Bientôt du nouveau à l'Autorité des marchés financiers ! Une nouvelle présidente ou un nouveau président. Qui ? Personne ne le sait à ce stade. Qui est candidat ? Mystère là aussi... Sauf si une candidature est rendue publique. C'est le cas pour Guillaume Prache, actuellement directeur général de Better Finance, fédération européenne d'épargnants. Il est soutenu par une vingtaine de personnalités reconnues (1) dans l'univers de la défense des épargnants. Qu'est-ce que sa nomination changerait pour les « petits » épargnants ? Interview.

Guillaume Prache, délégué général de Better Finance
Guillaume Prache
Délégué général de Better Finance
Fédération européenne des usagers des services financiers
Pourquoi vous présentez-vous à la présidence de l'AMF ?

Guillaume Prache : « Parce que mon parcours m'a amené à travailler à la fois du côté émetteur [les sociétés qui émettent des titres en bourse : il a été directeur financier de Rhône-Poulenc Rorer, aujourd'hui Sanofi, NDLR], du côté des gérants [administrateur délégué de la filiale européenne de Vanguard, NDLR] et surtout du côté des épargnants depuis une quinzaine d'années [président de la Faider, notamment, NDLR]. Or, à ma connaissance, jamais un président de l'AMF n'a eu ce type d'expérience côté investisseurs particuliers alors que la protection des épargnants est la première mission légale de l'AMF. En ce sens, mon profil donnerait une garantie supplémentaire d'indépendance – déjà réelle – à l'AMF. »

Les derniers présidents de l'AMF provenaient effectivement de la sphère publique. Pensez-vous que cela ne permet pas de comprendre la réalité des épargnants ?

G.P. : « Je pense qu'ils sont conscients de la réalité des épargnants, mais qu'ils n'en ont pas une expérience importante. Soulignons d'ailleurs qu'au collège de l'AMF [principal organe de décision de l'AMF, il comprend 16 membres, NDLR], il n'y a pas de représentant des épargnants, mis à part un siège dédié à l'actionnariat salarié, ce qui est une catégorie très spécifique d'épargnants. »

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Nommer une personnalité issue de la défense des intérêts des épargnants, quelle incidence concrète cela pourrait avoir pour les épargnants justement ?

G.P. : « Les problèmes rencontrés au quotidien par les épargnants remontent déjà à l'AMF, mais peut-être pas suffisamment. En matière de gouvernance déjà, à l'image de la sous-représentation que j'évoquais au sein du collège de l'AMF, la France pourrait faire mieux. Rien qu'en regardant chez certains voisins européens ou du côté de l'Europe à l'Autorité européenne des marchés financiers (Esma). Signalons tout de même que la voix des épargnants est aujourd'hui mieux entendue à l'AMF que du côté de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), qui contrôle tout de même les trois quarts des produits d'épargne et de placement... »

« Développer une base de données publique ou indépendante exhaustive de tous les produits financiers »

Justement, comme vous le soulignez, la protection des épargnants dépend à la fois de l'ACPR côté banque et assurance, et de l'AMF côté bourse ou épargne salariale. Ces deux institutions travaillent ensemble dans le pôle commun AMF-ACPR. Vous voudriez le renforcer ?

G.P. : « Tout à fait ! Si je suis nommé à la tête de l'AMF, j'aurais clairement la volonté de renforcer cette collaboration. En France, les deux tiers des placements dans les fonds se font via l'assurance vie [produit dont la supervision passe par l'ACPR, NDLR] ! Il y a un travail d'information, de pédagogie et de protection à mener sur les unités de compte de l'assurance vie. »

Quelles seraient vos pistes d'amélioration sur la compréhension de ces produits financiers ?

G.P. : « Développer une base de données publique ou indépendante exhaustive de tous les produits financiers supervisés par l'AMF. Puis pourquoi pas élargir cette base de données aux produits supervisés par l'ACPR. Cela existe en Norvège. La jeune génération a le réflexe de tout vérifier sur son smartphone : une telle base de données offrirait une information fiable et transparente. Et cela donnerait aux différents comparateurs une source sûre et intègre. »

« Il faut une information simple, accessible et digitalisée sur les produits financiers »

Cela répond à un objectif de transparence...

G.P. : « Oui mais aussi de communication. Il faut une information simple, accessible et digitalisée sur les produits financiers. »

En bref, quels autres projets auriez-vous pour l'AMF ?

G.P. : « Rendre la gouvernance plus ouverte aux épargnants, comme évoqué plus tôt, mais aussi par exemple poursuivre le travail entrepris par l'AMF avec l'Esma sur les frais des fonds d'investissement. Je ne vais toutefois pas livrer un programme trop dense et détaillé puisque je compte, si je suis nommé à la tête de l'AMF, en priorité écouter les observations des équipes très compétentes de cette institution. Sur l'aspect pédagogie financière toutefois, j'insisterais pour que le budget alloué à La Finance pour tous - dont l'AMF est un des premiers financeurs – soit revu à la hauteur du rôle de cet institut. Il est important de favoriser la pédagogie financière, et de favoriser l'information au plus grand nombre via un site non soumis à des contraintes commerciales. Prenons l'exemple de la décision de la BCE de relever son principal taux directeur à 0,75% : en face de cela l'inflation dépasse les 9% en Europe ! Avec Better Finance [fédération européenne d'épargnants et d'investisseurs, NDLR], nous avons chiffré à environ 1 000 milliards d'euros la répression financière que subissent les épargnants de la zone euro et pour la seule année 2022 avec des rémunérations financières qui ne sont pas à la hauteur de l'inflation. »

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A l'image de toutes les administrations publiques, changer une institution comme l'AMF est sûrement une tâche délicate. N'avez-vous pas peur de la difficulté de la tâche, si vous souhaitez mener des changements ambitieux ?

G.P. : « Peur non, mais ce serait un challenge oui. Et je tiens à souligner que, si je suis nommé, je ne défendrai pas uniquement les intérêts des épargnants. Il y a d'autres parties prenantes à l'AMF, à commencer par les entreprises émettrices, la gestion d'actifs, etc. Je n'aurais aucune intention de pénaliser les entreprises françaises. »

Un nouveau président de l'AMF en octobre ?

Le mandat de Robert Ophèle a pris fin le 31 juillet et l'AMF attend sa ou son successeur. Un processus de nomination plutôt secret puisque des auditions auprès d'un « panel de personnalités qualifiées » se sont tenues la semaine passée sans que la liste des candidats ne soit dévoilée. Puis le ou la candidate retenue par ce comité passera devant les commissions des finances de l'Assemblée et du Sénat avant de pouvoir être nommé par le président de la République.

(1) Parmi les cosignataires du communiqué de soutien à cette candidature figurent plusieurs membres de la commission consultative épargnants de l'AMF. Parmi les cosignataires : Jean Berthon ancien président de la Faider, Charles Henri d'Auvigny président de la F2IC, l'avocate Hélène Feron-Poloni, le directeur éditorial Marchés Gagnants Jean-François Filliatre, le journaliste fondateur de Deontofi.com Gilles Pouzin, etc.