun investissement de l'Etat », déplore ainsi Patricia Drevon de FO.

Pour la CGT, Denis Gravouil note « deux sujets correctement traités », les abus du statut de micro-entrepreneur et la pénibilité, dont le besoin d'une meilleure prise en compte fait consensus parmi les syndicats. Il déplore en revanche un traitement insuffisant de l'égalité femmes-hommes.

Sur l'abrogation de la réforme des retraites de 2023, « nous n'avons toujours pas eu d'étude sérieuse sur son coût et comment on le finance », pointe-t-il, dénonçant aussi la proposition des Entrepreneurs d'ajouter un étage de capitalisation obligatoire. La CFDT a, elle, fait valoir sa proposition d'une retraite « à la carte », tout en sachant qu'elle ne ferait pas consensus.